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vendredi 10 février 2017

Naître autrement ? - Intervention de Tugdual Derville au forum européen de bioéthique




Lors de la 7ème édition du Forum Européen de Bioéthique (FEB) de Strasbourg, dont le thème cette année était « Humain, Post-Humain », Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA et auteur du Temps de l’homme (Plon, 2016) était un des intervenants de la table ronde intitulée « Naître autrement » ?

Aujourd’hui, on peut naître autrement que jadis, grâce aussi à la médecine qui peut participer à la conception. Se chargera-t-elle un jour de la fabrication complète d’un bébé, depuis la conception jusqu’à la délivrance d’un utérus artificiel ? Telle était la question de la table ronde qui a eu lieu dans la matinée du samedi 4 février.

Les débats étaient animés par Nadia Aubin, directrice, co-fondatrice du Forum Européen de Bioéthique. Les principaux intervenants étaient Israël Nisand, professeur de gynécologie et président du FEB; Jean-Yves Le Déaut, député, président de l’OPECST ; Jean-François Mattei, médecin, pédiatre, ancien ministre de la santé; Catherine Rongières, docteur en médecine, coordinatrice du Comité d’éthique du pôle de gynécologie obstétrique de Strasbourg, coordinatrice du centre d’assistance médicale à la procréation ; et Pierre Heninger, chef d’entreprise.


Blog de Tugdual Derville: ici

Extrait de l’intervention de Tugdual Derville





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Naître autrement ? - Intervention de Tugdual Derville au forum européen de bioéthique
GPA, La COMECE dénonce " une forme de traite des êtres humains" (23 Fev 2015)
CEDH: "Avoir un enfant sur commande, ou la dérive de la GPA" (Italie)
Le Conseil d'Etat valide la Circulaire Taubira ! (12 Dec 2014)
«Pourquoi il nous faut dire non à la marchandisation des gestations»
                                (Sylviane Agacinski, philosophe) par Jean-Yves Nau
Filiation : vers des "PMA de convenance" ? (Aude Mirkovic)
"La Gestation pour autrui au regard du mariage entre personnes de même sexe "
                                   (ACADÉMIE NATIONALE DE MÉDECINE)
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J’ai 15 ans, monsieur Hollande, et vous m’avez trahie !
L'homoparenté contre l'égalité
                      et environnementale ? CESE 
       ... rien ne bouge, pas une virgule." ! via Koztoujours
                      (LaManifPourTous)
                           mariage et l’adoption par les couples homosexuels
Contre le “mariage” gay : 3 étapes
Discours de Tugdual Derville à la défense le 23 Octobre
Adoption homo : qui a peur du débat ?

mercredi 12 février 2014

" L’écologie humaine : vers une mutation culturelle ?" par Tugdual Derville





Le 13 janvier 2013, sur le podium de la Manif pour tous dont vous étiez porte-parole, vous avez salué l’émergence d’un grand mouvement d’écologie humaine. Pourquoi ?

Dès le 23 octobre 2012, lors des rassemblements organisés dans 70 villes par Alliance VITA, puis le 17 novembre 2012, lors des premières manifestations régionales de La manif pour tous, j’avais été stupéfait – comme chacun d’ailleurs – par le jaillissement du mouvement protestataire suscité par la loi Taubira : le plus grand mouvement de rue depuis 20 ans en France. Je me suis évidemment interrogé sur le motif d’une mobilisation historique. Pourquoi tant de personnes se levant sur un tel sujet ? Personne n’avait prévu l’émergence dans notre pays de ce « mouvement social » typique, répondant aux trois critères que me rappellera l’économiste Pierre-Yves Gomez lors de notre première rencontre : spontané, anarchique et foisonnant. Il fallait un mobile intime, presqu’irrépressible chez des manifestants qui, pour la plupart, n’avaient pas « la culture de la rue »…

Tous se sentaient concernés par la remise en cause d’un repère fondateur de l’humanité : la merveilleuse altérité sexuelle à la source de toute existence humaine, indispensable dans l’engendrement, précieuse dans l’éducation… Cette altérité si nécessaire au fragile écosystème qu’est la famille humaine, voilà qu’une loi de toute-puissance prétendait l’effacer ! Et voilà qu’en cette occasion, nos manifestants découvraient leur attachement viscéral à ce repère identitaire, au moment même où l’on prétendait le nier. Lequel d’entre eux aurait imaginé devoir un jour descendre dans la rue pour dire, selon l’expression de Lionel Jospin, que l’humanité est faite d’hommes et de femmes, et non d’homosexuels et d’hétérosexuels ? Et pour que ce repère soit transmis aux générations futures…

Bien sûr, je pense que le mouvement a jailli aussi du mystère de l’Histoire de France, comme une réaction de résilience, dans un contexte particulier, à une étape-clé du cycle libéral-libertaire mortifère inauguré en mai 1968, et dont la loi Taubira est l’un des fruits vénéneux les plus emblématiques. Cette loi a donc joué le rôle de la goutte d’eau faisant déborder un vase. Mais sa nature même explique la levée de bouclier : en s’attaquant à l’altérité sexuelle, cette loi vient saper un des derniers murs porteurs, disons même les fondations anthropologiques de notre société… Chacun, homme ou femme, né d’un homme et d’une femme, nous avons senti que l’heure était grave. Et comme souvent dans l’Histoire de France, quand ses décideurs abusent de leur pouvoir, une partie du peuple se rebelle. Signe d’espérance majeur, il l’a fait cette fois de façon paisible, festive même, et non-violente…
Votre idée de l’écologie humaine inclue-t-elle l’écologie telle que nous la connaissons ?

Le 13 janvier, j’ai effectivement fait le parallèle entre la naissance de notre mouvement et celle de l’écologie environnementale. La problématique environnementale est désormais incontestable dans nos sociétés, même si l’on peut réfuter sa traduction politique ou certaines de ses dérives idéologiques. Elle a cependant émergé difficilement, d’un contexte nouveau, poussant des experts et des militants à lancer un cri d’alarme : du fait de notre puissance technique, nous étions devenus capables de détruire notre environnement. L’humanité n’était-elle pas en train de scier la branche sur laquelle elle était assise ? Quelle planète allions-nous léguer aux générations futures ? Il a fallu du temps pour que cette question soit prise en compte dans toutes les sphères de la société. De même, l’écologie humaine nous incite à nous interroger à cause des extraordinaires progrès des biotechnologies… Ne sommes-nous pas en train de scier, non plus la branche cette fois, mais l’homme lui-même, en abattant son arbre généalogique ?

Cette question est désormais posée avec acuité par des intellectuels qui ne partagent pas notre opposition au mariage homosexuel. La tribune de Jacques Attali publiée dans Salte.fr, le 29 janvier 2013, titrée « Vers l’humanité unisexe »pointe trois questions à ses yeux majeures : « Comment permettre à l’humanité de définir et de protéger le sanctuaire de son identité ? Comment poser les barrières qui lui permettront de ne pas se transformer en une collection d’artefacts producteurs d’artefacts ? Comment faire de l’amour et de l’altruisme le vrai moteur de l’Histoire ? »

Il me semble qu’à la façon dont l’écologie environnementale a émergé, comme un nouvel altruisme, doit effectivement se développer un courant de pensée qui affronte ces défis anthropologiques. L’enjeu est de transmettre aux générations futures les précieux repères qui font l’homme. Ce qui nécessite de creuser des questions-clés : qu’est-ce que l’homme ? Qu’est-ce que la femme ? En quoi sommes-nous différents des animaux ? Quels sont les besoins de tout être humain ?
Avez-vous puisé vos réflexions dans les récentes interventions des papes ?

Pas consciemment. En parlant d’écologie humaine, je n’avais pas tellement en tête les personnalités éminentes qui avaient utilisé cette expression auparavant. Je voyais plutôt le basculement à venir : la loi Taubira augure l’artificialisation généralisée du processus de procréation… J’ai parlé à ce titre de « revendication pivot ». Cette loi advient au terme de multiples déstructurations (dans le domaine du mariage, de la famille, du respect de la vie), mais elle entame également, sur le mode de la pente glissante, un processus accéléré de déconstruction de l’essentiel… A partir du moment où l’on cède au désir des adultes incapables de procréer en organisant une filiation adoptive homosexuelle, la réification de l’être humain dans sa phase initiale est plus inéluctable…

Très logiquement, la toute première adoption homosexuelle a d’ailleurs cautionné un bricolage procréatif (insémination artificielle avec donneur anonyme, pourtant proscrite en France) à l’aide duquel deux femmes ont escamoté toute notion de paternité. A partir du moment où ce type de discrimination est cautionné voire encouragé par la loi, l’être humain devient un produit que des adultes peuvent se procurer comme on le fait d’une chose qu’on convoite, achète et vend, qu’on vérifie, trie et jette, qu’on traite finalement comme un déchet. La « culture du déchet » dénoncée par le pape François porte autant atteinte à l’écologie humaine qu’à l’écologie environnementale.

Ultimement, la loi Taubira prépare sans que ses auteurs en aient conscience, l’avènement du transhumanisme, qui est à mes yeux la menace éthique et politique numéro un de ce siècle. C’est ce basculement anthropologique radical que j’avais en tête le 13 janvier. Car nous entrons dans une nouvelle ère bioéthique dont peu de personnes ont conscience de l’enjeu pour l’humanité. Je me suis finalement dit que la loi Taubira avait eu le mérite de fonctionner comme une douleur salutaire : elle a réveillé notre nation, la première en Europe, en l’alertant à propos de la maladie de toute-puissance qui blesse notre démocratie et menace l’homme. Il était temps. Bienheureuse loi qui nous valut un tel mouvement social !

Je reviens à ce propos au pape Benoît XVI et à Jacques Attali… Ce dernier estime que la loi Taubira est « une anecdote sans importance » et que les Églises ont eu tort de s’y opposer, mais son analyse des perspectives ouvertes en matière d’utérus artificiel et de biotechnologie rejoint le constat affuté effectué par Benoît XVI dans Caritas in veritate : « La question sociale est radicalement devenue une question anthropologique ». Le dernier chapitre de cette encyclique pointe en effet la « prétention prométhéenne » que fait courir à l’homme « l’absolutisation de la technique » associée à « l’ivresse d’une autonomie totale ». « Le développement des peuples se dénature, si l’humanité croit pouvoir se recréer en s’appuyant sur les ‘prodiges’ de la technologie » explique le pape. Il me semble qu’il y a une correspondance étroite entre ces constats prophétiques et le courant de pensée pour une écologie humaine qui est en train de naitre, ce dernier étant ouvert à toute personne de bonne volonté…
Comment ce Courant pour une écologie humaine s’est-il mis en place ?

Tout naturellement. Pierre-Yves Gomez, qui était dans la foule du 13 janvier, m’a contacté pour me dire qu’à ses yeux l’écologie humaine était la réponse à faire fructifier pour transformer la force de notre mouvement social en puissance de construction d’une culture alternative. L’écologie humaine ne relevait pas seulement pour lui de la bioéthique ou de la famille. Tous les domaines d’activité étaient concernés, et notamment ceux qui fondent sa compétence : économie, management.

Que devient l’homme quand la financiarisation de l’économie en fait une « variable d’ajustement » de décisions prises automatiquement, sans aucune conscience des conséquences sur la vie quotidienne de milliers de salariés ? Comment unifier nos comportements pour que la portée humaine de nos actes reste toujours en cohérence avec notre souci de prendre soin de tout homme et de tout l’homme ? Pierre-Yves a fondé le Parcours Zachée qui vise à aider chacun à mettre en cohérence vie personnelle et professionnelle…

Cette problématique a ensuite été partagée avec le troisième co-initiateur du Courant : Gilles Hériard-Dubreuil, spécialiste de la gouvernance des crises environnementales. Sa longue expérience de l’accompagnement des populations sinistrées après la catastrophe de Tchernobyl a renforcé son souci d’une démocratie qui respecte la subsidiarité. C’est-à-dire où l’homme participe concrètement aux décisions qui le concernent, sans se laisser dicter sa vie par une technocratie surplombante. Nous avons donc décidé de vivre l’émergence de ce Courant en croisant nos trois regards avec celui de tous ceux qui voudront nous rejoindre pour voir, ensemble, à 360 degrés… C’est le sens d’une tribune fondatrice publiée dans La Croix le 21 mars 2013. Nous y annonçons l’émergence du Courant et de futures Assises de l’écologie humaine.

Notre travail doit intégrer le respect de l’environnement et de l’homme, en famille, à l’école, dans l’entreprise, du tout début à l’ultime fin de sa vie, et spécialement dans ses phases les plus vulnérables… L’écologie humaine s’intéresse à l’urbanisme, à l’art, à la culture… Ces domaines sont abordés par les contributeurs du site Internet du Courant (www.ecologiehumaine.eu). Chacun, à sa façon est un acteur de l’écologie humaine, qu’il le sache ou non, car quel homme peut totalement renoncer à prendre soin d’autrui ?

Ce que le Courant apporte, c’est un dessein commun, une énergie partagée pour que ce que chacun fait autour de soi soit source d’émulation pour d’autres. Nous avons constitué des groupes de travail à partir d’une journée fondatrice le 22 juin à laquelle se sont rendus près de 500 personnes de toutes disciplines. Des correspondants écologie humaine se mettent en place dans les régions. Des groupes de travail y ont déjà démarré sur l’art, l’agriculture, la finance, l’enseignement… Les équipes de volontaires se structurent pour organiser les Assises, vraisemblablement fin 2014.
Quel est le but visé par le Courant ?

Si les moyens sont humbles, puisqu’ils proposent de partir du changement personnel, de la proximité, de l’humus, du terrain, l’ambition est démesurée : il s’agit ni plus ni moins que de faciliter une mutation culturelle, pour qu’advienne une alternative anthropologique. Pour cela, nous proposons de « re-semer » les abondants fruits du mouvement social, sans céder à l’impatience de ceux qui voudraient engranger la récolte par des résultats électoraux de court terme. N’oublions pas qu’en 1968 le général de Gaulle avait politiquement repris la main aux Champs-Elysées, mais que la culture soixante-huitarde était en marche…

À cette culture de toute-puissance que la tenaille libérale-libertaire instaure de plus en plus, nous voulons substituer progressivement une culture de l’altruisme et de la vulnérabilité. Face à l’égoïsme totalitaire de la loi du plus fort qui détruit désormais l’homme dans son identité, nous voulons proposer l’interdépendance et la fragilité des personnes. C’est pourquoi nous mettons en commun observation du réel, générosité et créativité pour trouver ensemble des solutions aux problèmes complexes que posent les évolutions de la société, sans tout attendre du pouvoir en place. Changer ensemble la société, c’est à la portée de chacun.

Nous avons un atout considérable pour réussir cette révolution de l’amour : la « matrice chrétienne » du mouvement social, selon l’expression de mon ami Camel Bechick. Les chrétiens savent que pour changer le monde, il faut commencer par se changer soi-même, et par agir dans les petites choses, autour de soi. Et ils savent aussi que la fraternité exige d’aimer les autres, même ses ennemis, comme soi-même, et d’en prendre soin. Voilà un moteur extraordinaire de changement… Réveillés, décomplexés, reliés et désembourgeoisés, les participants au mouvement social n’ont plus qu’à se retrousser les manches pour travailler au bien commun.

Questions à Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA et co-initiateur du Courant pour une écologie humaine, parue dans la Revue Kephas, n° 47, p. 9-14.



source: Blog de Tugdual Derville



-  " L’écologie humaine : vers une mutation culturelle ?" par Tugdual Derville

Halte au narcissisme du corps  
- "La révolte des masses" - d' Ortega Y Gasset
Les nouvelles technologies vont-elles réinventer l' homme ?


"Notre République" par Charles Vaugirard
La Laïcité, 4éme devise de la République pour Mr Olivier Falorni !!!!Lettre de Mgr Aillet (MANIFPOURTOUS , Bioéthique , Gender , Euthanasie Morale Laïcque...)"Tomber la culotte" ET "morale laïque" de Vincent Peillon à l' école Chiara Petrillo: "OUI à la VIE"L' état doit il avoir une éthique ? La loi est elle pédagogique et donc oriente elle vers le bien ?Démocratie "entre" Loi civil et loi morale
Extrait de l' Evangile de la Vie (Evangelium vitae)
Loi naturelle et loi civile: 1-"un mariage de raison"La voix éloquente et claire de la ConscienceChronique libre: "De l'ordre moral à l'ordre infernal"
"Laïcité de l'Etat, laïcité de la société ?" - Conférence du Cardinal Ricard
La voix éloquente et claire de la ConscienceConscience morale: "Les chrétiens au risque de l'abstention ? "
La liberté de conscience et religieuse menacée aux États-Unis
Cardinal André XXIII - Extrait " Vision actuelle sur la Laïcité (KTO) "
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie I)
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie II)
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie III)
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie IV)
"La laïcité à la française " une analyse de Mgr Jean-Louis Bruguès
La voix éloquente et claire de la ConscienceQuand l' Eglise interpelle les consciences....pour 2012

vendredi 1 mars 2013

Halte au narcissisme du corps

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Aujourd’hui, Adèle Van Reeth a le plaisir de recevoir le philosophe Yannis Constantinidès pour son livre

« Le nouveau culte du corps ».

et Christophe Salaün qui vient de préfacer : "Charles Baudelaire, naissance de la musique moderne Richard Wagner" et "Tannhäuser à Paris" Mille et Une Nuits


Le corps est une évidence universelle ; toutes les langues au monde nomment ses mêmes différentes parties. Mais il n’appartient pas seulement au réel ; ses dimensions symboliques et imaginaires sont aussi prégnantes. Depuis quelques années, il est l’objet d’une attention renouvelée de la part des historiens et des essayistes. Ils scrutent à la loupe cette transformation des apparences, ces nouvelles normes, qui glorifient l’éternelle jeunesse des corps pour mieux occulter la réalité de la déchéance et de la mort. Ils débordent d’imagination dans le but de couvrir tous les aspects de cette métamorphose dans le sport, la médecine, la cosmétique, la diététique, la sexualité. Les philosophes de leur côté cherchent plutôt à traduire ce qu’on pourrait appeler « l’incarnation de la pensée ». Ils tentent de nous faire sentir « le geste corporel », la décharge nerveuse, qui est à l’origine de notre manière d’apparaître dans le monde. Ils nous parlent de notre corps vécu et animé, de notre grande raison sensible. Tel est le cas de Yannis Constantinidès. Il nous entraîne dans les pas de Nietzsche à mille lieux du corps parfait, façon « Adobe Photoshop », cet étrange instrument de rédemption ; il nous met sur la voie d’une naturalisation retrouvée de nos organes et de notre peau. Il nous donne à lire Nietzsche en toute simplicité et fait de Zarathoustra le meilleur journaliste « people » de la place. Foin de l’idéal Duracell et du corps augmenté, stimulé par tous les moyens, il fait l’éloge du corps vivant, de la spontanéité vitale, mais aussi de la bonne digestion, voire des maladies salutaires. Il prend à revers la pernicieuse gestion des risques, qui nous enferme dans une vie assurée, aux couleurs mortifères.
« C’est le corps qu’il faut d’abord convaincre », disait Nietzsche. Quel corps ? Certainement pas un corps précautionneux, mais un corps capable de « digérer » la réalité, de se l’incorporer, sans se soumettre à l’image lisse que d’aucuns voudraient renvoyer d’eux-mêmes, à la télévision, et pas seulement sur les plateaux. Car il ne faut pas l’oublier. Les ruses de l’idéalisme moral si bien diagnostiquées par Nietzsche passent aujourd’hui par le régime maigre et la surprotection de l’existence.
Comment échapper à cet idéal d’animal domestique ?
Ce sera la question du jour.




Source: France Culture
Ecoutez l'émission


-  Halte au narcissisme du corps  
- "La révolte des masses" - d' Ortega Y Gasset
Les nouvelles technologies vont-elles réinventer l' homme ?



voir aussi:

Chiara Petrillo: "OUI à la VIE"

L' état doit il avoir une éthique ? La loi est elle pédagogique et donc
                    oriente elle vers le bien ?
Démocratie "entre" Loi civil et loi morale 
                    Extrait de l' Evangile de la Vie (Evangelium vitae)
- Loi naturelle et loi civile: 1-"un mariage de raison"
La voix éloquente et claire de la Conscience
- Chronique libre: "De l'ordre moral à l'ordre infernal"


- "Laïcité de l'Etat, laïcité de la société ?" - Conférence du Cardinal Ricard  
- Conscience morale: "Les chrétiens au risque de l'abstention ? "  

- Cardinal André XXIII - Extrait " Vision actuelle sur la Laïcité (KTO) "

( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie I)
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie II)
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie III)
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie IV)








vendredi 7 octobre 2011

"La révolte des masses" - d' Ortega Y Gasset

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     Le philosophe José Ortega y Gasset (1883-1955), professeur de métaphysique à l'université de Madrid de 1910 à 1936 et fondateur de l'influente « Revista de Occidente », est considéré comme l'un des plus éminents représentants de l'humanisme libéral européen du XXe siècle.






" ... L' homme masse est gâté par la technologie, c' est l' homme démocratique de Tocqueville animé par la passion de l' égalité, la passion du bien être, PLUS la technique, parce que la technique est venue renchérir sur cette passion de l' égalité .... Par exemple, le DROIT A l' enfant..."
(Extrait à 21mn10 d' écoute)


                   Emission "Répliques" d'Alain Finkielkraut





Invité(s) de l' émission:
Bérénice Levet, docteur de philosophie
Yves Lorvellec, agrégé de l’Université et docteur en philosophie, Conseiller des Affaires étrangères




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.Autres articles du Blog :
                                     quel avenir pour notre société ? (christine Boutin)
Tribune de Gérard Leclerc - " Le Gender dans les programmes scolaires "
Mgr Anatrella et la théorie de genre
La famille porteuse d' avenir - Conférence de Xavier Lacroix (27 Mars 2011)
Le gender - Interview de Michel Boyancé 
La lettre de la fondation Jérome Lejeune sur le gender
Comment la théorie du genre met elle en péril la société dans ses fondements (Elizabeth Montfort)
La théorie du Gender: origines et conséquences .... (Sylviane AGACINSKI)
Quel défi pour un couple aujourd'hui ? (Monique Baujard)




Derniers "Billets" du blog: 


- François Bayrou s’engage sur l’ homoparentalité ! ... qu' en pense Christine Boutin...?!
- Présidentielle: " Les deux gros partis assument leurs blocages des promesses de signatures "
Quand le mépris du droit à la vie des nouveau-nés nous oriente vers une
                       " légitimisation de l'infanticide "
- " La laïcité à la française " une analyse de Mgr Jean-Louis Bruguès
"Des « poissons roses »… en eaux troubles" par Philippe Oswald
Mal être après une IVG
- Tugdual Derville sur RND - " Etrangers et bêtes invasives "
De quel « genre » de phobie François Hollande est-il atteint ?


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jeudi 6 octobre 2011

Les nouvelles technologies vont-elles réinventer l' homme ?


  

ARTICLE DE JEAN-MICHEL BESNIER


Agrégé de philosophie et docteur en sciences politiques, Jean-Michel Besnier (a) signe dans la revue des jésuites Etudes un article sur l'impact anthropologique des nouvelles technologies, en montrant l'intérêt d'une éthique de la vulnérabilité face à la démesure des prétentions technologiques.


Texte publié dans la revue Etudes n. 4146 de juin 2011






    Les technologies d'information et de communication ont la discutable vertu de propager des idées capables de mobiliser des mouvements d'opinions qui incitent parfois à réunir les moyens pour les réaliser. C'est ainsi que se développent dans le cyberespace des associations dites « transhumanistes » qui tentent de persuader nos contemporains de la prochaine émergence d'un homme nouveau, grâce aux technologies nouvelles axées sur la maîtrise du vivant et l'augmentation des facultés cognitives. LAssociation transhumaniste mondiale a ainsi vu le jour en 1998 aux États-Unis, et s'est donné un Manifeste qui revendique notamment « le droit moral de ceux qui le désirent, de se servir de la technologie pour accroître leurs capacités physiques, mentales ou reproductives et d'être davantage maîtres de leur propre vie. Nous souhaitons, soulignent ses rédacteurs, nous épanouir en transcendant nos limites biologiques actuelles ». Avant elle, en 1991, un mouvement fondé par Max More, « Les Extropiens », envisageait rien moins que d'inverser l'entropie de l'univers et d'offrir ainsi aux hommes les conditions d'une amélioration sans limites. À la fin des années 2000, on apprenait la création d'un Institut de la Singularité, confié à Ray Kurzweil et financé par Google et par la NASA, dont le projet vise à préparer l'avènement d'une intelligence non biologique qui rendra l'humanité tout simplement obsolète. Récemment, une Association française transhumaniste, nommée Technoprog, a tenu sa première conférence à Paris, peu après celle qu'ont tenue des Anglais réunis sous l'égide d'un mouvement emblématiquement baptisé « Humanity + ». L'actualité se fait de plus en plus l'écho, dans les médias des sociétés technologiquement développées, de cette conviction selon laquelle les technologies nouvelles sont en passe de réinventer l'homme. Vaine illusion ou prospective fondée ?


(a) Professeur à l'Université Paris IV et chercheur au Centre de recherche en épistémologie appliquée (CREA/École polytechnique/ CNRS), Jean-Michel Besnier est l'auteur de La croisée des sciences. Questions d'un philosophe, Seuil, 2006 et de Demain les posthumains. Le futur a-t-il encore besoin de nousl, éd. Fayard, 2010.


Les techniques ont-elles inventé l'homme ?

Saura-t-on un jour si les « technoprophètes », comme les a nommés Dominique Lecourt, sont des illuminés ou s'ils détiennent le pouvoir performatif de faire advenir ce qu'ils attendent? Il faut en tout cas tempérer leur intempestivité si l'on veut ne pas hypertrophier leurs anticipations. Car, il faut le souligner, l'idée que les techniques ont la faculté de transformer l'homme est loin d'être neuve. Elle est au principe de la paléo-anthropologie et de l'explication du phénomène de l'hominisation. Qu'on aille seulement lire la description d'homo habilis proposé par le professeur Henry de Lumley, dans L'Homme premier (éditions Odile Jacob, 1998) : son évocation de la manière dont la taille d'outils en pierre, en os, en dents ou en corne, il y a environ 2,5 millions d'années, a décidé de notre avenir. L'évidence s'est imposée à la paléo­anthropologie que l'homme était né à ce moment-là, alors que les australopithèques qui étaient bipèdes et capables d'utiliser conjoncturellement des objets à titre d'instruments de survie, n'avaient pas atteint, quant à eux. l'art humanogène de la manufacture - c'est-à-dire n'avaient pas fait de la fabrication de l'outil le tesson de leur arrachement aux déterminismes naturels.
Les technologie ont inventé l'homme, en ce sens qu'elles lui ont permis de développer une pensée conceptuelle, qu'elles l'ont obligé à inscrire son développement dans la dynamique d'une complexité croissante et de devenir, tout simplement, un être de culture. La taille de la pierre, autorisée à des êtres auxquels la station verticale a permis de hbéier la main et les organes phonatoires, a changé la vie de nos premiers ancêtres : elle les a conduits d'abord à composer avec une matière qui a dicté ledesign d'outils (comme les choppers. les grattoirs et les burins), qui eux-mêmes ont induit d'autres outils, lesquels ont dû imposer des gestes nouveaux pour leur usage, modifier les schémas corporels, suggérer des modes d'organisation sociale, impulser de nouvelles technologies qui ont elles-mêmes, comme la navigation ou l'agriculture, produit des comportements inédits, des systèmes de coopération, des croyances - bref, une histoire.
Faut-il, cela étant, céder à une sorte de déterminisme technologique en prétendant que l'homme n'est que le produit de ses outils - des outils qui auraient été d'abord le prolongement de son corps, des prothèses en quelque sorte, puis auraient créé l'espace d'une extériorisation dans lequel tous les possibles auraient pu s'exprimer, jusqu'à ceux qu'actualisent nos ordinateurs ou nos satellites ? Le déterminisme dessine une trajectoire linéaire, un schéma de causalité univoque qui ne convient pas à la description de l'hominisation. L'idée d'une co-évolution semble plus adaptée à la situation créée par l'invention par l'homme d'outils qui vont en retour le contraindre à évoluer. S'inspirant de Leroi-Gourhan. Bernard Stiegler a cette formule qui résume l'essentiel : « L'homme s'invente dans la technique en inventant l'outil — en s'extériorisant techno-logiquement » (La technique et le temps 1.édition Galilée p. 152). Cette extériorisation « techno-logique » ainsi formulée a le mérite de souligner cette composition de la technè et du logos, de l'outil et du langage, à laquelle l'homme doit de s'être soustrait à l'inertie naturelle et d'être devenu ce qu'il est.
Est-ce que cette brève évocation des thèmes de la paléo-anthropologie suffira à accréditer comme une évidence la thèse selon laquelle la technique serait anthropologiquement constitutive, comme le dit Leroi-Gourhan? Les technologies ont inventé l'homme. Elles l'ont fait sans toujours en avoir l'air - subrepticement : en le disciplinant, par exemple, quand les machines doivent imposer des gestes précis; en le portant à sortir de lui-même, quand elles lui offrent la perception d'horizons nouveaux ; en le conduisant à nouer des relations avec ses semblables, quand elles lui donnent des moyens élargis de communiquer. Cela et d'autres caractéristiques du même ordre signalent la puissance diffuse des techniques dont nous sommes à la fois les sujets et les instigateurs. Quand certains philosophes et historiens rappellent l'impact de l'écriture - cette technique matricielle - sur l'humanité, quand ils expliquent comment elle nous a portés à percevoir le monde sur le mode de la segmentation, de la liste, du répertoire, de la raison analytique, comment elle a extériorisé et étendu notre mémoire, comment elle a rendu nos actions efficaces, ces philosophes et historiens illustrent de manière magistrale le fait que la technologie nous a bel et bien inventés.
Pourquoi, si cette thèse est devenue l'évidence même, la question de savoir si nous serions à la veille d'une réinvention de l'homme semble-t-elle connoter autre chose qu'une invitation à examiner si les technologies les plus récentes restent bien dans le droit fil de l'hominisation décrite par la paléo-anthropologie ? Pourquoi la posture des transhumanistes ne nous paraîtrait-elle pas aussi banale que l'affirmation d'un hyperhumanisme annonçant que nous disposons des moyens de plus en plus sophistiqués de réaliser notre humanité? En toute rigueur, l'homme n'a jamais cessé de se réinventer, et cela parce qu'il est un processus en co-évolution avec un environnement qu'il modifie et qui le modifie sans arrêt. Les nouvelles technologies ne devraient pas changer fondamentalement les choses. Pourtant, elles le font, et c'est cela qu'il faut examiner.

Changements dans la technique

En quoi percevons-nous donc dans l'actuel pouvoir des techniques l'annonce d'une coupure dans le processus par lequel l'homme a justement produit ces techniques ? En quoi la perspective qu'il soit réinventé par ces techniques nous semble-t-elle modifier ce que nous tenions jusqu'ici comme évident?
La réponse doit se trouver dans le caractère inédit de la technologie qui se déploie sous nos yeux. On peut risquer la thèse selon laquelle la technique a acquis des caractéristiques qui bouleversent la constitution anthropologique qu'elle garantissait, L'observateur de son développement récent rencontre ces caractéristiques qui servent d'argumentaire au transhumanisme aussi bien qu'aux critiques du monde moderne (1). On souligne par exemple que la technique obéit à des impératifs de vitesse qui déconcertent la temporalité à laquelle les hommes sont naturellement assujettis. C'est d'ailleurs cet aspect qui alimente la prophétie selon laquelle elle nous exposera bientôt à la singularité, c'est-à-dire à ce point de non-retour qui fera surgir un futur dans lequel nous n'aurons plus d'importance, comme si nous devions être victimes d'une « vitesse de libération », comme on dit en astronautique, et abandonner la pesanteur. Le thème revient souvent pour ponctuer l'histoire de plus en plus subtile de la maîtrise technique de la nature par les hommes : à la matière puis à l'énergie a succédé l'information comme le mobile essentiel des réalisations techniques. Le temps dit réel est ainsi devenu une obsession. Pas seulement chez ces internautes qu'on appelle « geeks » et qui aspirent à la dématérialisation, mais aussi - hélas -chez les décideurs économiques et les politiques. Les politiques de recherche contemporaines, en premier lieu la prospective européenne qui s'élabore actuellement pour faire suite à la Stratégie de Lisbonne 2000-2010, traduisent déjà cette propension à mesurer l'efficacité à l'aune de la seule réactivité : l'innovation à tout prix y est l'argument du moindre programme. Le temps qui séparait jadis l'invention de l'innovation en charge de l'appliquer se trouve de plus en plus raccourci : le transfert de l'une à l'autre voudrait tendre à être instantané et il est en voie d'écraser la recherche proprement dite. Quand il avait fallu 102 ans entre la découverte du phénomène physique appliqué dans la photo et la photographie elle-même (1727-1829), 56 ans pour le téléphone, 35 ans pour la radio, 12 ans pour la télévision, 14 ans pour le radar, 6 pour la bombe à uranium, 5 pour le transistor (2), on s'attend à présent qu'à échéance de 2 ans, les chercheurs contribuent à mettre sur le marché des innovations techniques abouties. C'est là le « court-termisme » imposé par lAgence nationale pour la recherche (ANR) ou la Communauté européenne (3) de plus en plus dénoncé par les chercheurs. Toujours plus vite pour satisfaire un impératif de compétitivité devenu une fin en soi : les hommes qui y sont désormais contraints peuvent-ils demeurer ceux qu'ils étaient?
Autre caractéristique des technologies qui déconcertent nos contemporains et qui étayent l'impression que nous sommes en train de préparer la rupture qu'espèrent les transhumanistes : les objets techniques que nous produisons sont de plus en plus caractérisés par leur autonomie. Depuis au moins la cybernétique des années 1950, on s'attache à développer des machines capables de s'auto-réguler et de fonctionner comme des systèmes ouverts, apparentables à de véritables organismes. L'ère des objets intelligents est annoncée pour demain. Mais que seront les hommes appelés à assister passivement à la communication que les machines établiront entre elles, ainsi qu'on peut déjà l'apercevoir en aéronautique ou dans les centrales nucléaires ? À force d'avoir voulu réaliser leur autonomie grâce à des machines qui leur assurait la maîtrise sur leur environnement, les hommes ont fini par accorder cette autonomie aux machines elles-mêmes, par leur déléguer - au point de se trouver secondarisés et aliénés par elles.
La modernité qui nous enjoignait de poursuivre la réalisation de cette autonomie qui nous échappe de plus en plus se trouve mise en péril sur un autre terrain : celui des symboles eux-mêmes, qui devaient offrir à notre prométhéisme sa justification. Il était entendu, en effet, que la technique accomplissait sa mission d'accompagner l'homme dans son émancipation par rapport à la nature et qu'elle le faisait dans le contrepoint du langage qui pouvait assurer de son côté la « mise en culture » de la science et de ses réalisations. Les deux facteurs de l'hominisation — la technique et le langage, les outils et la parole - fonctionnaient de concert dans la construction de l'humanité. Or on assiste aujourd'hui à un déséquilibre en faveur de la technique : le langage est de plus en plus diminué et menacé par les machines qui veulent le simplifier, le transformer, le rendre inutile. Qu'on songe à l'effet de simplification extrême produit sur le langage par les technologies du Web ou le recours aux SMS. Qu'on songe aux fantasmes générés par les neurosciences qui, aux yeux de certains transhumanistes (comme Kevin Warwick), devraient contribuer à rendre superflu l'échange par les mots au profit de la mise au point de dispositifs de communication par ondes électromagnétiques, réalisant l'équivalent d'une relation télépathique. Qu'on songe à l'infirmité croissante des promoteurs de ces techniques déshumanisantes à instaurer le débat argumenté autour de leurs innovations... L'homme que les technologies du virtuel vont réinventer aura peut-être bientôt perdu la parole et il ne connaîtra plus d'autres symboles que ceux qui servent la cause de la numérisation.
Il n'est plus temps de se le dissimuler: les technologies nouvelles ne nous simplifient plus la vie, elles simplifient jusqu'à la caricature nos comportements et nos pensées de telle sorte qu'elles nous réduisent à l'élémentaire : simple destinataire d'un serveur vocal, simple usager d'une automobile devenue une boîte noire répondant à des commandes automatiques, simple scripteur sur des traitements de texte prenant de plus en plus d'initiative dans la rédaction de nos courriers ; nous sommes invités à nous dépouiller des éléments de complexité et d'intériorité qui nous donnaient à penser que nous étions autre chose que des machines.

L'idéal d'un homme nouveau

Les nouvelles technologies réinventent un homme selon leur format et leurs exigences fonctionnelles. C'est ce monde en devenir qui justifie l'impression d'une cassure dans le processus de co-évolution qui décrivait le régime de construction de l'humanité.
L'homme nouveau, proclame-t-on, saura s'adapter à ses machines, quitte à devenir méconnaissable. Il satisfera au vœu formulé par Francis Galton, au début du XXe siècle, qui attendait de la biologie qu'elle donne les moyens d'améliorer l'espèce humaine de sorte qu'elle soit à la hauteur des machines. C'est cela l'eugénisme revendiqué « libéralement » (4) comme idéal imposé par une société technologisée, laquelle se trouve entravée dans son développement par des hommes imparfaits ! C'était déjà le rêve de Marinetti et des futuristes italiens des années 1920: construire grâce à la sidérurgie un homme d'acier qui aura expulsé le corps et ses passivités ! On sait dans quels termes le fascisme a revendiqué peu après cet idéal d'homme nouveau...
Si la revendication de cet idéal n'est pas nouvelle, si elle se situe même implicitement dans le sillage des attentes générées par la modernité, nous prenons conscience, aujourd'hui, des moyens dont nous disposons pour la réaliser: l'amélioration de l'homme par les technologies est devenue un programme explicite, alors qu'elle n'était jadis qu'une vision plus ou moins associée à Frankenstein. En 1956, le philosophe Gunthers Anders le disait déjà: nous courons après nos machines et déplorons notre impuissance croissante par rapport à elles. Nous éprouvons une insupportable honte à leur égard - une « honte prométhéenne » (5). C'est, à vrai dire, avec la finitude humaine que nous désirons en finir, et le projet technique qui devait nous rendre aussi forts que des dieux devient clairement celui de nous transformer en dieux, c'est-à-dire en êtres dépourvus de la passivité qui nous force encore à naître par hasard, dépourvus de la souffrance et de la maladie associées à la fragilité de nos corps, du vieillissement et de la mort non désirée.
Les technologies nouvelles - opportunément regroupées dans la convergence NBICs (6) -déclarent en réalité inventer l'au-delà de l'humain. C'est ce que nous découvrons à travers l'imaginaire de nos sociétés et qui se trouve en rupture par rapport au prométhéisme de la modernité qui glorifiait encore l'humain, puisqu'il voulait l'imposer aux dieux eux-mêmes.

Préparer le successeur de l'homme

Comment faire en sorte d'échapper à ce que nous sommes, en mobilisant ce que nous sommes parvenus à obtenir de nos techniques? C'est la question-programme des transhumanistes dont les divers Manifestes apparaissent, on l'a dit, au service d'un Humanisme amplifié - le H+ -, alors qu'en réalité, ils révèlent leur intolérance à l'humanité en nous. En ce sens, la « cyborgisation » est présentée comme la formule de transition vers la réalisation de la fusion de l'homme avec la machine qui pourrait faire triompher un posthumain. Quelques nos contemporains, au nombre desquels figure en général Vuploading, c'est-à-dire l'ambition de télécharger le contenu du cerveau sur des matériaux inaltérables (par exemple des puces de silicium) susceptibles d'être implantés à volonté sur d'autres corps ou dispositifs. La mort ne consisterait, dans ce scénario, que dans la décision de débrancher le logiciel réceptacle du contenu de la conscience, laquelle - comme on l'objectera - est abusivement identifiée à la modélisation du cerveau. 
En dépit de ces naïvetés, on découvre combien les promesses hyperboliques (ce que l'on nomme le discours « hype ») des technoprophètes -  ont fait franchir à l'homme un palier où la question de sa réinvention devient plutôt celle de son augmentation, puis celle de sa relève.Une argumentation empruntée à une vulgate de l'évolutionnisme néo-darwinien vient offrir une légitimation théorique à cette relève : rappelons donc que l'espèce humaine a triomphé du struggle for life grâce à son pouvoir de fabriquer des outils et à celui de s'être constituée en sociétés réglées par le langage et la fonction symbolique en général. Parce qu'elle a su composer avec les pressions sélectives de l'environnement, elle a pu survivre,
se développer et prospérer. Pourquoi, demande-t-on aujourd'hui, le pouvoir technique qui lui a valu d'être retenue comme viable dans l'évolution ne pourrait-il pas modifier en retour les pressions sélectives de l'environnement et pérenniser ainsi la sélection d'une espèce nouvelle qui serait donc issue de l'humain ? Application de la thèse de l'effet réversif, comme l'ont baptisée certains commentateurs de Darwin sensibles au fait que la culture est susceptible de rétroagir sur la nature : la technologie est en train de préparer les conditions d'émergence de variations et de mutations qui donneront sa trajectoire à l'évolution à venir. La technologie qui se rend autonome produit déjà des objets intelligents qui vont relayer les mutations aléatoires de la biodiversité, pour faire advenir une espèce nouvelle.
Il ne s'agit donc plus de réinventer l'homme, mais de préparer - avec emphase - le Successeur de l'homme (comme dit Jean-Michel Truong (7) ou bien la Singularité (comme dit Ray Kurzweil (8). Déjà, on constate une certaine complaisance à faire valoir l'immaîtrise au cœur des activités technoscientifiques : immaîtrise dans le domaine des nanotechnologies, par exemple, où l'on dit que prospèrent des apprentis sorciers par vocation et non pas par accident. Immaîtrise dans le domaine des biotechnologies ou de la biologie de synthèse, où les expériences « pour voir », pour tester sa créativité, seraient de plus en plus fréquentes (9). Un culte du phénomène émergent exprimerait déjà cette disposition à accueillir le hasard d'une évolution dont on aurait travaillé aléatoirement les conditions initiales.

Affronter le problème éthique de ce refus de l'humain

Que conclure ? Si l'on prend au sérieux les extrapolations des technoprophètes, mais aussi les ambitions affichées par certains laboratoires de recherche encouragés par d'enviables financements, les technologies nouvelles vont réinventer un homme qui aura consenti à sa disparition. Il ne s'agira déjà plus d'un homme mais de l'avatar d'une humanité exténuée. La technolâtrie est le symptôme de cette fatigue d'être soi, diagnostiquée par les sociologues depuis Alvin Toffler dans les sociétés hypertechnologisées. Plus nous nous sentirons impuissants et déprimés, plus nous serons tentés de nous tourner vers les machines. La technologie est l'alibi de nos faiblesses humaines : c'est ce que nous donnent à comprendre en particulier les addictifs au Web. Lorsqu'un technoprophète comme Jean-Michel Truong proclame qu'à ses yeux on ne saurait vouloir - « après Auschwitz » - que l'espèce à venir ait le visage de l'homme et qu'à cet égard, il faut miser sur les technologies pour assurer la venue d'un successeur, on peut s'inquiéter. Surtout si ce genre de constat ne rencontre aucune résistance de la part de ceux qu'on nomme les « digital natives » parce qu'ils sont nés avec l'internet et considèrent spontanément que leur avenir sera ce que les technologies en feront.
Comment résister, comment remettre ces technologies à leur place, c'est-à-dire dans un contexte proprement humain ? Avant de songer à rejoindre le camp des adeptes de la décroissance ou de céder à la folie destructrice des « luddites » (10), il conviendrait d'affronter le problème éthique posé par l'absurdité de notre aspiration à échapper à l'humain. Est-il encore permis de réhabiliter la finitude en nous, de consentir à ce qu'il nous demeure une irréductible passivité, celle qui se traduit par la naissance, la souffrance, la maladie, le vieillissement et la mort ? Comment accepter de faire naître au hasard quand on pourra fabriquer et programmer l'être nouveau ? De supporter la douleur et l'angoisse de vivre, si l'on peut supprimer les sources d'inquiétude existentielle autant que les déficiences du corps ? Une éthique de la vulnérabilité, objectée à la démesure suicidaire de nos prétentions technologiques, est la perspective qu'ouvré l'attention portée à nos insuffisances et à nos fragilités. Elle est le vrai défi que le monde contemporain nous impose.



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" La révolte des masses " d' Ortega Y Gasset


(1)   Voir Jean-Michel Besnier, 
Demain les post-humains. Le futur
 a-t-il encore besoin de nousl, éd. Fayard 2010.
(2)   Cf. Bertrand Gilles, Histoire des techniques, Gallimard, Pléiade
1977, p. 39. Cité par B. Stiegler, La technique et le temps 1, p. 54.
(3)   Cf. Le texte de la CE intitulé « Innovation » qui doit définir
pour les dix ans à venir les politiques de recherche des États
membres et faire suite à la Stratégie de Lisbonne qui avait donné
le tempo avec « l'économie de la connaissance ».
(4)     Habermas fustige « l'eugénisme libéral » qui se développe
aujourd'hui comme une offre issue des biotechnologies mises
sur le marché. Ainsi le clonage reproductif, à ses yeux, risque
bien d'être réclamé un jour au titre du service que les sciences 
et  les techniques doivent rendre aux contribuables des pays qui les
financent. Tout ce qui est techniquement réalisable sera réalisé,
pourvu que cela trouve preneur sur le marché...
(5)     Cf. G. Anders, L'obsolescence de l'homme. Sur l' 
âme à l'épo­que de la deuxième révolution industrielle, éd. L'Encyclopédie des
nuisances, 2002.
(6)   Du    nom    du   programme   américain    associant   les
Nanotechnologies (N), les Biotechnologies (B), les sciences de
l'information (I) et les sciences cognitives (C). Ce programme, dit
de convergence technologique, alimente nombre des spéculations
des mouvements transhumanistes.
(7)    Cf. J.-M. Truong, Totalement inhumaine, éd. Les Empêcheurs
de penser en rond, 2001. Le titre de l'ouvrage emprunte à Pierre
Teilhard de Chardin, qui est convoqué par Truong au titre d'un
précurseur du posthumanisme.
(8)    Cf. Humanité 2.0. La Bible du changement, M21 éditions,
2007.9
(9)  Ce sont des thèmes qui sont développés par Jean-Pierre
Dupuy dans Pour un catastrophisme éclairé, éd. Le Seuil, et qui
trouvent de plus en plus d'échos dans l'univers en émergence de la
biologie de synthèse, avec ses « biohackers » ou ses « biologistes de
garage », comme on appelle les bricoleurs qui hybrident le vivant
et l'électronique, avec des moyens dangereusement réduits.
(10) Du nom des artisans anglais du textile qui sabotaient les machines à tisser. Hans le contexte de la société industrielle du XIXe siècle.

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