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jeudi 10 décembre 2015

Touche pas à ma crèche !? par Nicolas Mathey




(Source: ThomasMore)


Après les attentats du 13 novembre 2015, certains ont eu la géniale idée de proposer de lutter contre le terrorisme islamique avec des armes à la puissance avérée : plus de laïcité et moins de christianisme. Nombreux sont ceux qui ont été subjugués par l’à-propos et l’originalité de la proposition qui ne tardera certainement pas à faire ses effets avec l’appui de l’état d’urgence pour tous.

Quelques-uns ont toutefois douté de la pertinence de la démarche. Le hasard des calendriers a voulu que le Vade mecum de l’Association des maires de France (AMF) paraisse à peu près au même moment ! Le débat tend à se focaliser en particulier sur le sort des crèches dans l’espace public et
plus particulièrement dans les établissements publics tels que les mairies et hôtels départementaux. J’aimerais vous faire part de quelques réflexions plus ou moins juridiques et plus ou moins catholiques sur le sujet.
D’abord, au plan juridique, la question de l’installation des crèches dans l’espace public ne semble pas recevoir une réponse générale bien assurée. L’AMF relève d’ailleurs les divergences entre décisions et regrette qu’une solution plus ferme, et négative, ne soit pas affirmée :

La présence de crèches de Noël dans l’enceinte des mairies n’est pas, du point de vue de l’AMF, compatible avec la laïcité. Elle relève toutefois que la jurisprudence administrative est, encore à ce jour, discordante sur ce sujet (Vade mecum, p. 16).

Il est vrai que, d’une part, la Cour administrative d’appel a considéré que :

« une crèche de Noël, dont l’objet est de représenter la naissance de Jésus, installée au moment où les chrétiens célèbrent cette naissance, doit être regardée comme ayant le caractère d’un emblème religieux au sens des dispositions précitées de l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905 et non comme une simple décoration traditionnelle ; que, par suite, son installation dans l’enceinte d’un bâtiment public est contraire à ces dispositions ainsi qu’au principe de neutralité des services publics » (CAA Paris, 8 oct. 2015, Fédération départementale des libres penseurs de Seine et Marne c/ Commune de Melun).
Tandis que la CAA de Nantes a jugé le 13 octobre 2015 que:

compte tenu de sa faible taille, de sa situation non ostentatoire et de l’absence de tout autre élément religieux, elle s’inscrit dans le cadre d’une tradition relative à la préparation de la fête familiale de Noël et ne revêt pas la nature d’un « signe ou emblème religieux» ; que, par suite, elle n’entre pas dans le champ de l’interdiction posée par l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905, alors même qu’elle ne se rattache pas à un particularisme local, et ne méconnaît ni les dispositions de cet article ni les principes de liberté de conscience et de neutralité du service public (CAA Nantes, 13 oct. 2015, annulant TA Nantes, 14 nov. 2014, n° 1211647, Fédération de Vendée de la libre pensée. – V. M. Touzeil-Divina, Trois sermons (contentieux) pour le jour de Noël . – La crèche de la nativité symbole désacralisé : du cultuel au culturel ? : JCP A 2015, 2174)
Le débat tourne donc essentiellement autour des notions de laïcité et de neutralité. La République est laïque (Constitution, art. 2), l’Etat doit respecter une scrupuleuse neutralité entre les religions… tout cela semble finalement bien connu ; si ce n’est que la compréhension actuelle de la laïcité confine souvent à l’anti religieux voire à l’athéisme d’Etat, alors qu’il ne devrait pas oublier l’aspect positif de la laïcité qui doit garantir la liberté de conscience et de religion et le libre exercice des cultes (L. 9 déc. 1905, art. 1er). Cette conception, que certains ont d’ailleurs appelé nouvelle laïcité (S. Hennette-Vauchez, V. Valentin, L’affaire Baby Loup ou la nouvelle laïcité : LGDJ 2014), implique également une remise en cause de la frontière entre la sphère privée et la sphère publique, remise en cause dangereuse pour les libertés et notamment la liberté religieuse.

Il reste à savoir comment la crèche peut trouver sa place dans un raisonnement juridique impliquant la laïcité et la neutralité. Les décisions qui abordent la question mettent en œuvre le même texte pour en tirer des conséquences différentes : l’article 28 de la loi de 1905 prévoit en effet qu’il est interdit « d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit ». La différence de solutions s’explique essentiellement par une différence de compréhension de ce qui constitue un signe religieux. La Cour administrative d’appel de Nantes avait déjà eu à connaître de cette question : elle avait considéré qu’un crucifix dans une mairie de Vendée était bien un signe religieux et devait être retiré dans la salle municipale où il était placé (CAA Nantes, 4 févr. 1999, n° 98NT00207, Assoc. civique Joué Langueurs : Rec. CE 1999, tables, p. 498).

Pour faire simple, le sens d’un signe peut être défini principalement de deux façons différentes. Il est possible de tenter d’approcher la signification objective du signe : c’est la conception de la CAA de Paris. La crèche représentant la naissance de Jésus, c’est un signe religieux dont la présence dans une mairie ou un autre bâtiment officiel (à destination non cultuelle évidemment) est incompatible avec l’article 28 de la loi de 1905. Cependant, il est possible de proposer une autre interprétation : celle de la société qui perçoit le signe. Dans ce cas, il faut rechercher ce que signifie la crèche dans notre société contemporaine pour le plus grand nombre. C’est la conception de la CAA de Nantes. Dès lors que la crèche « s’inscrit dans le cadre d’une tradition relative à la préparation de la fête familiale de Noël », elle cesse d’être un « signe ou emblème religieux». Il y a naturellement des variantes et des nuances à apporter à ces deux interprétations mais pour l’essentiel, le débat juridique consiste à choisir entre ces deux démarches. L’intervention du juge et les divergences entre tribunaux et cours n’a rien d’étonnant, ni d’illégitime, quoi que semblent en penser MM. Baroin et Laignel. Celui-ci était pourtant un fin philosophe du droit puisque nous lui devons cette phrase mémorable en 1981 : « Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaires » ! Il n’est donc pas nécessaire de procéder à une « clarification législative » comme le demande l’AMF ; clarification dont chacun devine qu’elle prendrait la forme d’une interdiction ferme !

Bref, tout cela n’est pas très satisfaisant. A vrai dire, je serais déjà porté à demander qu’on laisse un peu la société tranquille et qu’on laisse chacun, y compris les maires, œuvrer avec prudence dans leur champ de compétence en intervenant que lorsqu’il y a un réel problème. Mais cela relève plus du mouvement d’humeur que de la réflexion.

Plus précisément, au plan plus générale voire spirituel, je ne pense pas que l’Etat ait grand-chose à gagner en menant une bataille aussi systématique contre les religions, et notamment contre celle qui reste la plus pratiquée dans notre pays. Faut-il aggraver nos divisions ? Les ennemis de la République sont aussi les ennemis du christianisme et la faiblesse spirituelle de la France ne peut en aucun cas être constituer une force de la République (V. Houellebecq ?).

Ceci dit, je ne pense pas non plus que la diffusion des crèches à travers le pays soit une bonne idée. Je le dis avec beaucoup d’incertitudes (dites-moi si je me trompe) : je ne souhaite pas que l’Etat mette ses sales pattes sur la crèche ! Je suis favorable à la liberté pour les communautés chrétiennes (y compris les familles) d’installer les crèches y compris dans les espaces privés ou publics (installons de belles crèches dans nos églises et sur nos parvis!) : il n’est pas question de renvoyer la religion dans la sphère privée.

En revanche, je ne parviens pas à me faire à l’idée que l’Etat s’approprie ce symbole si fort (puisqu’il lui fait d’ailleurs si peur !) de l’Incarnation. A la réflexion, quand je vois les arguments échangés sur le sujet, j’ai tendance à percevoir une alternative peu enthousiasmante (V. plus haut) : soit la crèche est un signe religieux mais alors elle n’a pas sa place dans une mairie ; soit elle n’est pas un signe religieux car elle a été désacralisée dans notre société. Dans le premier cas, la séparation du temporel et du spirituel devrait conduire à admettre, même pour un catholique sincère, que la présence de la crèche dans un bâtiment officiel de l’Etat n’est pas appropriée. Dans le second, il faudrait même en être un peu choqué : la crèche n’est pas une simple manifestation culturelle ou commerciale ! Ce n’est pas le symbole de valeurs que la République pourrait se réapproprier sans conséquence. Que des personnes qui n’ont pas la moindre idée de la signification de la crèche se mettent à la défendre ainsi me semble pour le moins douteux (« ça emmerdera bien les musulmans ! ») et au pire quasi sacrilège (mépris pour l’Incarnation et confusion du spirituel et du temporel).

"De leur crèche, le Fils de Dieu est absent…" (J.-P. Denis)

La fête de la nativité n’est pas l’occasion d’affirmer des valeurs, ni même de défendre notre culture (le christianisme n’est-il pas devenu une contre-culture face à l’Etat voire à la société moderne ? – V. J.-P. Denis, Pourquoi le christianisme fait-il scandale?: Seuil 2010. – V. également des auteurs comme W. Cavanaugh si méfiant à l’égard de l’Etat…), mais d’adorer le fils de Dieu qui nous montre que Dieu est Père. Je ne vois pas ce que l’Etat vient faire ici (V. également R. Poujol, Laïcité, laïcité chérie).


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"Touche pas à ma crèche !?"  par Nicolas Mathey[*]

"Clause de conscience des maires:
le Conseil constitutionnel insulte l’intelligence juridique" - (Nicolas Mathey) [*]

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Attentas du 13 Novembre 2015 ...

Signature de la "Charte de la Laïcité" par les parents à l'école !
Neutralité religieuse dans les structures privées: 
             il est temps de cesser de surjouer la laïcité ! (Jean-Frédéric Poisson)
«Ce n'est pas l' Islam...» ? - Rémi Brague,  André Malraux, Paul anel"
#JeSuisCharlie : En état de choc, on fait n’importe quoi
                     par Guillaume de Prémare (...et autres assais)
Attentats:  Unité de la France ,unité de l'Islam  et civilisation ?
"Les prophéties de Bernanos" ( Clément Borgal ) - Impasse de la Liberté
Réaction du Cardinal Mamberti sur le jugement de la Cour européenne
 à propos de la Liberté de conscience et religieuse (@news_va_fr 2013)
Le Gender ou "L'idéologie libertaire à l'assaut de nos libertés fondamentales"  par François-Xavier BELLAMY
"Jeunesse Lumière à 30 ans" JL30 avec le Père Daniel Ange 
La France est-elle encore la « fille aînée de l’Eglise » ? Par le cardinal Philippe Barbarin
Spiritualité conjugale selon Jean Paul II - 1/2 - "Le rêve de Dieu par Yves Semens"
Spiritualité conjugale selon Jean Paul II - 2/2 - "Une spiritualité conjugale"
Lettre de Mgr Aillet (MANIFPOURTOUS , Bioéthique , Gender , Euthanasie Morale Laïcque...)
Homélie de Mgr Marc Aillet à Notre Dame de Chartres (clôture du pèlerinage)
Dominique Humbrecht : " À défaut d'avoir précédé, nous (L'Église de France) 
pouvons encore suivre. Nous sommes acculés à l'exemplarité culturelle."
Veilleurs: "Cathos et rebelles" ( via Le Figaro 18 Avril 2014)
"Les Veilleurs" (20 Avril 2013)
Proclamation de St Thomas More comme patron des responsables 
de gouvernement et des hommes politiques
Loi naturelle et loi civile: 1-"un mariage de raison"
"1984" de George Orwell avec Raphaël Enthoven dans"Le Gai Savoir
Halte au narcissisme du corps avec Adèle van Reeth
Les nouvelles technologies vont-elles réinventer l' homme ?
"Le droit canonique est un droit de guérison"(L'Eglise : une institution juridique ? )
La liberté religieuse en cause en Europe
La voix éloquente et claire de la Conscience
Conscience morale: "Les chrétiens au risque de l'abstention ? "
La liberté de conscience et religieuse menacée aux États-Unis


Cardinal André XXIII - Extrait " Vision actuelle sur la Laïcité (KTO) "
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie I)
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie II)
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie III)
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie IV)

La laïcité à la française " une analyse de Mgr Jean-Louis Bruguès
La voix éloquente et claire de la Conscience
"La révolte des masses" - d' Ortega Y Gasset
Quand l' Eglise interpelle les consciences....pour 2012
Adieu Benoît XVI - Livre d' Or (ici)
Spiritualité conjugale selon Jean Paul II - 1/2 - Le rêve de Dieu par Yves Semens
Démocratie "entre" Loi civil et loi morale - Extrait de l' Evangile de la Vie (Evangelium vitae)
Inauguration de la statue de Jean-Paul II par Monsieur le Sénateur Gérard COLLOMB
Dans les combats, "Mes Armes" - faisons les nôtres ... (Ste Thérèse de l' enfant Jésus)
"DIVINI ILLIUS MAGISTRI" LETTRE ENCYCLIQUE DE SA SAINTETÉ
LE PAPE PIE XI SUR L'ÉDUCATION CHRÉTIENNE DE LA JEUNESSE
La morale laïque, une nouvelle religion pour la République ?
(Observatoire Sociopolitique du diocèse de Fréjus-Toulon)
"Notre République" par Charles Vaugirard
La Laïcité, 4éme devise de la République pour Mr Olivier Falorni !!!!
"Tomber la culotte" ET "morale laïque" de Vincent Peillon à l' école 
Chiara Petrillo: "OUI à la VIE"
L' état doit il avoir une éthique ? La loi est elle pédagogique et donc
oriente elle vers le bien ?
Démocratie "entre" Loi civil et loi morale
Extrait de l' Evangile de la Vie (Evangelium vitae)
Chronique libre: "De l'ordre moral à l'ordre infernal"
Conscience morale: "Les chrétiens au risque de l'abstention ? "
La liberté de conscience et religieuse menacée aux États-Unis

samedi 19 septembre 2015

Signature de la "Charte de la Laïcité" par les parents à l'école !





(source: nouvelObs)




  • Circulaire du 6 Septembre 2013: Ici



(source: education.gouv)


(source: education.fr)

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(source: l'Avant-Garde)


"800 jours pour convaincre" – Charles Beigbeder

C.Beigbeder


La France est à un tournant de son histoire, elle doit faire face à des défis inédits qui conditionnent son existence en tant que nation et déterminent le modèle de civilisation qu’elle entend promouvoir. Si rien n’est fait pour endiguer la situation où elle se trouve, la France pourrait, dans les décennies qui viennent, sortir de l’histoire et basculer dans le chaos.

Notre pays doit d’abord affronter une vague migratoire sans précédent dans son histoire. Terre d’accueil, la France a toujours constitué un carrefour culturel entre l’Europe du Nord et le bassin méditerranéen, et son identité s’est forgée au cours de l’histoire, par de multiples apports successifs, qu’il s’agisse des invasions vikings en Normandie, de l’occupation anglaise du Sud-Ouest pendant la guerre de Cent ans, ou encore de la Renaissance italienne qui a laissé de profondes traces dans notre patrimoine culturel.

Mais, à chaque fois, ces influences successives finissaient par s’incorporer à l’héritage national en lui apportant le meilleur d’elles-mêmes. D’abord parce que le fonds culturel était le même, l’immigration provenant avant tout du monde indo-européen. Ensuite parce que nos gouvernants, qu’ils fussent rois ou présidents, ont toujours eu à cœur l’unification politique et culturelle de notre territoire qui, sans eux, n’aurait jamais constitué une nation. Ce fut la lente et saine obstination des Capétiens, poursuivi et accéléré jusqu’à nos jours par les Républicains. Enfin, parce que le nombre de migrants n’avait, jusqu’alors, jamais bouleversé les équilibres démographiques de notre pays, au point de compromettre sérieusement le succès de toute entreprise d’assimilation.

Aujourd’hui, l’immigration extra-européenne amène sur notre pays un nombre de plus en plus important de personnes ne partageant pas le fonds judéo-chrétien de notre nation. Le phénomène s’accélère au point de n’être plus contrôlé par les pouvoirs publics. Victimes d’une idéologie mondialiste les conduisant à perdre le sens de la nation, nos dirigeants ont renoncé à vouloir assimiler les minorités à nos cultures et nos traditions, pour se complaire dans un « vivre ensemble » incantatoire, artificiel et vide de sens. Ce renoncement mortifère, qui conduit tout droit au multiculturalisme, prend une tournure d’autant plus grave que notre pays, profondément divisé depuis 1789, ne s’est toujours pas réconcilié avec son histoire et n’arrive pas à assumer une identité traumatisée par l’hécatombe de la Première guerre mondiale et culpabilisée par le régime de Vichy et l’héritage colonial.

À terme, c’est l’existence même de notre nation qui pourrait se trouver en péril si l’on continue à ignorer ces tensions culturelles et à invoquer, pour seul rempart, une laïcité devenue le sombre visage du nihilisme. Car, dans son acception actuelle, la laïcité ne signifie plus la non-immixtion de l’État dans les affaires des cultes, elle est devenue une religion négative prohibant tout héritage religieux dans l’espace public. Ce faisant, elle devient un facteur de déculturation qui accroît le malaise identitaire des Français qui ont le sentiment d’être dépossédés de leur histoire au profit d’un grand magma culturel informe.

Au-delà même de notre identité, c’est l’héritage de notre civilisation qui est en jeu, et avec elle, les principes universels qu’elle tire du Christianisme : l’égale dignité de toute personne humaine, le sens de l’altérité conjugale, la monogamie familiale, la liberté de conscience et d’éducation des enfants, la défense des plus fragiles, le sens du sacré et la recherche de la vérité. C’est ce socle commun, foulé aux pieds par l’actuelle majorité, qui doit être préservé et sauvé.

Le deuxième défi est d’ordre institutionnel. Notre pays doit retrouver des pans entiers de sa souveraineté trop facilement cédés à une Europe technocratique vidée de sa substance, et assumer pleinement les tâches d’un État régalien : diplomatie et défense à l’extérieur, sécurité et justice à l’intérieur. Cela suppose de respecter rigoureusement un principe de bon sens qui veut qu’une décision se prenne au plus proche des personnes auxquelles elle a vocation à s’appliquer. C’est ce principe de subsidiarité qui doit guider la réforme de l’État dans son rapport avec les régions, départements et communes d’un côté, et avec l’Europe de l’autre côté. De même, l’État doit cesser de s’appeler « Providence » en voulant pourvoir à tous les besoins, pour se recentrer sur ses missions régaliennes, ce qui permettra d’alléger le poids de la dépense publique.

C’est enfin sur le plan économique et social que des décisions doivent être prises. Dans ce domaine, il n’y a plus de place pour des demi-mesures car le besoin de réformes se fait cruellement sentir. Certes, nous n’affirmons pas, comme les penseurs matérialistes, que l’économie constitue l’unique clé du redressement national. La réforme est d’abord « intellectuelle et morale » pour paraphraser Renan ; elle est même spirituelle, si l’on part du principe que l’homme, – n’en déplaise à Marx -, ne se réduit pas à 80 kg de matière. Cependant, on ne pourra pas garantir les conditions d’une authentique renaissance sans mettre en œuvre un certain nombre de réformes clés permettant de retrouver le chemin de la prospérité et de garantir le plein-emploi. Cela passe par une réforme fiscale de grande envergure, un assouplissement du code du travail, une maîtrise des dépenses publiques, ainsi qu’une plus grande liberté accordée à tous les corps intermédiaires (entreprises, associations, etc…) dans lesquels se déploient la singularité de chacun et le génie collectif de tous.

Héritière d’une civilisation, la France doit donc aussi être capable de se réformer en profondeur : le progrès doit se déployer dans le respect de nos traditions, et l’initiative s’enraciner dans la fidélité à nos valeurs.

Il est malheureusement à craindre que ces réformes, que la France attend depuis 40 ans, ne seront pas menées à leur terme, sans une initiative de notre part pour les promouvoir. Victimes de leur consanguinité intellectuelle, les élites politiques s’enferment en effet dans une pensée qui, faute d’être nourrie par une vision spirituelle de l’homme et de la société, en est réduite à promouvoir des arrangements de court terme, fruits des rapports de force électoraux, qui ne parviennent pas élever le débat public au niveau où le requiert le bien commun de la nation. Or, plus que jamais, la France a besoin de réformes cohérentes qui s’inscrivent dans une vision de long terme et transcendent les clivages politiques et les compromis d’hémicycle.

C’est pourquoi, nous voulons peser sur les futurs candidats à la Présidentielle en publiant, chaque mois jusqu’en 2017, les contours d’une réforme-clé dont la France aurait besoin pour se redresser. Près de 800 jours nous séparent de l’élection présidentielle. C’est à la fois beaucoup et rien du tout. Nous voulons utiliser au mieux ce temps pour participer à la bataille des idées et rallier un maximum de nos concitoyens à nos thèses. Tel est le sens de l’opération « 800 jours pour convaincre » que nous lançons aujourd’hui.

Réunis au sein du collectif Phénix, issus de la société civile comme du monde politique, nous sommes animés par la volonté de faire sortir la France de sa léthargie actuelle, comme le Phénix renaît de ses cendres. C’est l’amour seul de la France qui est le moteur de notre engagement et explique l’espérance confiante que nous plaçons dans sa destinée. « L’avenir est quelque chose qui se surmonte » disait Bernanos. « On ne subit pas l’avenir, on le fait ». Tel est le sens de notre action.


Charles Beigbeder

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Signature de la "Charte de la Laïcité" par les parents à l'école !
Neutralité religieuse dans les structures privées: 
             il est temps de cesser de surjouer la laïcité ! (Jean-Frédéric Poisson)
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( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie I)
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mercredi 13 mai 2015

Neutralité religieuse dans les structures privées: il est temps de cesser de surjouer la laïcité ! (Jean-Frédéric Poisson)







L’Assemblée examine aujourd’hui une proposition de loi (*) visant à étendre l’obligation de neutralité aux structures privées en charge de la petite enfance et à assurer le respect du principe de laïcité.

Pour ma part, je refuse que lorsqu’ils bénéficient de financements publics, les établissements et services accueillant des enfants de moins de six ans soient soumis à une obligation de neutralité en matière religieuse.

Cela revient à étendre la neutralité de l’État à une structure de droit privé uniquement parce qu’elle reçoit de l’argent public. Or, le principe de laïcité ne prohibe le subventionnement public que pour les organisations cultuelles ; le prohiber plus largement pourrait être considéré comme discriminatoire, et donc attentatoire au principe constitutionnel d’égalité.

Cette proposition de loi exige aussi que certaines crèches ou halte garderies se prévalent d’un caractère propre porté à la connaissance du public intéressé pour bénéficier de financements publics propres. Il s’agit là d’une condition tout à fait « stigmatisante ».

La liberté de conscience et de religion, pourtant garantie par la Constitution française comme par la Cour européenne des Droits de l’Homme, deviendrait un droit exceptionnel, marqué par la suspicion.

Il est temps de cesser de confondre laïcité et laïcisme, et de dénoncer cette forme de complexe ou de manière de surjouer et de surintepréter la laïcité qui est dans la Constitution. Nous ne pouvons accepter que la laïcité soit assimilée au fait d’écarter le fait religieux de la sphère publique. Il en va de notre cohésion nationale.

 

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vendredi 23 janvier 2015

«Ce n'est pas l' Islam...» ? - Rémi Brague, André Malraux, Paul anel



Rémi Brague : « Dieu des Chrétiens, Dieu des Musulmans » [*]


Rémi Brague : « Dans les gènes de l’islam, l’intolérance » [*]

André Malraux: « Note sur l'Islam » 1956 [*]

Paul Anel: « Le défi qui attend l’Islam, ou ce que la tragédie du 7 janvier nous enseigne »  [*]


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Rémi Brague : « Dans les gènes de l’islam, l’intolérance »

Rémi Brague est philosophe et historien de la pensée médiévale arabe et juive. Il est l’auteur, entre autres, de « Europe, la voie romaine » (1999), « La loi de Dieu. Histoire philosophique d’une alliance » (Gallimard, 2005), et de « Modérément moderne » (Flammarion, 2014). Il s’exprime au sujet des assassinats de Charlie Hebdo :

« L’attentat contre les dessinateurs de Charlie Hebdo rappelle de vieilles histoires qu’il me faut malheureusement rappeler ici.



À l’époque de Mahomet, dans l’Arabie du début du VIIe siècle, il n’y avait évidemment pas de journalistes, faute de journaux, d’imprimerie, etc. Mais il y avait des poètes. Leurs vers, transmis d’abord de bouche à oreille, pouvaient être louangeurs ou satiriques. Ils influençaient l’opinion, comme le font de nos jours les organes de presse. Lorsque Mahomet se mit à prêcher son dieu unique, prétendit en être le messager et se mit à légiférer en Son nom, déclarant ceci « permis » ou cela « interdit », certains de ces poètes se moquèrent de lui. Mahomet savait pardonner à ceux qui l’avaient combattu, mais ne tolérait pas qu’on mette en doute sa mission prophétique. Il demanda donc qui allait le débarrasser de ces poètes. Des volontaires se présentèrent et les assassinèrent. Ils tuèrent d’abord Ka'b ibn Achraf, un juif, puis Abou Afak, un vieillard, enfin Asma bint Marwan, une femme qui allaitait. Leurs meurtres sont racontés dans la plus ancienne biographie de Mahomet, « La vie de l’envoyé d’Allah » (Sirâ) d’Ibn Ichak, éditée par Ibn Hicham vers 830. Abdourrahman Badawi en a donné une traduction rocailleuse, mais intégrale (Beyrouth, Albouraq, 2001, 2 vol.), qu’on préférera aux nombreuses adaptations de ce texte, qui sont toutes plus ou moins romancées. Mahomet assura les assassins qu’ils n’avaient commis aucune faute, un peu dans l’esprit du verset du Coran : « Ce n’est pas vous qui les avez tués ; mais Dieu les a tués » (sourate VIII, verset 17 a).

On comprend l’embarras des musulmans d’aujourd’hui. Je ne possède pas de statistiques fondées sur des sondages d’opinion parmi eux, mais tout nous invite à croire que leur grande majorité désapprouve ces crimes. Et, en tout cas, ceux qui s’expriment les condamnent sans nuances. Ce qui est à leur honneur. Mais, au-delà du refus constamment réitéré, et d’ailleurs légitime, de l’« amalgame » et de la « stigmatisation », comment dire que ces agissements n’ont rien à voir avec l’islam ? Le Coran appelle Mahomet « le bel exemple » (sourate XXXIII, verset 21), qu’il est loisible, voire louable, d’imiter. Comment ne pas comprendre que certains se croient autorisés à commettre en son nom et pour le venger ce genre de crimes ? »

Il répondait aussi à Atlantico au sujet de ces attentats.


« À chaque attentat terroriste revendiqué par les djihadistes, l’origine de la radicalisation de l’islam fait débat. Enfermés dans des écrits d’une autre époque, certains croyants sont pris dans une spirale de violence sans fin. La faute à une religion qui peine à s’adapter à son temps.

Atlantico — Quelle est la marge de manœuvre de l’islam relativement à la parole de Mahomet ? Pour quelles raisons ?

Rémi Brague — Mais ce n’est pas la parole de Mahomet ! Le Coran, pour les musulmans, c’est la parole de Dieu, et en un sens très littéral, il a été dicté par Dieu. Dieu est pour eux l’auteur du Coran de la même façon que Flaubert est l’auteur de Madame Bovary. Mahomet n’a fait que prendre à la dictée. Il est certes le "bel exemple", ce pour quoi ses déclarations et ses actions (hadith) peuvent servir de sources de droit.

Tout le monde parle d’interpréter le Coran. Mais si c’est Dieu qui y dicte ses volontés, on ne pourra guère interpréter que le sens des mots. Le voile des femmes restera un voile ; on s’interrogera seulement sur sa longueur et son opacité.

Atlantico — Peut-on considérer que l’islam est piégé dans une interprétation figée de cette parole ? Quelles en sont les conséquences concrètes pour les musulmans ? Quel peut être le rapport de l’islam à la modernité ?

Rémi Brague — Il est déjà trompeur de parler de "théologie". C’est un mot chrétien, emprunté lui-même à Platon qui l’a forgé pour la première fois. Il désigne la tentative d’une exploration des mystères divins au moyen des instruments de la raison, et en particulier de la raison philosophique. Les philosophes arabes ont essayé quelque chose de tel, qui a tourné court.

Il faut plutôt chercher la réflexion des penseurs musulmans du côté de ce que l’on appelle le Kalâm, qui est une entreprise apologétique. On y cherche à montrer que les dogmes islamiques, supposés vrais et clairs en soi, sont plausibles, et que ceux des autres religions sont absurdes.

Le fait que l’islam soit vieux de quatorze siècles n’est pas décisif en soi. Si Mahomet avait vécu à la même époque que Joseph Smith, le prophète des Mormons, cela ne changerait rien. Ce qui est vraiment décisif, c’est l’idée d’une dictée d’un texte par Dieu, qui est éternel et omniscient.

"Islam" et "modernité", voilà deux mots sous lesquels on peut mettre mille choses. Tout dépend de ce que l’on entend par "islam". Le mot désigne une religion, une civilisation et des populations. Et la "modernité" est une période de l’histoire pendant laquelle sont apparues des choses plus ou moins bonnes. Bien des gens, dans les pays dans lesquels l’islam est la religion dominante, aspirent à certains aspects de la modernité. Ils se méfient d’autres. Et je les comprends. Nos sociétés "modernes" se portent-elles si bien que cela ?

Atlantico — Les différentes branches de l’islam sont-elles confrontées à la même difficulté ?

Rémi Brague — Le chiisme a formé un clergé, ce qui lui assure une certaine cohérence et de la discipline.

Atlantico — Il n’y a pas de clergé côté sunnite. Est-ce une raison des dérives ?

Rémi Brague — Non, mais l’absence d’un magistère interdit de distinguer ce qui représente légitimement l’islam et ce que l’on considère comme des déviations. Personne n’a le droit de dire : "tout ceci n’a rien à voir avec l’islam !"

Atlantico — Une institutionnalisation de l’islam est-elle possible ? À quelles conditions ?

Rémi Brague — Qui pourrait la réaliser ? Certainement pas les gouvernements occidentaux qui déclarent représentatifs les partenaires qu’ils choisissent de se donner, et qu’ils choisissent en fonction de leur docilité.

Atlantico — Il y a quand même différentes formes d’islam ?

Rémi Brague — Bien sûr, il y a des variétés selon les pays, le substrat culturel des peuples qui sont passés à l’islam est très divers. Il y a le sunnisme et le chiisme. Il y a de plus différentes écoles juridiques, quatre principales en islam sunnite. Il y a différentes confréries mystiques.

Rémi Brague — Reste que tous les musulmans sont d’accord sur l’authenticité du Coran, sur le caractère exemplaire de la vie de Mahomet, sur la direction de la prière et du pèlerinage vers la Mecque... Quant aux musulmans concrets, ou aux gens que l’on appelle ainsi, les plaquant de la sorte sur leur identité confessionnelle, leur rapport à leur religion est très varié, un peu comme chez les chrétiens. Avec cette différence que l’identité religieuse et l’identité culturelle sont plus étroitement liées.

Atlantico — Qui a aujourd’hui l’autorité en islam pour faire évoluer l’interprétation des textes, mais aussi pour sanctionner celles qui sont non conformes ? Le recteur d’al-Azhar ? À quelles conditions pourrait-il être amené à le faire ?

Rémi Brague — Restaurer le califat, qui était déjà l’ombre de lui-même quand Atatürk l’a officiellement supprimé en 1924, c’est depuis lors le rêve de beaucoup de musulmans. Ce rétablissement ne serait pas un mal, nous devrions peut-être même le souhaiter. Déjà, cela rendrait plus difficile l’autoproclamation d’un prétendu "califat" comme celui que l’on a avec les gens de ISIS.
Mais il faudrait pour cela que les musulmans se mettent d’accord entre eux. Le fondement dernier de quelque chose comme une doctrine officielle, une sorte d’orthodoxie, est l’accord unanime de la communauté. L’ennui est que l’on ne sait pas qui a le droit de formuler cet "accord unanime". Les autorités des établissements d’enseignement comme al-Azhar ne sont que de fait, et elles n’ont rien de contraignant. »

Sources : Le Point et Atlantico

"Le Coran" traduit en Français: ici

Fil d'actualité sur Rémi Brague: ici
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Rémi Brague : « Dieu des Chrétiens, Dieu des Musulmans »



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(Source: revue Communio)

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André Malraux: « Note sur l'Islam » 1956



Pour agrandir: Ici


(Source: AndréMalraux.org)

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"Le défi qui attend l’Islam, ou ce que la tragédie du 7 janvier nous enseigne" de Paul Anel


Si la douleur et la confusion provoquées par la tragédie de l'attentat contre Charlie Hebdo appellent dans l'immédiat à la compassion et au recueillement, déjà la question se pose des causes de cet acte. Il n'échappe à personne qu'au delà du parcours individuel suivi par les criminels, la question de la cause conduit nécessairement à interroger plus généralement l'Islam et notre rapport avec lui. Cette question n'est pas nouvelle, mais elle se pose pour la France avec une acuité sans précédent. C'est une question délicate en soi, rendue plus délicate encore par le climat de peur désormais attaché à cette problématique, climat qui tient en quelque sorte la raison ligotée, et conduit beaucoup à se réfugier dans la sécurité du "politiquement correct." Pour une part aussi, cette précaution un peu excessive est justifiée: on a peur de l'amalgame et on craint de condamner en bloc ou de diaboliser une religion qui produit par ailleurs en beaucoup des fruits authentiques de religiosité.


Modéré ou fondamentaliste, une distinction inadéquate

Modéré ou fondamentaliste. Voici la distinction que l'on brandit systématiquement pour se garder justement de cet amalgame, et tracer au sein de l'Islam une frontière entre "bons" et "mauvais" musulmans. Cependant, cette distinction me semble non seulement simpliste mais dangereuse. En effet, si être "fondamentaliste", dans une religion, signifie être fidèle aux fondements, alors un bon religieux est un fondamentaliste. Dans cette perspective, faire l'éloge des modérés, ce serait, semble-t-il, faire l'éloge des tièdes ou de ceux qui font des compromis avec le monde. Par ailleurs cette distinction ne trace qu'une frontière relative, quantitative, entre terroristes et bons musulmans (les uns sont très fidèles au Coran, les autres un peu moins), et par conséquent cela revient à affirmer que tout musulman se trouve comme sur une pente glissante qui conduit, par degrés presque insensibles, au terrorisme qui est à l'origine du massacre de la rédaction de l'hebdomadaire satirique.

La question n'est pas tant celle de la fidélité (plus ou moins grande) aux fondements de l'Islam, mais plutôt celle de la nature de ces fondements. En effet, le jihad, la guerre sainte, est un fondement de l'Islam, et le Coran est très explicite quant au fait que cette guerre n'est pas une guerre personnelle contre le péché, mais une guerre visant à éliminer les infidèles, c'est à dire les non musulmans, au premier rang desquels l'occident chrétien. Donc lorsque l'on dit qu'il serait bon que les musulmans condamnent explicitement l'attentat contre "Charlie", c'est certainement juste, mais c'est insuffisant. Il faudrait que les musulmans aillent plus loin et condamnent l'enseignement du Coran sur la "guerre sainte". Mais là on touche le cœur du problème, car reconnaître cela, c'est reconnaître que le Coran n'a pas été dicté à Mahomet par l'ange Gabriel, et par conséquent que ce fondement de leur histoire est mensonger ou hallucinatoire.

La relation à l'Ecriture Sainte

Par mode de parenthèse, précisons que la théologie judéo-chrétienne d'une part et la théologie musulmane de l'autre diffèrent fondamentalement sur la question du rapport à l'Ecriture Sainte, et que de ce point de vue l'expression "religions du livre" crée une confusion sur un point fondamental. Juifs et chrétiens affirment en effet que les auteurs ont été inspirés et assistés par Dieu dans la rédaction des livres bibliques, mais d'une manière qui respecte leur personnalité et leur liberté. La Bible doit par conséquent être lue avec foi, mais aussi avec une raison active, qui cherche l'esprit au delà de la lettre. La lecture historico-critique, qui replace les textes dans leur contexte historique afin de mieux en comprendre les images, les mots, les intentions, est une pratique qui ne pose aucun problème pour juifs et chrétiens, de même que l'étude du "genre littéraire" qui invite à lire différemment, par exemple, un livre historique (l'Exode) et un livre poétique (le Cantique des Cantiques). "La foi appelle la raison", pour citer un vieil adage. En revanche, la théologie musulmane repose sur le fait que le Coran a été dicté littéralement à Mahomet, la lettre en provient donc directement de Dieu sans que l'instrument humain (Mahomet) n'ait sur elle aucune influence. Par conséquent il ne saurait être question de "genre littéraire" ou de "lecture historico-critique", mais seulement d'une soumission inconditionnée de la raison à la lettre du Coran. [1]

On comprend donc que critiquer l'enseignement du Coran sur le jihad, ou même en promouvoir une lecture spirituelle, non littérale, représente un changement de paradigme très profond pour l'Islam. [2] Critiquer les fondations, confesser que pour une part elles tiennent du mensonge ou de l'hallucination, cela ne conduirait-il pas à faire s'effondrer tout l'édifice, ou du moins à le fragiliser considérablement? Au contraire, l'Islam en ressortirait plus fort et plus libre, car seule la vérité rend libre. Ce travail de vérité permettrait en outre de rendre à l'Islam son véritable fondement: non pas une soi-disant révélation faite par l'Ange Gabriel à Mahomet (une affirmation absolument incompatible avec la révélation chrétienne), mais le "sens religieux" qui se trouve naturellement en tout homme, et qui, pour une large part, a trouvé un canal et une forme d'expression dans les traditions et les institutions de l'Islam, qui a produit tout au long de l'histoire des fruits magnifiques dans le domaine de la mystique, de la culture, et surtout dans tout ce qu'il y a d'authentique prière chez des millions de fidèles musulmans. Que les musulmans fassent la vérité historique sur Mahomet (comme les anglicans, qui depuis longtemps déjà relisent avec humour et détachement les affres de Henri VIII et ses affaires de cœur, à l'origine du schisme anglican), et tous ces trésors issus de la religiosité naturelle de l'homme demeureront comme le fondement solide et véritable de l'Islam.

Libérer la raison

Ce n'est donc pas la distinction quantitative entre "modérés" et "fondamentalistes" qui peut nous aider à sauver ce que l'Islam a de bon, mais plutôt une distinction qualitative entre un Islam qui libère la raison et un Islam qui la tient esclave de la lettre et, ultimement, du mensonge. Et du mensonge ne peut venir que la violence, puisqu'il faut sans cesse le justifier et le défendre contre toute intrusion de lumière et de vérité, sans quoi il s'effondre. [3] Il n'est pas surprenant que les moqueries de Charlie Hebdo contre Mahomet et le Coran aient déclenché une telle violence, car elles touchent au point le plus sensible et le plus fragile de l'Islam. Espérons que cette tragédie aide ceux pour qui l'Islam est l'expression d'une religiosité authentique (et non d'une idéologie qui, sous couvert de religiosité, cherche le pouvoir et la domination), espérons qu'elle les aide à entrer toujours davantage, individuellement et collectivement, dans une confession courageuse de la vérité qui rend libre.

Enfin, et puisqu'il est question de confession, à nous aussi, "l'occident", de faire la nôtre est de reconnaître que pour une part nous récoltons ce que nous avons semé. L'Islam avait réussi malgré tout à développer des formes plus pacifiques et à vivre en bonne entente avec ses voisins, chrétiens notamment. Si l'on assiste à l'explosion de cette cohabitation parfois séculaire (au Liban par exemple, et dans bien d'autres pays) et à la résurgence d'un Islam radical et militaire, c'est pour une part une conséquence de l'affadissement inversement proportionnel de notre propre civilisation. C'est l'analyse que fait notamment l'Islamologue Fares Gillon: "Face à la chute des anciens modèles occidentaux, les jeunes déracinés que nous avons produits cherchent à reprendre racine. Que certains se tournent vers l’Islam, comme vers un modèle qui leur semble traditionnel et producteur de sens, doit être compris comme une réaction au modernisme du déracinement culturel." [4] Le "problème de l'Islam" n'est pas uniquement celui de l'Islam, et il ne pourra être engagé sur la voie d'une solution que par une humble et courageuse confession, de part et d'autre, la confession étant la première et nécessaire étape d'une vraie renaissance.


A lire également sur Terre de Compassion: Qui nous gardera de la barbarie (Paul Anel, 08/09/2014)


NOTES

[1] La question du rapport entre foi et raison, et la différence fondamentale qui s’observe de ce point de vue entre Judaïsme et Christianisme d’une part, et Islam de l’autre, faisait l’objet du célèbre « discours de Ratisbonne », prononcé par le Benoît XVI le 12 septembre 2006. Faisant référence à un dialogue de l’empereur byzantin Manuel II Palaiologos avec un érudit persan à propos, justement, du jihad, le Pape identiait le nerf de l’argument, et le cœur du problème, dans le fait que l’Islam écarte la raison: « Pour la doctrine musulmane […] Dieu est absolument transcendant. Sa volonté n’est liée à aucune de nos catégories, fût-ce celle du raisonnable." L'ampleur de la controverse déclenchée par ce qui, dans le discours du Pape, n'était qu'un point marginal développé en trois petits paragraphes, manifeste clairement que le Pape touchait là à un point juste et extrêmement sensible.

[2] Ce changement de paradigme n’est pas utopique, car il a existé à certaines époques, notamment vers la fin du premier millénaire. Cf. à ce sujet les propos à contre courant du Père Samir, sj, dans une interview récente. Ancien étudiant de Ratzinger, le Père Samir est un spécialiste de l’Islam. « Muslims did this in the Middle Ages: Avicenna, for instance, has a philosophical treatise on the so-called pleasures in heaven to explain that it cannot be physical pleasure. So they reinterpreted the Quran’s words on heaven’s pleasure a millennium ago, but, today, they developed with plenty of details all the so-called physical pleasures the mujahid [a Muslim engaged in the struggle to follow the path of Allah] will enjoy in heaven. It means that, now, they have regressed." Lire la totalité de l'entretien.[**]

[3] Sur le lien entre Islam et violence, nous renvoyons également à l'interview du Père Samir. Si toute religion ou tout mouvement peut être violent "par accident" (du fait de la violence de certains de ses membres par exemple, ou bien encore en conséquence de distortions idéologiques de celle-ci), l'Islam a un lien avec la violence qui est plus profond et touche à son essence, du fait des obscurités de sa genèse. "The main thing to note is that violence is an element of Islam. Violence is not an element of Christianity. When Christians were using violence in wars and so on, they were not following the Gospel, nor the life of Christ. When Muslims are using it, they are following the Quran and the sunnah and Mohammed’s model. This is a very important point."

[4] Lire la totalité de cet article sur le blog Philitt Sur cette question de la radicalisation comme réaction au relativisme, il faudrait également relire l'essai de Lévinas intitulé "La Philosophie de l'Hitlérisme." Il y explique que, dans le contexte d'une Europe post-Lumières, individualiste et désincarnée, l'hitlérisme avec sa proposition d'appartenance radicale offrait une réaction en quelque sorte naturelle, en cela qu'elle rendait à l'existence individuelle la possibilité de trouver un sens dans l'offrande de soi à quelque chose de plus grand (en l'occurence la race).

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