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vendredi 10 février 2017

Naître autrement ? - Intervention de Tugdual Derville au forum européen de bioéthique




Lors de la 7ème édition du Forum Européen de Bioéthique (FEB) de Strasbourg, dont le thème cette année était « Humain, Post-Humain », Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA et auteur du Temps de l’homme (Plon, 2016) était un des intervenants de la table ronde intitulée « Naître autrement » ?

Aujourd’hui, on peut naître autrement que jadis, grâce aussi à la médecine qui peut participer à la conception. Se chargera-t-elle un jour de la fabrication complète d’un bébé, depuis la conception jusqu’à la délivrance d’un utérus artificiel ? Telle était la question de la table ronde qui a eu lieu dans la matinée du samedi 4 février.

Les débats étaient animés par Nadia Aubin, directrice, co-fondatrice du Forum Européen de Bioéthique. Les principaux intervenants étaient Israël Nisand, professeur de gynécologie et président du FEB; Jean-Yves Le Déaut, député, président de l’OPECST ; Jean-François Mattei, médecin, pédiatre, ancien ministre de la santé; Catherine Rongières, docteur en médecine, coordinatrice du Comité d’éthique du pôle de gynécologie obstétrique de Strasbourg, coordinatrice du centre d’assistance médicale à la procréation ; et Pierre Heninger, chef d’entreprise.


Blog de Tugdual Derville: ici

Extrait de l’intervention de Tugdual Derville





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Naître autrement ? - Intervention de Tugdual Derville au forum européen de bioéthique
GPA, La COMECE dénonce " une forme de traite des êtres humains" (23 Fev 2015)
CEDH: "Avoir un enfant sur commande, ou la dérive de la GPA" (Italie)
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Discours de Tugdual Derville à la défense le 23 Octobre
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mercredi 18 novembre 2015

Attentas du 13 Novembre 2015 ...


Fabrice Hadjadj : «Il faut prendre le glaive pour étendre le Royaume de l’amour» [*]

"Contrer l’idéologie djihadiste" Par Gérard Leclerc (@LeclercGerard) [*]

"Islamisme : les propositions choc d'un groupe de hauts fonctionnaires" (le Plessis) [*]

Abdennour Bidar : «Les musulmans doivent passer à la responsabilité de l'autocritique» [*]

Xavier Luffin: "Il faut cesser de dire que l'état Islamique (DAESH)  ce n'est pas l'Islam"
                                                                                  Interview de Nicolas Zomersztajn [*]

VIDEO "Réaction de Philippe de Villiers aux attentats du 13 novembre 2015" [*]






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Fabrice Hadjadj : «Il faut prendre le glaive pour étendre le Royaume de l’amour»


Nous avions perdu la guerre. Je ne parle pas d’une absence de succès. Au contraire, nous avions pris l’habitude de nous endormir dans le confort et les succès, jusqu’à ce qu’une maladie, un accident, un fait divers, un mal sans lutte ni ennemi, nous emportent comme un ordinateur plante, dans une insignifiance en deçà de l’absurde.

Nous nous étions ramollis, nous avions perdu toute virilité, réduits à l’état d’enfants gâtés piquant leur crise, de pantins soucieux de leur cardio-training, de bisounours consommateurs de porno. Nous voulions non pas la paix qu’on fait, mais celle qu’on nous fiche, peu importe à quel prix de dévastations, de « dégâts collatéraux ». Mais « la paix est œuvre de justice », dit Isaïe, et il est normal, quand on refuse ce combat pour la justice, que notre paix apparente nous saute à la figure. Et voilà que flâner dans la rue ne va plus de soi, comme pour des promeneurs blasés. La guerre nous a regagnés. C’est déjà quelque chose dans l’ordre de l’éveil. Mais, cette guerre, la gagnerons-nous ? Combattrons-nous le « bon combat », selon le mot de saint Paul ?

C’est la figure de l’amour qui domine dans la vie chrétienne, celle du frère, du fils, de celui qui dialogue, de celui qui compatit. Mais nous ne pouvons plus oublier celle du guerrier. Guerrier dont les armes sont d’abord spirituelles, mais guerrier quand même. Certes, contrairement à ce que croit un certain darwinisme, la vie est communion avant d’être combat, don avant d’être lutte. Mais parce que cette vie est blessée dès l’origine, sans cesse attaquée par le Malin, il faut lutter pour le don, combattre pour la communion, prendre le glaive pour étendre le Royaume de l’amour.


Si nous ne retrouvons pas cette virilité guerrière, celle qui faisait chanter à saint Bernard la « louange de la nouvelle milice », nous aurons perdu contre l’islamisme aussi bien spirituellement que matériellement. Beaucoup de jeunes, en effet, se tournent vers l’islam parce que le christianisme que nous proposons ne contient plus d’héroïcité ni de chevalerie (alors que Tolkien est avec nous), mais se réduit à de gentils conseils de civisme et de communication non-violente.

Quel est le vrai terrain de cette guerre ? Certains voudraient nous faire croire que ce qui fait la force des terroristes du vendredi 13 dernier, c’est qu’ils ont été entraînés, formés dans des camps de Daech, de sorte que le combat serait encore celui de la puissance techno-capitaliste fabriquant un armement plus lourd. En quoi un jeune type bloqué aux portillons de sécurité, et qui se fait sauter avec des explosifs rudimentaires, est-il un soldat expérimenté ? Nous savons – et l’expérience récente d’Israël l’a prouvé – que n’importe qui peut s’improviser tueur du moment qu’il est possédé par une résolution suicidaire. Ce qui fait sa force de destruction, prête à exploser n’importe quand, n’importe où, ce n’est pas son habileté militaire, c’est son assurance morale.

Qu’avons-nous à opposer pour empêcher la contagion ? Nos « valeurs » peuvent lever des armées de consommateurs, pas de combattants. Aussi est-ce là que se situe le combat élémentaire – à la hauteur d’une foi qui sait affirmer un vrai martyre – contre la parodie diabolique du martyre qu’est l’attentat-suicide.

Le communiqué de Daech revendiquant l’« attaque bénie » parle de Paris comme de la capitale « qui porte la bannière de la croix en Europe ». On aimerait qu’il dise la vérité. La guerre est ici : dans le courage de porter une espérance assez forte pour que nous puissions donner nos vies et donner la vie. 

Lire aussi de Fabrice Hadjadj :
 "Terrorisme et technocapitalisme : s’envoyer en l’air en appuyant sur des boutons" [*]


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Il existe des correspondances frappantes entre l’immense émotion populaire qui avait suivi les attentats de janvier dernier et celle que soulève la tragédie de vendredi. On retrouve des gestes analogues, aussi bien du côté des autorités que de la rue. La détermination manifestée au sommet correspond à l’attente unanime de l’opinion publique. On chante la Marseillaise. On annonce des mesures décisives… La question qui se pose pourtant est de savoir si on a vraiment progressé depuis janvier. Il serait défaitiste de prétendre qu’il ne s’est rien passé, d’autant que notre pays est celui qui, en Europe, a consenti les engagements les plus décisifs dans la lutte sur les terrains extérieurs, aussi bien en Afrique qu’en Irak et en Syrie. On ne saurait oublier l’engagement permanent sur notre propre territoire des forces de l’ordre, qui sont, au témoignage de leurs représentants, dans un état de fatigue et de tension extrême.

Il n’en reste pas moins que la menace djihadiste subsiste avec la même intensité et que nous sommes tous contraints d’admettre un état de guerre qui ne souffre aucun relâchement. Le président de la République a annoncé hier, à Versailles, un certain nombre de mesures pratiques dont l’adoption devrait contribuer à parfaire nos moyens de résistance. Mais il faudra aussi se confronter à des objectifs de nature plus subtils peut-être, car le djihadisme est d’abord une pathologie d’ordre idéologique qui doit se combattre dans les esprits. Rien de décisif ne saurait être accompli dans ce domaine sans l’aide de nos compatriotes musulmans. Si désagréable que soit la réalité, il faut admettre que le djihadisme est une pathologie qui concerne l’islam et l’on ne s’en sortira pas sans que les musulmans s’engagent complètement dans la bataille idéologique.

Pierre Manent dans son essai récent a indiqué quelques lignes de réflexion et d’action pour s’attaquer à ce problème, soulignant la priorité de l’intégration des musulmans dans la communauté nationale. C’est bien dans cette direction qu’il faudra marcher, dans un esprit de véritable unité française.




(Source: France Catholique / Radionotredame)



Gérard Leclerc sur les attentats - KTOTV 19 Nov 2015



(Source: KTOTV)

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(Source: Le Figaro)

Extrait

"Islamisme : les propositions choc d'un groupe de hauts fonctionnaires" (le Plessis)

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Après les nouveaux attentats qui viennent de frapper la France, il est vital de revenir avec lucidité sur les graves menaces qui pèsent sur notre société et notre peuple. Depuis les attaques de janvier, un grand nombre d'analyses plus ou moins judicieuses avaient été publiées, de l'atrabilaire Qui est Charlie?* d'Emmanuel Todd, au subtil Situation de la France de Pierre Manent.

Le slogan majeur avait alors été «pas d'amalgame», sous-entendu entre l'islam et les terroristes. La situation présente invalide brutalement cet artifice de communication. Admettons que la raison d'Etat pousse les dirigeants à fermer les yeux sur certaines situations dont l'énoncé même pourrait remettre en cause certaines de leurs politiques. Les attentats du 13 novembre nous montrent que cette posture empêche de lutter efficacement contre des menaces pourtant bien identifiées. Il n'y a que des politiques aveugles ou craintifs et des médias tenants du politiquement correct pour affirmer qu'il n'y a pas de problème de l'islam en France, comme ailleurs. Les responsables religieux et les intellectuels musulmans* les plus avisés et les plus honnêtes le reconnaissent .

Certes, porter la parole publique en ces temps troublés est difficile. Mais nier les problèmes, c'est en créer d'autres, plus vastes, plus graves, voire insolubles. Après les attentats de Charlie Hebdo, le président de la République avait sans doute raison lorsqu'il voulait éviter la stigmatisation injuste et la confrontation de nos concitoyens, mais il aurait tort d'affirmer de nouveau que les assassins, comme ceux de Charlie Hebdo «n'ont rien à voir avec l'islam» . Et doublement tort, d'abord parce que cette parole présidentielle ne porte pas auprès d'une population qui vit, au quotidien, frictions et incompréhensions et, ensuite, parce que les meurtriers de janvier et de novembre, s'ils ne sont pas l'islam de France ont bien à voir avec lui. Et cet islam de France peine à se dégager des dérives que connaît l'islam dans trop de pays. Essayons d'y voir clair et de dégager quelques points.

Premier point: l'islam de France est très largement sunnite. Ce qui induit au moins trois difficultés.

Idéologiquement le sunnisme est aujourd'hui travaillé par des tendances dures et rétrogrades qui ont peu à peu pris l'ascendant sur les autres courants. Abdennour Bidar, Malek Chebel et quelques autres peuvent forcer notre estime en appelant à un islam des Lumières, dont il faudrait creuser s'il est théologiquement possible. En tout état de cause, ils ne pèsent tien auprès de la masse sunnite.

Politiquement, le sunnisme, dans le monde en général et en France en particulier, est travaillé par les influences extérieures toutes plus dangereuses les unes que les autres. Algériens, Saoudiens, Qataris, Turcs, Marocains, dans une moindre mesure Egyptiens, tentent tous de contrôler via leur argent, leurs imams ou leur capital religieux (lieux saints, aura, institutions…) une large part du marché des biens du salut islamique en France et ailleurs. Or, ce sont aussi des Etats, qui jouent leurs partitions destinées à accroître leur pouvoir et leur influence sur le grand échiquier mondial ; la France en est une case essentielle, notamment en raison de son rôle en Europe.

Organiquement, le sunnisme est peu structuré et permet à toutes sortes de groupes, ou d'individus, de dessiner les contours de leur islam et de leur djihad. C'est d'autant plus fâcheux que n'importe quel lecteur du Coran en aura découvert les contradictions qui peuvent justifier bien des interprétations dont celles, très nombreuses, qui recèlent d'importantes potentialités de violence.

Deuxième point: l'islam de France est confronté à une radicalisation de ses jeunes. Il est d'abord essentiellement la religion de citoyens ou d'immigrés issus de pays anciennement colonisés par la France. Si l'ancienne génération a largement tourné la page, il n'en va pas de même des nouvelles. Leur situation sociologique, éducative et culturelle, conjuguée à l'instrumentalisation de l'Histoire par certains Etats, comme l'Algérie, ou encore aux propos irresponsables de spécialistes de la repentance, réactive sans cesse des relations psychologiques difficiles et une mentalité d'exploités en révolte. Ne voit-on pas jusqu'à l'avocat de l'un des ex-complices d'Amedy Coulibaly le présenter comme une victime révulsée par les exactions de la police? Peu importe que ces jeunes soient nourris au biberon de l'enseignement gratuit français, des allocations sociales françaises, hébergés dans des logements sociaux, certes parfois dégradés, mais fort peu onéreux grâce à l'effort financier français. Ils ne se perçoivent pas comme Français, mais parfois même comme anti-Français. Une part non négligeable d'entre eux a touché à la délinquance qu'ils ne vivent pas tant comme l'entrée en criminalité que comme l'inévitable opposition à des institutions dont une large part des médias et médiateurs de toutes sortes leur serinent à longueur de journée qu'elles sont injustes. Ceux-là sont habitués à la police et à nos tribunaux. Ils les détestent, mais n'en ont plus peur tant la réponse pénale est devenue risible depuis vingt ans.

Troisième point: l'islam de France baigne dans l'un des pays les plus laïcs d'Europe! Non seulement l'Etat français s'est longtemps révélé incapable de comprendre la question religieuse par une sorte de cécité institutionnelle largement partagée par certaines «élites», mais ce laïcisme, souvent porté par la gauche, a aussi eu pour effet la fragilisation de la confession majoritaire en France, le catholicisme, et s'est trop souvent traduit par une agressivité à l'égard du christianisme en général. Les uns et les autres, catholiques compris -et parfois catholiques en tête- ont soigneusement appris que le christianisme ne devait plus structurer l'univers mental des Français, niant de ce fait son rôle essentiel dans la constitution de notre civilisation dans le passé et dans la conservation de ses valeurs dans l'avenir. Nos concitoyens ont souvent perdu de vue leur identité religieuse et n'ont plus pour horizon qu'un vague humani(tari)sme, certes issu d'un christianisme éthique dégradé, mais encombré d'un anticléricalisme culturel qui ne lui permet guère d'apercevoir les forces de régénération œuvrant au cœur du christianisme.

Dans une économie en crise, un pays à «l'identité malheureuse», qui ne croit plus en grand-chose, a bien peu à offrir à des jeunes en quête de références: des centres commerciaux? Le mariage homosexuel et la GPA? Des plugs devant le ministère de la justice? Au fond, d'une certaine façon, le problème de l'islam de France est aussi celui du christianisme en France: trop peu levain dans une pâte trop lourde. Un christianisme trop absent et qui a admis un peu vite son élimination de la scène publique.

Ces trois séries de problèmes dessinent les contours d'une politique visant à éradiquer l'islamisme en France qui pourrait comporter quelques axes.

1er axe: trancher les relations d'influence/allégeance entre l'islam de France et certains pays arabes. Les choses sont, au fond, assez simples: notre pays ne doit plus tolérer la présence sur son sol d'imams étrangers, officiels ou officieux, qui développent des thèses qui, de près ou de loin, vont à l'encontre de nos valeurs ou de la tranquillité publique. Il s'agit donc de disposer des moyens juridiques d'expulser les responsables à la moindre suspicion. Il s'agit aussi d'interdire et de réprimer très sévèrement tout financement par l'étranger. Cela suppose également de rompre les relations financières douteuses avec certains pays, tel le Qatar qui investit massivement dans l'économie française et dans les banlieues. Cela suppose enfin de reconsidérer nos relations avec des pays qui jouent un rôle trouble et foulent aux pieds nos valeurs, tels que l'Arabie Saoudite.

2ème axe: conforter les courants modérés au sein de l'islam, ce qui signifie, les aider à s'organiser et leur confier les clés de l'enseignement, du prêche et de l'exégèse dans notre pays. Ce qui signifie, à l'inverse, priver les radicaux de tout lieu d'expression. Concrètement, cela suppose d'interdire, au moins pour un temps, tout enseignement coranique par des personnes non agréées et contrôlées par l'Etat, d'interdire tout prêche, spécialement en langue étrangère, non visé par les autorités et d'expulser ou de condamner les réfractaires, d'interdire de la même façon les livres et publications internet suspects, de mettre sous tutelle les lieux de culte musulman ou a minima de les contrôler sérieusement.

3ème axe: achever l'organisation de l'islam de France. La création du CFCM était un pas… qui n'a pas suffi. Comme le proposait Malek Chebel, il faut un grand mufti de la République et la mise en place d'une organisation interne de l'islam sunnite. L'Etat peut y aider en ne tolérant l'existence que d'imams formés à ses écoles, et agréés par ses soins, en n'acceptant l'administration des lieux de culte que par des associations elles aussi contrôlées et dûment habilitées, en tout cas qui ne soient pas confiées aux plus extrémistes. Et il est indispensable que l'ensemble des responsables musulmans condamnent sans ambigüité non seulement ces actes terroristes, mais aussi, les organisations islamo-fascistes et leurs membres de l'EI, du front Al-Nosra et assimilés.

4ème axe: lutter contre la radicalisation de manière radicale. L'identification a fait des progrès mais ne suffit pas. L'échange de données avec nos partenaires doit s'intensifier. L'isolement des détenus islamistes doit devenir une réalité, isolement des autres détenus, mais aussi isolement entre eux. Les étrangers doivent être expulsés et les doubles nationaux déchus de leur nationalité puis expulsés. Plus généralement, les délinquants doivent sentir la force de l'Etat dont la répression pénale doit être très sévère. Cela devrait être, en particulier à l'égard du trafic de stupéfiants, dont certains n'ont toujours pas compris qu'il finançait, pour une part, le terrorisme et, d'autre part, qu'il était poreux avec les milieux radicalisés. Enfin, il n'est plus tolérable qu'en France des salafistes, puissent fréquenter des mosquées salafistes et écouter des prêches violents sans autre intervention des pouvoirs publics qu'une surveillance par les services de renseignement. Lorsqu'ils sont étrangers, ces extrémistes doivent être massivement expulsés, à titre préventif, pour raison d'ordre public.

5ème axe: maîtriser les flux migratoires. La dynamique démographique de la population musulmane en France, entretenue notamment par une immigration massive en provenance de pays à majorité musulmane, n'est pas de nature à faciliter la mise en place d'une cohabitation durable et harmonieuse entre les différentes composantes de la société. Du reste, l'absence de statistiques précises en la matière pourrait masquer un accroissement beaucoup plus significatif qu'on ne le pense généralement. La question de l'islam en France est ainsi étroitement liée à la maîtrise des flux migratoires, réguliers et irréguliers. Nous renvoyons pour plus de détails à notre précédent article , s'agissant notamment de l'indispensable contrôle effectif et rigoureux des frontières.

6ème axe: le plus difficile, envisager de manière différente les religions. Le combat idéologique face à l'islamisme ne peut embrasser qu'un nombre limité d'options, toutes aussi complexes dans notre pays traversé de contradictions. La première option serait de réactiver un laïcisme sourcilleux qui fut celui des radicaux du début du XXème siècle, mais la gauche et ses élites terranovesques ont déserté ce combat. L'actuel premier ministre peut bien prétendre le ranimer , mais, paraphrasant François Mitterrand face à Jacques Chaban-Delmas, on est tenté de lui répondre: «Quand je vous regarde, je ne doute pas de votre sincérité, mais quand je regarde votre majorité, je doute de votre réussite»* . Le risque existe au surplus que cette lutte se déchaîne encore et avant tout contre le catholicisme, plus tendre et tolérant (voir la «crise» des crèches avant Noël qui, avec le recul, montre à quel point les «libres penseurs» se sont trompés d'adversaires, par facilité et sans doute aussi par lâcheté), que contre un islam volontiers chatouilleux. Sur le fond, par ailleurs, ce combat a-t-il des chances d'être efficace et est-il même souhaitable? L'effacement du religieux est une part du problème. Faut-il creuser davantage le fossé entre des peuples avides de sens et leurs institutions?

La seconde option serait d'accepter une nouvelle place des religions dans notre société de façon à en apaiser les relations et à franciser l'islam.

A moins d'accepter l'islamisation de notre pays, cette option doit consister aussi à renforcer le christianisme pour équilibrer la situation et la résistance naturelle à l'islam, réactiver le fond éthico-philosophique qui fait le soubassement de nos valeurs républicaines et qui est profondément chrétien. Cela passe par un nouveau dialogue avec les institutions chrétiennes. Cela suppose une nouvelle réflexion sur la présentation du fait chrétien et de son impact sur la France, l'Europe et l'Occident notamment dans les programmes scolaires, les manuels, à l'inverse de la mise en valeur actuelle de l'islam au détriment du christianisme. Franciser l'islam cela passe aussi par une politique claire en matière de symbolique: pas de burqa, ni de qamis afghan sur le territoire national, pas de voile, pas de prières publiques, pas de mosquée ostentatoire et l'application scrupuleuse de nos lois, par exemple en matière de polygamie. Côté christianisme, les institutions nationales et locales doivent ranger au rayon des vieilleries les oripeaux du laïcisme d'antan, peut-être avec regret, mais «comme on peut regretter la douceur des lampes à huile, la splendeur de la marine à voile, le charme du temps des équipages»* .

Non seulement une telle évolution pourrait bien rassurer nombre de nos concitoyens mais aussi attirer une part de la jeunesse d'origine immigrée. Mais ce n'est pas le seul enjeu: notre société doit inspirer le respect, retrouver des valeurs fortes et se libérer d'un consumérisme et d'un libertarisme débridés. Le Gouvernement est-il en capacité d'y contribuer? Sa gestion du mariage homosexuel, l'insistance renouvelée du ministre de la Justice sur la PMA au profit des lesbiennes, démontre qu'un certain establishment n'a rien compris aux évolutions profondes de notre société.

Voilà bien une des racines de l'absence de résolution du problème de l'islam en France depuis des années et des inquiétudes que nous pouvons nourrir pour l'avenir: nos «intelligentsias» parisiennes sont trop libertaires, tout à la fois pour brider les forces de désordre et pour donner, notamment à nos jeunes, une espérance qui dépasse le matérialisme. Elles sont encore trop laïcardes pour s'appuyer sur le catholicisme honni et dont elles font encore leur principal adversaire, comme autrefois les politiques français qui s'aveuglèrent au point de ne vouloir détruire que l'Autriche et de laisser croître la Prusse. Qui sera capable de se saisir du problème?

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Abdennour Bidar : «Les musulmans doivent passer à la responsabilité de l'autocritique»



(Source: Le Figaro)

Suite aux attentats effroyables de Paris, il y a un piège dans lequel nous ne devons pas tomber: la stratégie claire de Daesh est de provoquer le chaos dans la société française en alimentant la peur, qui va nourrir le vote d'extrême droite. Au-delà, c'est le risque que partout en Europe ces attentats aggravent encore la suspicion et le rejet à l'égard de nos concitoyens musulmans en provoquant une flambée de l'intolérance et de la haine. Car en France aujourd'hui, et dans bien d'autres pays européens se creuse dramatiquement le fossé d'incompréhension entre les musulmans et les autres: d'un côté une véritable allergie se répand à l'égard d'une religion perçue comme violente et agressive, de l'autre se propage le sentiment d'être toujours plus «montrés du doigt», stigmatisés. Le rejet n'en finit plus de monter des deux côtés: les uns rejettent, les autres se sentent rejetés. Voilà le mécanisme, l'engrenage maudit, qui pourrait dresser demain nos populations les uns contre les autres dans des tensions civiles très graves. Face à cela, nous devons avoir un sursaut de lucidité collective: être capables de comprendre le piège à temps, et l'éviter tous ensemble, non musulmans et musulmans unis, avant que ne se déclenche son mécanisme de désastre sur les plans social et politique.

Au bord de ce péril, les réactions des musulmans eux-mêmes qui expriment leur dénonciation de Daesh sont nécessaires et salutaires, indispensables pour faire diminuer la suspicion à l'égard de l'islam. Mais c'est insuffisant. Tragiquement insuffisant. Il ne suffit plus de dire «ne faisons pas l'amalgame entre islam et islamisme». Comme je l'ai écrit dans ma Lettre ouverte au monde musulman, les musulmans du monde entier doivent passer du réflexe de l'autodéfense à la responsabilité de l'autocritique. Car comme le dit le proverbe français, «le ver est dans le fruit»: ce n'est pas seulement le terrorisme djihadiste qui nous envoie de mauvais signaux en provenance de cette civilisation et culture musulmane, mais l'état général de celle-ci. Voilà en effet une culture tout entière qui est menacée par la régression vers l'obscurantisme, le dogmatisme, le néo-conservatisme, le rigorisme incapable de s'adapter au présent et aux différents contextes de société… et qui, c'est le comble, parle parfois de liberté de conscience pour réclamer le droit de donner libre cours à sa radicalité, ou pour faire valoir publiquement ses «principes éternels», sa «loi divine intangible et indiscutable», comme si quelque chose pouvait et devait échapper aussi bien à la marche de l'histoire et à la volonté des hommes!

De plus en plus de musulmans prennent conscience qu'il y a là un cancer interne de civilisation gravissime, un cancer qui se généralise à grande vitesse et face auquel les courants progressistes reculent. Un cancer face auquel les musulmans lucides souffrent de voir leur religion ainsi dégénérer, et se sentent terriblement impuissants. Qu'ils ne se laissent pas paralyser par ce sentiment d'impuissance! L'optimisme est une responsabilité. Quand on agit, il n'y a plus de place pour la peur et le désespoir. La tâche est qu'il faut de tout faire, chacun à son niveau, chacun avec ses moyens, pour régénérer, réinventer, métamorphoser cette culture spirituelle en perdition. Et pour cela la première chose à comprendre est qu'il faut arrêter de dire seulement «le vrai islam ce n'est pas cela», «cet obscurantisme ce n'est pas l'islam de mes grands-parents, de mon village, ou des âges d'or de l'islam, comme l'Espagne andalouse». Ce type de nostalgie ne vaut guère mieux face à la gravité du présent que la solution des salafistes qui veulent revenir à un «islam originel», à un «islam pur», à un «noyau» ou à une «essence» de l'islam. Rien de plus stérile que de vouloir fabriquer du futur avec le passé! Rien de plus dangereux que de vouloir faire triompher la «pureté» de quoi que ce soit: ce fantasme de «pureté» passe toujours, l'histoire nous l'a enseigné, par la «purification totalitaire» de tout ce qui n'est pas conforme au modèle!

Pour dire cela, combien sommes-nous? D'intellectuels de culture musulmane? De philosophes critiques? De consciences engagées? Dès aujourd'hui, il faut que du côté musulman les voix de la transformation soient beaucoup plus nombreuses et puissantes - et que même nous entendions dans ce concert la voix de plus de théologiens ou d'imams, bien qu'en tant que philosophe je suis toujours très prudent avec les «clercs éclairés»: même ouvert d'esprit jusqu'à un certain point, le savant ou le chef religieux restent des «maîtres de religion» attachés au noyau du dogme, et face auxquels toute conscience doit garder farouchement sa vigilance et sa liberté. La responsabilité des musulmanes et de musulmans dans nos sociétés européennes? Elles et ils doivent s'engagent massivement, pas seulement en tant que croyants de telle religion mais en tant que citoyens qui participent au progrès moral et social général, à la reconstruction ici en Europe de sociétés plus justes, plus fraternelles. Contre le libéralisme sauvage, contre les inégalités entre riches et pauvres, contre le matérialisme anti spirituel de nos sociétés. C'est en participant à tous ces combats que les musulmans d'Europe pourront affirmer une voix propre, et peut-être construire le modèle d'une autre identification à la culture musulmane - non plus repliée sur elle-même, sur la défense de son identité et de ses intérêts mais ouverte et engagée dans une logique de contribution au bien collectif.

Comme toujours, l'intellectuel est en première ligne, il doit monter au front des idées, des propositions, de l'ouverture de nouveaux horizons de sens et de société. Il doit porter un projet de civilisation nouveau face à la «fin des idéologies» et au «désenchantement du monde» où nous sommes tombés en Occident. C'est ce que j'essaie de faire aussi bien dans ma Lettre ouverte au monde musulman que dans mon Plaidoyer pour la fraternité. Dans ces deux essais publiés en 2015 suite aux attentats de janvier à Paris, je n'écris pas «en tant que philosophe de culture musulmane qui ne s'adresserait qu'aux musulmans». A partir de ma double culture française et musulmane, j'essaie d'expliquer que nous sommes tous maintenant, musulmans et occidentaux, et la planète entière avec nous, confrontés à une immense question qui fait son grand retour au milieu du monde humain: la question du sacré. Voilà le défi du siècle qui s'ouvre. Il nous renvoie non pas à la crise écologique, ni aux crises financières ou politiques, ni aux crises géopolitiques, mais à la mère de toutes les crises: celle du spirituel. Quelle vie spirituelle pour l'humanité, à l'heure où tout entière elle essaie de se rassembler dans la mondialisation? A l'heure où elle cherche un «projet de civilisation» qui ne soit pas seulement politique et économique mais qui nous permette de devenir plus humains? Comment donc grandir en humanité- la définition même du spirituel - et comment faire converge toutes les forces de la civilisation autour de cet objectif?

Voilà le défi qui se cache encore derrière tous les autres - et que nos grands médias, nos classes politiques n'ont pas encore eu la lucidité de voir alors même que, du côté des sociétés civiles, beaucoup de consciences ont déjà compris que, comme l'avait dit André Malraux, «le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas». Daesh? L'islamisme radical? Oui c'est l'urgence mais c'est une goutte d'eau dans l'immense tâche qui nous incombe aujourd'hui: sortir enfin des guerres de religion, sortir enfin du conflit immémorial entre les formes du sacré, pour aller ensemble vers un sacré partageable entre toutes les cultures, toutes les civilisations. Mais où est-il ce sacré partageable qui créerait l'unité spirituelle entre nous, sans abolir la diversité de nos croyances? Où est-il ce sacré dans lequel il y aurait à la fois la liberté de conscience et la transcendance, le bien politique et la vie spirituelle, la communion spirituelle et le respect du pluralisme de nos visions du monde? Au-delà de mes deux derniers livres, c'est l'axe de tous mes travaux depuis des années. Sans relâche, j'essaye de dessiner, d'esquisser les formes de ce sacré partageable - je m'y consacre à partir de l'intuition qu'il s'établira sur une vision de l'être humain, un humanisme complètement réinventé à partir de tous nos héritages d'Orient et d'Occident, critiqués et mis en mutation créatrice.

En vue de cet objectif élevé d'un sacré partageable qui soit un juge de paix nous évitant de nous battre, je demande solennellement aux musulmanes et aux musulmans européens de ne pas rester de leur côté, de ne pas céder à la tentation de se replier sur eux-mêmes dans la défense exclusive de leurs intérêts propres. Qu'ils répondent à la suspicion par l'ouverture. Qu'ils répondent au rejet par la contribution. Qu'ils répondent au mal par le bien, comme le conseille le Coran (41, 34). Qu'ils regagnent le respect et la considération de tous en s'associant intellectuellement et humainement, partout où c'est possible et par leur engagement social et politique de tous les jours, à tous ceux qui refusent un monde égoïste où l'on vit séparés en communautés et en tribus, et où l'homme est un loup pour l'homme. Qu'ils regagnent l'estime générale en unissant leurs efforts à tous ceux aussi - c'est capital à mes yeux - qui refusent aussi bien un monde matérialiste, sans spiritualité, qu'un univers où telle religion domine tout sans laisser à chacun sa liberté de conscience et en fermant les portes extérieures pour créer une communauté close.

Contre cela, cherchons ce sacré partageable que j'évoque ici à l'horizon de nos sociétés. Il commence là. Dans la lutte pour une fraternité sans frontières, qui travaille aussi bien à réduire les inégalités sociales qu'à combler les distances, les «coexistences» sans mélange, les fossés d'incompréhension, le choc des ignorances, des rejets et des peurs, entre les cultures et les croyances. Quand je parle du sacré et du spirituel, son sens est très simple: il surgit de cette fraternité qui crée du lien et qui fait grandir en humanité. Plus largement, vivre spirituellement c'est vivre relié: à soi, aux autres, à la nature et à l'univers. Nos individualités étouffent et meurent lorsque ces liens sont rompus ou endommagés - soit par une vie superficielle où l'on n'écoute plus sa voix intérieure, soit par une vie égoïste et indifférente à l'autre, soit encore par une vie loin d'une nature qui nous enseigne la façon sublime dont toujours la vie triomphe de la mort. Daesh? J'y insiste: sa seule force est de profiter de nos faiblesses. Si nous persistons à vivre en régime de «déliaison du monde», où la qualité de ce triple lien à soi, à autrui, à la nature, reste si mauvaise, alors le néant, le nihilisme, de Daesh viendra comme un poison s'infiltrer dans toutes nos brèches, dans toutes les blessures de nos liens. Travaillons à nous relier, resserrons nos liens, tous nos liens de sens et de fraternité, et Daesh n'aura pas pour nous diviser le passage d'une seule petite faille. Retissons les liens de fraternité avec nous-mêmes, avec les autres, avec la nature et l'univers. Respiritualisons le monde et nous aurons une chance de le guérir de ses souffrances.

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(source: CCLJ)


Xavier Luffin: "IL FAUT CESSER DE DIRE QUE L'ETAT ISLAMIQUE (DAESH) 
CE N'EST PAS L'ISLAM" Interview de Nicolas Zomersztajn

Pour Xavier Luffin, professeur de littérature arabe à l’Université libre de Bruxelles (ULB), les musulmans doivent se demander pourquoi le texte coranique peut être si souvent utilisé pour revendiquer des actes meurtriers et cesser de s’enfermer dans des schémas victimaires qui sont encore repris suite aux tueries de Paris du 13 novembre 2015.


Quel regard portez-vous sur cette réaction musulmane selon laquelle la violence de l’Etat islamique n’a rien à voir avec l’islam ?
Xavier Luffin : Cela nous renvoie à un problème récurrent dans le monde arabo-musulman : le refus d’assumer la part de responsabilité des maux qu’il connaît et une grande propension à souligner la responsabilité de l’autre, que ce soit l’Occident, Israël ou le monde chrétien. On voit bien qu’il existe une réelle difficulté à assumer une responsabilité dans son propre chef, même quand un parallèle peut être établi. Ainsi les conquêtes coloniales et l’esclavage ne seraient des questions que seul l’Occident doit assumer, alors qu’on trouve des phénomènes similaires dans l’histoire arabo-musulmane. Outre les facteurs historiques qui expliquent cette incapacité d’assumer, il y a aussi des facteurs religieux. Le Coran étant considéré par les musulmans comme un texte révélé, le texte ne peut donc être remis en question. Or, le Coran contient des passages problématiques, et notamment belliqueux. Par ailleurs, ces passages sont utilisés par les extrémistes religieux et les propagandistes de l’Etat islamique. Il faut bien comprendre que ces passages existent. On peut certes décider de les expliquer, et c’est ce que font les exégètes du Coran. Mais le problème, c’est que bien souvent ce travail d’exégèse est trop proche du sens littéral du texte. Je n’ignore pas non plus les approches visant à replacer ces passages problématiques dans un contexte historique bien précis remontant aux périodes conflictuelles de l’expansion de l’islam au 7e siècle. En réalité, on trouve de tout dans ces approches exégétiques et il n’existe aucune hiérarchisation. Personne n’indique clairement quel texte il faut suivre ni celui qu’il faut abandonner une fois pour toutes. Les musulmans se retrouvent donc avec un discours qui n’est pas suffisamment remis en question. Il est donc urgent que les musulmans s'interrogent, se demandent pourquoi le texte coranique peut être si souvent utilisé pour revendiquer des actes aussi violents que les tueries de Paris.

Cela signifie-t-il que l’Etat islamique n’est pas un repère d’ignorants des sources coraniques ? X.L. :
Tout à fait. Il faut cesser de dire l’Etat islamique (Daesh), ce n’est pas l’islam. Il suffit d’écouter les discours et les prêches d’Abou Bakr al-Baghdadi ou d’autres responsables de cette organisation pour comprendre qu’ils ont une bonne connaissance des sources coraniques. L’Etat islamique publie sur internet une revue en anglais, Dabiq, et même en français, Dar al-Islam, dans laquelle l’ensemble des articles sont truffés de références au Coran, à des Hadith, et à un nombre considérable de penseurs particulièrement conservateurs comme Ibn Taymiyya ou Mohammed Ben Abdelwahhab, le fondateur du wahhabisme. Ces textes sont cités avec les références de la même manière qu’un article pour une revue scientifique occidentale. On ne peut donc pas du tout affirmer que ces gens ne connaissent rien aux textes coraniques qu’ils citent abondamment.

Que faut-il faire alors ? X.L. :
Commencer par entamer un travail critique au sein même de l’islam. Car lorsqu’on entend les réactions musulmanes actuelles selon lesquelles ce ne sont pas des vrais musulmans qui ont commis ces actes ou que ce n’est pas l’islam, cela reviendrait à dire que ce ne sont pas les Etats-Unis qui ont mené la Guerre au Vietnam parce que ce n’est pas cela les vrais Américains, ou encore que le Congo n’a pas été colonisé par les Belges parce que ce n’est pas cela la vraie belgitude, etc. Il y a un moment où un groupe humain, quel qu’il soit, doit pouvoir dire qu’il assume la responsabilité des actes commis par les siens au nom des références dont se revendique l’ensemble du groupe, même si ces références ne sont pas claires. C’est un travail que les musulmans doivent aussi entreprendre, sinon ils resteront enfermés dans ce discours de la victimisation et de la déresponsabilisation. Quand on regarde de nombreux discours de prédicateurs musulmans vivant en Europe, on s’aperçoit qu’ils ne remettent nullement en cause des passages belliqueux du Coran.

Des tentatives d’approches critiques ont pourtant été initiées… X.L. :
Oui, mais elles posent deux problèmes majeurs. Tout d’abord, ces réouvertures de la tradition exégétique du Coran depuis le début du 20e siècle, comme celle de Mohammed Arkoun, sont certes très intéressantes, mais elles restent prisonnières du texte. Puisque le Coran est censé être une parole divine révélée, elles doivent tenter de critiquer le texte sans pour autant l’invalider, ce qui est un exercice périlleux. Mais cette explication critique est toujours littéraliste. Le deuxième problème de ce mouvement de pensée réside dans son impact réel. Ces nouveaux penseurs de l’islam existent bel et bien, ils publient énormément par ailleurs, mais leurs travaux sont surtout lus par des intellectuels occidentaux ou par une frange marginale d’intellectuels du monde arabo-musulman. Ainsi, je n’ai jamais entendu un imam bruxellois se référer aux écrits de Nasr Hamid Abou Zayd, ce théologien égyptien cherchant à interpréter le Coran à travers une herméneutique humaniste. Je n’affirme pas que l’impact de ces penseurs musulmans humanistes soit inexistant, mais il demeure malgré tout très faible. Quand on franchit la porte d’une librairie musulmane du boulevard Lemonnier à Bruxelles, les livres qu’on vend sont surtout des traités médiévaux conservateurs et des manuels d’une pauvreté intellectuelle et spirituelle n’abordant que la question du licite et de l’illicite ! Il n’est jamais question de remettre en cause certains préceptes problématiques ni de les contextualiser historiquement. Or, le discours ambiant répétant que l’Etat islamique n’est pas l’islam minimise complètement la portée des textes qui sont réels et qui sont utilisés par les fondamentalistes les plus violents et les plus rétrogrades, comme par les plus modérés et les plus humanistes.



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Lire ensemble le Notre père et la Fatiha ! 
            (Culture d'Islam avec Abdennour Bidar et Chawkat Moucarry)
«Ce n'est pas l' Islam...» ? - Rémi Brague,  André Malraux, Paul anel"#JeSuisCharlie : En état de choc, on fait n’importe quoi
par Guillaume de Prémare (...et autres assais)
Attentats:  Unité de la France ,unité de l'Islam  et civilisation ?
"Les prophéties de Bernanos" ( Clément Borgal ) - Impasse de la Liberté
Réaction du Cardinal Mamberti sur le jugement de la Cour européenne
 à propos de la Liberté de conscience et religieuse (@news_va_fr 2013)
Le Gender ou "L'idéologie libertaire à l'assaut de nos libertés fondamentales"  par François-Xavier BELLAMY
"Jeunesse Lumière à 30 ans" JL30 avec le Père Daniel Ange 
La France est-elle encore la « fille aînée de l’Eglise » ? Par le cardinal Philippe Barbarin
Spiritualité conjugale selon Jean Paul II - 1/2 - "Le rêve de Dieu par Yves Semens"
Spiritualité conjugale selon Jean Paul II - 2/2 - "Une spiritualité conjugale"
Lettre de Mgr Aillet (MANIFPOURTOUS , Bioéthique , Gender , Euthanasie Morale Laïcque...)
Homélie de Mgr Marc Aillet à Notre Dame de Chartres (clôture du pèlerinage)
Dominique Humbrecht : " À défaut d'avoir précédé, nous (L'Église de France) 
pouvons encore suivre. Nous sommes acculés à l'exemplarité culturelle."
Veilleurs: "Cathos et rebelles" ( via Le Figaro 18 Avril 2014)
"Les Veilleurs" (20 Avril 2013)
Proclamation de St Thomas More comme patron des responsables 
de gouvernement et des hommes politiques
Loi naturelle et loi civile: 1-"un mariage de raison"
"1984" de George Orwell avec Raphaël Enthoven dans"Le Gai Savoir
Halte au narcissisme du corps avec Adèle van Reeth
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La liberté religieuse en cause en Europe
La voix éloquente et claire de la Conscience
Conscience morale: "Les chrétiens au risque de l'abstention ? "
La liberté de conscience et religieuse menacée aux États-Unis


Cardinal André XXIII - Extrait " Vision actuelle sur la Laïcité (KTO) "
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie I)
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie II)
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie III)
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie IV)

La laïcité à la française " une analyse de Mgr Jean-Louis Bruguès
La voix éloquente et claire de la Conscience
"La révolte des masses" - d' Ortega Y Gasset
Quand l' Eglise interpelle les consciences....pour 2012
Adieu Benoît XVI - Livre d' Or (ici)
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Inauguration de la statue de Jean-Paul II par Monsieur le Sénateur Gérard COLLOMB
Dans les combats, "Mes Armes" - faisons les nôtres ... (Ste Thérèse de l' enfant Jésus)
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samedi 25 juillet 2015

"Vincent Lambert : les première leçons à tirer d'une déroute"


"Vincent Lambert : les première leçons à tirer d'une déroute"
 par Emmanuel Hirsch  *

  "La vie d'un seul...."
par Tugdual Derville  *

Le Prof Xavier Ducrocq soulagé, mais prudent *

Affaire Vincent Lambert: l’essoufflement du droit aux lisières 
de la conscience et de la mort *



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(Source: Huffigtonpost)

FIN DE VIE - Désormais chacun doit avoir conscience des responsabilités engagées.

La décision prise par l'équipe médicale du CHU de Reims le 23 juillet, intervient trop tardivement et dans un contexte à ce point préjudiciable à l'intérêt supérieur de M. Vincent Lambert et des 1700 personnes éprouvées par un même handicap, pour que l'on puisse s'en satisfaire. Depuis des mois et à travers un enchaînement de péripéties et de rebondissements déplorables, nous sommes témoins d'une invraisemblable déroute dont il nous faudra tirer toutes les conséquences. Car elles sont désastreuses à la fois pour ceux qui sont les plus directement concernés (personnes handicapées, proches, professionnels à leurs côtés), mais également dans ce qu'elles semblent révéler de dysfonctionnements qui n'ont pu être caractérisés et en quelque sorte contrés qu'en recourant à des procédures judiciaires poussées jusqu'à l'extrême. Certains s'interrogent désormais sur la légitimité et pertinence des procédures collégiales ayant été mises en œuvre pour engager une limitation ou un arrêt de vie d'un être cher. De même que des parents expriment auprès des équipes médicales, dans des services de médecine physique et de réadaptation (accueillant dans leur projet de vie des personnes aussi dépendantes que l'est M. Vincent Lambert), leur inquiétude au regard de possibles décisions arbitraires d'arrêt des soins dans les conditions discutées à propos du CHU de Reims. Le principe fondamental de la relation de confiance indispensable à l'approche de circonstances dramatiques et redoutables pour lesquelles une concertation intègre s'impose entre les membres d'une famille et une équipe médicale afin d'envisager l'issue estimée préférable, parfois « la moins mauvaise », est entamé, entaché de soupçons. C'est une injure faite aux professionnels, notamment de la réanimation, qui ont su initier des procédures de limitation et d'arrêt des traitements (en 2002, puis revues en 2009) solidement étayées et relevant de considérations à la fois éthiques et scientifiques rigoureuses.

Alors que la concertation nationale sur la fin de vie engagée le 17 juillet 2012 semblait aboutir avec la proposition de loi créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie, il est désormais évident que l'impact des circonstances présentes qui ont fait irruption sur la scène publique le 4 mai 2013 (première tentative d'arrêt de l'alimentation et de l'hydratation de M. Vincent Lambert entreprise le 10 avril et interrompue sur décision de justice) ne pourra être négligé ainsi que les sénateurs l'ont démontré le 23 juin. Le droit fondamental de personnes handicapées comme M. Vincent Lambert, n'est-il pas déjà de bénéficier des soins et de l'accompagnement social les plus adaptés, sans être considérés, selon des évaluations fragiles, « en fin de vie » ? Les conditions de suivi médical de M. Vincent Lambert incarcéré depuis des années dans sa chambre, dans un contexte dont on peut aujourd'hui se demander s'il relève effectivement des droits reconnus et détaillés dans la circulaire du 3 mais 2002 relative à la création d'unités de soins dédiées aux personnes en état végétatif chronique ou en état pauci relationnel, n'affectent-elles pas de manière difficilement réversible sa qualité de vie ?

Plutôt que d'évoquer des menaces pesant sur l'équipe médicale, nous aurions pu attendre du communiqué diffusé le 23 juillet par la Direction du CHU de Reims une attention à cet égard. Ce cumul de manquement à une expression de la compassion altère pour beaucoup la respectabilité des positions qui se sont radicalisées ces derniers mois, au point de contester la neutralité même d'une équipe médicale en fait dans l'incapacité d'arbitrer dans l'impartialité une prise de décision collégiale. Que l'on ne nous affirme donc pas que les pressions idéologiques, voire terroristes (on ne peut qu'être stupéfait, dans le contexte international présent, du recours à cette terminologie par un des proches de M. Vincent Lambert à l'annonce du renoncement à mettre en œuvre la procédure létale) ont entravé le processus décisionnel. Il est davantage probable qu'à un moment donné, et de manière tardive, les pouvoirs publics ont estimé qu'il convenait de mettre un terme à une situation à ce point désastreuse qu'on ne parvenait plus à en maîtriser les dédales et les effets pernicieux. À de multiples reprises j'ai évoqué la dimension politique de ces circonstances. Son dénouement prudentiel, transitoire, au cœur de l'été en atteste, et désormais chacun doit avoir conscience des responsabilités engagées.

Un légalisme poussé à ses limites

Je reviens brièvement sur l'analyse du renoncement de l'équipe médicale du CHU de Reims à persévérer dans sa position, selon toute vraisemblance à la suite de la procédure collégiale qui a fait apparaître la fragilité des convictions et l'impossibilité de justifier une procédure de fin de vie. Le 7 juillet 2015, le médecin assurant le suivi de M. Vincent Lambert annonçait la réunion d'un Conseil de famille, le 15 juillet, afin « d'engager une nouvelle procédure en vue d'une décision d'arrêt de traitement ». La convocation adressée aux membres de la famille ne présentait en effet aucune autre perspective que celle de convenir, de manière autant que faire consensuelle, des conditions de mise en œuvre du processus aboutissant à la mort de M. Vincent Lambert. Ni dans la méthode ni surtout dans la forme retenue pour entreprendre la concertation, n'apparaissait la moindre considération autre que le strict respect d'une procédure administrative consécutive aux arrêts du Conseil d'État et plus récemment, le 5 juin, de la Cour européenne des droits de l'homme. Ce légalisme poussé à ses limites semblait révoquer toute approche circonstanciée, toute mesure, pour ne pas dire toute décence, alors que le Conseil d'État avait, pour ce qui le concerne, témoigné de valeurs d'humanité et d'une infinie retenue dans son arrêt du 24 juin 2014. Depuis deux ans, nous avons appris à mieux comprendre les responsabilités et les défis auxquels les personnes dites en « état d'éveil sans conscience » nous confrontent. Leur vulnérabilité même en appelle de notre part à l'expression d'obligations morales qui ne peuvent se satisfaire de procédures et de protocoles ainsi départis de la moindre sollicitude. Comme s'il s'agissait d'une « gestion de cas », là où doit prévaloir l'esprit de discernement, la pondération, la justesse et tout autant la considération à l'égard d'une personne vulnérable ainsi que de ses proches.

Il importait de tenir compte du caractère emblématique de la situation de M. Vincent Lambert ainsi que des conséquences de la décision qui ferait de manière certaine jurisprudence (en dépit des réserves émises à cet égard par le Conseil d'État et la Cour européenne des droits de l'homme) : sa portée éminemment politique justifiait une argumentation incontestable et une discrétion inconciliable avec des postures partisanes revendiquées publiquement. Dès le 5 juin 2015, j'ai ainsi considéré nécessaire que le processus décisionnel relatif au devenir de M. Vincent Lambert puisse bénéficier de l'étayage des instances nationales compétentes dans le champ de l'éthique dont l'expertise avait été sollicitée par le Conseil d'État en 2014. Si la prise de décision collégiale relève de la seule autorité d'un médecin, il nous fallait être assurés que dans un contexte inédit et des plus complexe elle bénéficierait des arguments les plus fondés. Aucune de ces instances n'a estimé de l'ordre de ses responsabilités la moindre approche à cet égard (estimant que les rapports qu'elles avaient produits sur demande du Conseil d'État n'en appelaient pas à d'autres formes d'implications), si ce n'est le Conseil national de l'ordre des médecins en soutenant publiquement l'équipe médicale du CHU de Reims... L'accueil de M. Vincent Lambert dans un autre établissement qui permette à l'ensemble des membres de la famille d'avoir la conviction que l'arbitrage se ferait sans le moindre soupçon, semblait une option sage, voire évidente. Il convenait de rétablir un rapport de pleine confiance, susceptible, peut-être, d'atténuer les clivages au nom d'un intérêt estimé supérieur : celui de M. Vincent Lambert. Il s'avérait indispensable que ce temps du dénouement, à la suite de l'arrêt de la CEDH, puisse relever de ces conditions de dignité et de sérénité si souvent invoquées pour accompagner au mieux des circonstances humaines de haute vulnérabilité. Il s'agissait selon moi d'un droit que l'on devait reconnaître à M. Vincent Lambert, à ses proches et ceux qui à ses côtés expriment au nom de la société la sollicitude d'un soin et d'une indéfectible solidarité. À cet égard je tiens à redire toute ma considération à l'équipe des soignants de M. Vincent Lambert, dont les compétences et le dévouement sont reconnus. Mais au-delà des communiqués officiels, s'est-on préoccupé de ce qu'éprouvaient à titre personnels ces professionnels confrontés aux soubresauts de décisions contradictoires, d'interprétations et de commentaires inconciliables avec les valeurs du soin ; eux qui auraient pu demain contribuer à la procédure de fin de fin de M. Vincent Lambert qu'elles accompagnent dans sa vie depuis des années?

Décrypter sans concessions ce qui s'est passé

Mes deux suggestions qui n'ont fait l'objet d'aucune suite, intervenaient probablement à mauvais escient, ou alors elles contrariaient des positionnements et des stratégies rétifs à toute forme d'atermoiement. Comme s'il y avait urgence à conclure, et que les recours juridiques ayant été épuisés rien ne devait plus faire obstacle à la seule décision qui s'imposait. Certaines considérations ont néanmoins entravé - à la stupéfaction de nombreux observateurs ce qui en soi interroge - un processus qui devait bénéficier de la torpeur estivale et permettre, à la rentrée, de reprendre le cours des choses, de conclure la discussion parlementaire de la loi relative à la fin de vie comme si rien ne s'était passé. L'assistance médicalisée en fin de vie, au cœur d'une législation qui vise à reconnaître de « nouveaux droits » à la personne malade au terme de son existence, n'est certainement pas le recours adapté aux personnes qui, comme M. Vincent Lambert, n'ont pas anticipé une situation et une décision en soi inconcevable. Se refuser ainsi de circonscrire la situation de M. Vincent Lambert aux controverses que l'on a connu à propos de son droit ou non à la vie, et plus encore aux conditions de sa mort, me semble constituer l'étape attendue. Elle nous permet de poser autrement les enjeux démocratiques de la place parmi nous de personnes affectées par un handicap si profond que l'on s'interroge parfois sur la réalité même (voire la justification...) de leur existence.

Désormais il nous faudra décrypter sans concessions ce qui s'est passé au CHU de Reims pour aboutir à cette situation chaotique. Il ne s'agit pas de mettre en cause des personnes dignes de notre respect, mais de comprendre un cumul de dysfonctionnements dont on peut craindre qu'ils interviennent également dans d'autres espaces du soin : ils ne suscitent pas, pour ce qui les concerne, la réactivité d'une famille que je refuse de caricaturer dans les positions, elles aussi respectables, qu'elle défend. De même je réprouve la mise en cause a priori de toute position qui serait réfractaire aux courants de pensées dominants qui s'érigent en censeurs et s'estiment détenteurs d'une vérité, voire d'une compétence, qui légitimerait leurs positions plus idéologiques qu'on ne le pense. En démocratie chacun doit être reconnu dans un point de vue argumenté, soucieux du bien commun. Je rends hommage à la qualité de l'arbitrage du Conseil d'État qui a permis, dans le cadre d'une instruction remarquable, de comprendre la complexité de circonstances humaines si délicates et complexes qu'elles imposent des approches attentionnés, rigoureuses et d'une extrême prudence. Je souhaite adresser, comme je l'ai déjà fait, un message de compassion à la famille de M. Vincent Lambert dont je comprends le cheminement qu'il lui revient d'assumer aujourd'hui afin de ne tenir compte que de ce que serait le bien-être et le choix profond de cette personne trop souvent négligée dans nos débats. Enfin, je tiens à rendre hommage à celles et ceux qui, confrontés au handicap, à la maladie, aux détresses humaines et sociales consécutives aux situations de vulnérabilité et de dépendance demeurent attachés aux valeurs de notre démocratie, y compris lorsqu'elles peuvent leur apparaître défaillantes au regard de leurs véritables urgences. J'estime que nos obligations de démocrates justifient que notre société se mobilise à leurs côté, les soutiennent dans la dignité de leu existence et ne s'en remette pas à des procédures médico-légales voire administratives pour les accompagner jusqu'au terme de leur existence.

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Quels enseignements tirez-vous du dernier épisode de ce qu’il faut appeler l’affaire Lambert ?

Je suis partagé entre le soulagement et l’effarement. Soulagement d’abord, pour Vincent Lambert, mais aussi pour ceux qui vivent dans des situations semblables, leurs proches et leurs soignants… L’équipe médicale du CHU de Reims semble avoir renoncé à effectuer une forme d’euthanasie délibérée, dissimulée mais particulièrement pernicieuse : l’arrêt d’hydratation et d’alimentation ayant comme intention, non pas de stopper un prétendu acharnement thérapeutique, mais bien de provoquer la mort d’une personne lourdement handicapée mais qui n’est aucunement en fin de vie. Faut-il rappeler que Vincent n’est pas dans le coma, qu’il ne souffre pas, qu’il a déjà résisté à trente jours d’arrêt d’alimentation et que – contrairement à certains experts – des médecins spécialisés dans les états comme le sien attestent qu’il est réceptif à la tendresse exprimée par ses proches ? Quel message catastrophique aurait été sa « mise à mort » inévitablement ultra médiatisée ! Non seulement pour les parents et proches de Vincent, mais aussi pour toutes les personnes qui se dévouent auprès d’autres patients tout aussi dépendants que lui… Car je reste effaré par l’effet de contamination de la désespérance que cette affaire provoque déjà dans les services pour ces patients EVC-EPR (états végétatifs chroniques et pauci-relationnels). C’est d’autant plus douloureux qu’avec cette affaire beaucoup de Français sont désormais prêts à affirmer que de tels patients sont inutiles, encombrants, voire coûteux. Qu’ils sont pour ainsi dire déjà morts, puisque leur handicap est « irréversible ». Une nouvelle forme d’eugénisme d’exclusion entre ainsi dans notre société, non plus pour ceux qui arrivent dans la vie avec un handicap, mais pour ceux qui sont devenus lourdement handicapés… Si nous y basculons avec un seul « cas limite », il ne s’agira plus que de déplacer le curseur…

Vous avez choisi de prendre position au contraire d’autres personnalités catholiques qui incitent à la retenue…

J’ai surtout lu l’appel du Cardinal Barbarin et des évêques de sa région, tous clairement engagés contre l’euthanasie de Vincent. Pour ma part, j’ai choisi depuis longtemps la posture revendiquée par Emmanuel Mounier en 1935 : « Le désordre nous choque moins que l’injustice. » Quand c’est la mort d’un homme qui est en question, l’enjeu n’est pas la tranquillité personnelle ou sociale – ni même la pudeur – mais la conscience et la vérité. Même si cette vérité peut peiner ou blesser, il faut trouver un moyen de la dire, sans jamais quitter la ligne de crête où elle rencontre l’amour. C’est un exercice d’équilibriste. Car il ne s’agit pas de choquer gratuitement, mais d’assumer, même à contrecœur, d’être une voix qui dérange… Vincent Lambert est typiquement devenu le bouc-émissaire emblématique décrit par René Girard. La France, déjà très eugéniste, est prête à faire disparaître ceux dont l’épreuve est telle qu’on les préfère morts plutôt que de rester vivants dans leur état. Provoquer ou cautionner la mort d’un seul pour préserver la paix sociale, ne générerait qu’un soulagement illusoire et éphémère… Notre société a un besoin vital de voix dissonantes pour briser l’unanimisme, et éviter de tels passages à l’acte. Je pense au cri du jeune Daniel « Je suis innocent du sang de cette femme ! » qui sauva Suzanne de ses vieux juges, à la fois honorables et véreux.

Sur l’affaire Lambert, je conseillerais aux chrétiens qui doutent encore, d’écouter Emmanuel Hirsch, directeur de l’espace éthique des hôpitaux de Paris, qui n’est pas chrétien : proche des patients cérébrolésés, il ose dénoncer « l’incarcération » de Vincent et demander son transfert dans un lieu adapté… Voilà un homme qu’on ne peut soupçonner d’ « intégrisme », cette étiquette infamante qu’on colle au front de ceux qu’on veut disqualifier, et isoler de leurs propres amis…

La question que nous devons nous poser avant toute prise de position est celle de notre liberté intérieure. Et pour cela, il faut traquer nos stratégies d’évitement de la vérité qui s’apparentent toutes à des stratégies mondaines : conservatisme institutionnel, défense de caste ou d’amis, peur de déplaire, d’être rejeté… En un mot, peur de perdre. Seule une conscience libérée de cette peur respire en paix.

Tugdual Derville. Propos recueillis par Frédéric Aimard.


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(Source: Généthique)

Pour Gènéthique, le Professeur Xavier Ducrocq, neurologue au CHU de Nancy et conseil médical des parents de Vincent Lambert, réagit à la décision annoncée par le CHU de Reims de ne pas se prononcer sur l’arrêt des soins apportés à Vincent Lambert et sur la volonté de saisir le procureur pour qu’un représentant légal du patient soit nommé (cf. Gènéthique vous informe du 24 juillet 2015).

Comment réagissez-vous à la décision qui a été prise hier par les médecins concernant Vincent Lambert ?

Je suis extrêmement soulagé que la menace immédiate de mort ait été suspendue et j’espère définitivement écartée, même s’il est un peu tôt pour en être certain. Je reste vigilant parce qu’aucun des motifs avancés n’est d’ordre médical, alors que la raison de l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation de Vincent Lambert est médicale ! Le motif de cette décision ne concerne pas non plus la démarche collégiale. Pour toutes ces raisons, je reste prudent. Je regrette que d’emblée, le transfert n’ait pas été proposé, que la suspension de la décision n’ait pas été doublée d’un transfert, parce que la prise en charge médicale actuelle est insuffisante.

Ceci étant, c’est un pas en avant. Mon inquiétude était immense, je craignais qu’on arrête la vie de Vincent très rapidement, que l’alimentation et l’hydratation soit supprimés ces prochains jours et que le processus s’accompagne d’une sédation profonde. J’espère que c’est le premier temps de la levée d’une triple imposture que j’ai déjà nommée (cf. Gènéthique vous informe du 8 juin 2015). Il est temps de mettre un peu de raison dans ces débats.


Est-ce que vous pensez qu’il y a de l’entêtement de la part des médecins ?


Très clairement. Nous leur avons proposé de voir des vidéos, le Dr Simon n’a jamais voulu. Ils ont engagé une nouvelle procédure collégiale sans s’apercevoir que l’état de Vincent avait évolué, sans vouloir le considérer. Par ailleurs, le Dr Simon est là depuis le début et elle a toujours approuvé la démarche. Il n’y a pas eu de remise en question sur ce sujet. La semaine qui a précédé la décision des examens auraient eu lieu. Je suis conseil médical des parents de Vincent, ses parents n’ont jamais eu aucune information, moi encore moins ! Ils ont remis en questions la capacité de déglutition de Vincent. Qui l’a fait ? Quand ? Comment ? Il est impossible de conseiller les parents dans ces conditions, or nous devons avoir connaissance de ces éléments. C’est d’autant plus paradoxal que nous constatons au contraire que son état s’est amélioré ! Vincent mange par la bouche sans aucune difficulté ! Nous avons des éléments extrêmement objectifs de l’authenticité de ce que nous avançons sur le plan médical.

Que voulez-vous dire ?


Des collègues médecins ont accepté de voir ces vidéos, des neurologues et des médecins rééducateurs qui dirigent des unités spécialisées importantes de patients pauci-relationnels. Leurs conclusions sont convergentes : Vincent est en état Pauci-relationnel (Cf. Gènéthique vous informe du 24 juillet 2015).

Les experts du Conseil d’état avait bien dit qu’ils ne pouvaient pas écarter la possibilité que Vincent soit dans un état pauci-relationnel et ils sont allés au-delà de ce que leur mission leur imposait en estimant que le seul niveau de conscience de Vincent ne suffisait pas en soi à engager une procédure de fin de vie, il fallait aussi connaître la volonté de Vincent. Actuellement, il prend volontairement la nourriture qu’on lui propose par la bouche, les soins n’ont pas de caractère déraisonnable.

Mais là tout s’est emballé ?

C’est pour cette raison qu’il faut juger Vincent sur la base des éléments médicaux que nous avons actuellement à notre disposition et non pas sur ceux de 2012 ! La réalité est devenue tout autre ! Dès avril 2014, les experts avaient affirmés la capacité de Vincent à manger par la bouche et à déglutir. Cela n’a pas été exploité par la rééducation orthophonique qui aurait due être mise en place. Et aujourd’hui Vincent mange parce qu’il veut manger ! Et par là Vincent montre qu’il veut vivre ! Il a la capacité de refuser. Sa mère l’a très bien compris : dans la vidéo, il y a un moment où elle veut lui donner à manger et où il détourne la tête. Cette volonté est facile à vérifier pour peu qu’on s’en donne les moyens.

Avez-vous eu des contacts, depuis hier, avec des médecins à qui vous avez présenté les vidéos de Vincent ?

Oui, ils partagent notre soulagement.

La loi du 3 mai 2002 donne des éléments très précis pour la prise en charge des personnes atteintes d’un handicap majeur qui sont sans espoir d’une réelle amélioration dans le temps. Cette loi a donné lieu à la création de 300 établissements. Ce qui se passait pour Vincent remettait tout en cause. C’est comme si on disait « cette vie ne vaut pas la peine d’être vécue », comme si on sous-entendait que ce travail n’avait pas de sens, que ça coutait cher et même que c’était de la maltraitance ! Il y avait un vrai malaise dans ces équipes. Alors oui, j’ai reçu des messages de mes collègues qui sont eux aussi soulagés de cette décision.

Qu’est-ce qui va se passer maintenant ?

Le communiqué du CHU de Reims, qui n’est disponible nulle part, qui n’a pas été transmis aux avocats, demande au procureur de nommer un tuteur. Le pouvoir d’un tuteur est limité, il aura tout au moins la capacité de demander le transfert de Vincent dans une unité spécialisée. Si c’est ce qui arrivait, s’il était pris en charge par une équipe neutre, je pense que ce serait une première étape, j’espère vers un apaisement, y compris familial.

Pour Vincent, comme pour l’équipe soignante du CHU de Reims, il serait important qu’il puisse changer au plus vite d’établissement.

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(Source blog de Jean-Yves Nau)


Affaire Vincent Lambert: l’essoufflement du droit aux lisières 
de la conscience et de la mort



Bonjour

Vincent Lambert ? Encore… Il n’est pas mort …? Une amie magistrate parisienne : « Je me demande comment cette affaire est perçue en dehors du cercle des passionnés. Je ne rencontre que des gens qui disent qu ils en ont assez de cette mort médiatique et interminable, et que ça les intéresse plus. Aurais-je de mauvaises fréquentations …? »

Un ami journaliste parisien de talent, spécialiste du décalé : « Vincent Lambert ? Faire un sujet à la rentrée ? Encore… Il n’est pas mort …? »

Vincent Lambert encore. Parce que du fond de son silence et de son regard flouté cet homme nous parle. Il nous dit tout de nous.

Omission fatale

L’affaire Vincent Lambert a commencé en avril 2013, cinq ans après l’accident de circulation qui avait plongé cet homme dans un état de coma profond devenu irréversible. Au CHU de Reims le Dr Eric Kariger, son médecin de l’époque, omet alors de prévenir les parents de ce malade que l’équipe qu’il dirigeait avait, collégialement, décidé d’engager un processus de « fin de vie » – par arrêt de l’alimentation et de l’hydratation. Informés les parents saisirent la justice administrative. Nul ne sait encore qui est le Dr Kariger. Un mois plus tard Vincent Lambert était toujours vivant et les médecins durent à nouveau alimenter Vincent Lambert et lui prodiguer les soins réclamés par son état. Le CHU fit alors appel de cette décision. On connaît, dans les grandes lignes la suite : les rebondissements médicaux, juridiques et éthiques d’une tragédie qui, sous cette forme est sans précédent en France et dans le monde.

Le dernier épisode de cette affaire date du 23 juillet 2015. Déjouant tous les pronostics formulés depuis plusieurs jours l’équipe médicale du CHU de Reims ne s’est finalement pas prononcée en faveur d’un arrêt de l’alimentation et de l’hydratation. L’établissement hospitalier a annoncé qu’il suspendait la nouvelle procédure médicale collégiale mise en place le 8 juillet. Le CHU de Reims explique que « les conditions de sérénité et de sécurité nécessaires (…) ne sont pas réunies ». Il plaide désormais pour le rétablissement « d’un échange serein, dans l’intérêt de Vincent Lambert et de son accompagnement ».

Questions en suspens
Le Dr Daniela Simon, directrice du service de soins palliatif où Vincent Lambert est hospitalisé, estime qu’il est de son devoir de saisir le procureur de la République pour « statuer sur la représentation globale de son patient ».Un « tuteur légal », extérieur à la famille, devrait ainsi être désigné. Ce rebondissement soulève publiquement la question rarement évoquée : pourquoi aucune procédure de désignation d’un tuteur légal n’a-t-elle jamais, depuis 2008, été engagée ?

Il en d’autres questions qui restent en suspens, à commencer par celle de savoir pourquoi on n’a pas organisé le transfert du malade dans une autre unité spécialisée dès lors que l’équipe médicale de cette unité de soins palliatifs avait jugé que sa prise en charge ne s’imposait plus et que la justice était saisie. Interrogé le Conseil d’Etat n’a pas répondu. Il y aussi une ambiguïté, centrale et jamais élucidée : en avril 2013 le Dr Kariger explique qu’il a décidé la « fin de vie » de son malade parce que ce dernier semblait « refuser les soins » tout en expliquant que ce même malade ne peut plus communiquer avec l’extérieur.

Affaire de droit
Au-delà de ces questions plus que troublantes, au-delà de la mise en scène médiatiques des conflits familiaux, au-delà même de l’avenir qui sera fait à Vincent Lambert cette affaire est éclairante. Elle permet d’analyser plusieurs aspects du traitement politique et juridique de questions éthiques concernant le handicap et la médicalisation de la fin de la vie. De ce point de vue plusieurs leçons peuvent être tirées de cette tragédie

Perçue comme une tragédie l’affaire Vincent Lambert est aussi, d’abord et avant tout, une affaire juridique. L’erreur commise en mai 2013 par le Dr Kariger (engager un processus de « fin de vie » sans prévenir les parents du patient) est à l’origine d’une action sans précédent en France devant la juridiction administrative. C’est elle qui conduisit le Conseil d’Etat à devoir trancher ce litige. Conscient de l’ampleur et de la portée de l’affaire, les magistrats du Palais-Royal s’entourèrent des plus grandes précautions. Ils sollicitèrent notamment l’avis de trois médecins spécialistes de neurosciences proposés par l’Académie nationale de médecine, le Comité consultatif national d’éthique et le Conseil national de l’Ordre des médecins. Il était clair que leur décision était appelée à faire jurisprudence.

Le monde et la loi
En juin 2014 ils jugèrent, in fine, que rien ne s’opposait à ce que le processus de fin de vie (par arrêt de la nutrition et de l’hydratation du malade) pouvait être à nouveau être mis en œuvre au CHU de Reims cette fois jusqu’à son terme. Expliquant à la presse les raisons de ses décisions Jean-Marc Sauvé, vice-président du Conseil d’Etat avait eu ce mot : « Nous ne voyons le monde que régi par la loi ». Cette vision avait amené la plus haute juridiction administrative à juger « que les dispositions du code de la santé publique issues de la loi du 22 avril 2005 [loi Leonetti] relatives à l’arrêt de traitement en cas d’obstination déraisonnable s’appliquent que le patient soit ou non en fin de vie et peuvent donc concerner l’état dit pauci-relationnel dans lequel se trouve M. Vincent Lambert ». Elle jugeait également « que l’alimentation et l’hydratation artificielles de M. Vincent Lambert constituent un traitement au sens de cette loi ». En d’autres termes nourrir et faire boire ne sont plus de simples soins constitutifs de la dignité de la personne mais bien des thérapeutiques. Des thérapeutiques qui pourront être « interrompues » quand des médecins décideront collégialement qu’ils sont entrés sur le terrain de « l’obstination déraisonnable ». Dans ce cas la personne mourrait de dénutrition et de déshydratation, l’administration délibérée de substances létales n’étant pas autorisée.

Raison et obstination

Cette interprétation de la loi de 2005 « relative aux droits des malades et à la fin de vie » fut validée par le député Jean Leonetti (Les Républicains, Alpes-Maritimes) rapporteur de cette loi. Elle fut en revanche radicalement contestée par les parents comme par une fraction du corps médical. Les opposants font valoir que ce malade n’est nullement « en fin de vie » et que le fait de le nourrir et de le faire boire ne peut en aucune manière être assimilé, ici, à une « thérapeutique » mais correspond à de simples « soins ». Procéder à leur arrêt définitif consisterait, dès lors, à donner volontairement la mort et devrait être assimilé à une forme d’euthanasie, interdite par la loi. Il y aurait ici, en somme, une forme d’inversion paradoxale de la notion « d’obstination déraisonnable ».

La décision du Conseil d’Etat fut aussitôt suivie d’une saisine de la Cour européenne des droits de l’homme qui, en juin dernier, ne s’opposa pas au jugement du Conseil d’Etat en estimant qu’il n’était pas contraire à la Convention européenne des droits de l’homme. L’arrêt de la CEDH fut toutefois marqué par la prise de position dissidente de cinq des dix-sept juges de la « Grande chambre » (ceux d’Azerbaïdjan, de Géorgie, de Malte, de Moldavie et de Slovaquie) estimant que la Cour était parvenue à « une conclusion effrayante », qui équivalait « à un pas en arrière » du point de vue des droits de l’homme.

Alzheimer

On estime entre mille cinq cent et mille sept cent le nombre des personnes qui sont aujourd’hui, en France, dans des situations de coma profond équivalente à celle de Vincent Lambert. Contrairement à certaines interprétations elles ne sont pas directement concernées par le jugement du Conseil d’Etat – du moins tant qu’il n’existe pas de dissensions familiales quant à la suite de leur prise en charge. Pour autant cette affaire unique soulève une question d’une portée médicale et éthique considérable : celle de l’adéquation entre le niveau de conscience et l’arrêt de soins vitaux considérés comme étant devenus « déraisonnables ». La mécanique juridique élaborée par le Conseil d’Etat et avalisée par la Cour européenne des droits de l’homme pourrait, demain, être utilisée à d’autres fins, comme dans le cas des maladies neurodégénératives, comme celle d’Alzheimer.

En conscience

Cette menace sera d’autant plus présente que les soins, se prolongeant « indéfiniment », seront jugés trop coûteux. Elle avait été parfaitement perçue par les trois experts médicaux consultés par le Conseil d’Etat qui écrivaient, il y a un an que « le degré de l’atteinte de la conscience ne saurait constituer le seul élément déterminant de la mise en route d’une réflexion concernant un éventuel arrêt de traitement ». La science n’est pas la conscience.

Vincent Lambert ? Il n’est pas mort …? Pour l’heure cet homme est vivant. Loin de nous sans doute, mais vivant. La suite reste à écrire. Au risque de lasser. Le pire serait de garder le silence.

aussi: "l’Elysée et la ministre de la Santé ont-ils pesé sur
            les derniers développements de l’affaire ?

          Vincent Lambert : pourquoi n’avait-on pas, depuis 2008,
           nommé de «représentant légal» ?
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**FIL D ACTUALITE CONCERNANT VINCENT LAMBERT**


Communiqué des avocats des parents de Vincent Lambert (23 juillet) *

"Vincent Lambert : pour quelles raisons n’avait-il pas, depuis 2008, 
                                                                                  de «représentant légal» ?*

Réaction d' AllianceVITA: *


"Le monde des soins palliatifs peut-il accepter une "mise en fin de vie" 

au nom d'un lourd handicap ?"        Tugdual derville  (23Juillet 2015 ) *



"Aujourd’hui le visage le plus fragile de notre société se 
prénomme Vincent."         Evêques de Rhône-Alpes   (21Juillet 2015 ) *

Jean-Yves Nau: " Vincent Lambert : deux médecins soudain confrontées 

                              aux affres du «conflit d’intérêts»      (17 Juillet 2015 ) *

Les parents de Vincent Lambert portent plainte pour 
"tentative d'assassinat"                                                      (16 Juillet 2015 ) *

Maître Paillot : "Demande en révision faite à la CEDH concernant 

vincent Lambert "                                                                  (26 Juin 2015 ) *

Gregor puppinck: "Affaire Lambert:
         la CEDH a commis une erreur de droit"(23 Juin 2015 ) *

Tugdual Derville: "Image, pudeur et dignité"                 (11 Juin 2015 ) *

Prise de parole d' Emmanuel Hirsch sur Europe 1        (10 Juin 2015 ) *

La prise de parole du Cardinal Barbarin sur RTL           (8 Juin 2015 ) *

"Inconscience des droits de l’homme"  Entretien avec Tugdual Derville
                           Propos recueillis par Fédéric Aimard       (8 juin 2015) *


Communiqué de Presse de Grégor Puppinck, ECLJ / 

Affaire Vincent Lambert  + Vidéo témoignage de la visite d'un ami 
                                                                             à Vincent       (5 juin 2015) *


"En France, 1700 anonymes sont dans l'état de Vincent Lambert" 
                                                                                                    (4 juin 2015)  *


******** Pour aller plus loin ****************

Archives du blog Fin de vie:

2015

"Plaidoyer pour la Médecine d’Hippocrate" 

                      Par Éléonore Le Cesne, étudiante en médecine, pour SDD
VIDEO du Dr Olivier Claris sur le rapport Leonetti / Clayes sur la Findevie 
                                                 (SoinsPalliatifs / @soulagerpastuer)
Académie de Médecine: "A propos des nouveaux droits en faveur 
                                                des malades et des personnes en fin de vie"
Mourir par sédation ou l’idéologie du « bien mourir » par Emmanuel hirsch
Intervention de Jean-Frédéric Poisson sur la Fin de vie 
                      (21 Janvier 2015 à l' Assemblée Nationale)
"Débat Derville-Le Mené : L’union est-elle possible dans la défense de la vie ?
"Euthanasie, la «bonne mort» qui anesthésie les consciencesPar Gilles Freyer, 
                                            Prof en cancérologie au CHU de Lyon   (17 Fev 2015)
"Sédation et compassion terminale" Intervention d' Emmanuel Hirsch 
                                             au Sénat (20 fev 2015) 
"Dormez, je le veux ! " par Sylvain Pourchet
"La sédation et les marchands de sable" Dr Sylvain Pourchet
"Fin de vie : chaque mot peut donner à une loi un sens irréversible" Dr Serge Duperret
                                              Gregor puppinck

2014
                   par @TDerville (3 dec 2014)
                                 (Cyril Douillet dans "Cahiers Libres")
                                 ( suite à celui de Nicole Boucheton - ADMD)
 dans les situations de fin de vie (Conseil de l'Europe)
                           avec Anne-Laure Boch et Bernard Lebeau  
                            la situation de Monsieur Vincent Lambert
                                      (Institut Européen de Bioéthique)

2013
2012
Rapport à François Hollande Président de la république Française
Euthanasie, soins palliatifs... La fin de vie en France n'est pas celle qu'on croyait
Fin de vie : l’Académie nationale de médecine se prononce
Fin de vie: "Même une personne vulnérable, fragile, abîmée reste digne jusqu’au bout"
Mission Sicard - Fin de vie : faut-il aller plus loin que la loi Leonetti ?
Le débat sur l'euthanasie devient un débat sur le suicide assisté
Vivre la fin de vie (RCF) avec Tugdual Derville
Le député UMP Jean Leonettio estime que la loi sur la fin de vie portant
son nom peut être améliorée.
L’exception d’euthanasie
Le droit devant la mort
Perdu d' avance ? (Euthanasie et Homofiliation )
Euthanasie: "Y avait-il une solution pour Vincent Humbert, Chantal Sébire ... ?"
Face à "La tentation de l' Euthanasie" - Bilan du #VITATour d' AllianceVITA
François Hollande relance le débat sur l'euthanasie (sur RND)
Euthanasie et mourir dans la dignité dans Carrément Brunet
avec Tugdual Derville & Jean Leonetti
"Au pays des kangourous" - Fin de vie et dépression , l' importance du "regard" de l' "autre"
Droit des malades et fin de vie, que dit la loi "Leonetti" ?
Euthanasie : Opération Chloroforme pour Jean-Marc Ayrault via @Koztoujours
Audio du Premier Ministre Jean-Marc Ayrault sur l’euthanasie
"Euthanasie : terrorisme intellectuel et complaisance politique"
L' Euthanasie n' est pas une valeur de gauche ...
Déclaration de l' académie Catholique de France sur la « FIN DE VIE »
"Rire et soins palliatifs, est-ce sérieux?" avec Sandra Meunier, clown art-thérapeute
Quels soins palliatifs pour demain ... lors de la journée mondiale des soins palliatifs sur RND
Le Groupe National de Concertation sur la Fin de Vie (GNCFV) propose au gouvernement l’organisation d’un débat public
"Sauvons Papi et Mamie" - Une campagne pour la VIE
"La fin de vie" dans RCF Grand Angle avec Tugdual Derville
Euthanasie: 10 ans d’application de la loi en Belgique (Mai 2002- 2012 )
Les AFC rentrent en campagne, pour une politique soucieuse des plus fragiles
Alliance Vita continue son "Tour de France de la solidarité" - #VITATour
Alliance Vita lance son "Tour de France de la solidarité"
Pourquoi la question de la fin de vie est-elle si politique ? avec Tugdual Derville
Tugdual Derville sur RCF au furet du nord de Lille - "Tour de France de la solidarité"
France Catholique: La tentation de l' Euthanasie, enjeu majeur de l' élection présidentielle
Fin de vie, faut il une nouvelle loi ? avec Tugdual Derville sur BFMbusiness
Vivre la fin de vie (RCF) avec Tugdual Derville


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