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vendredi 2 janvier 2015

"La théorie postmoderne de la justice. La machine à broyer toute identité" par Henry Hude


(Source: blog de Henry Hude  via les Veilleurs de Valenciennes



"Travailleurs rentrant chez eux." 1913-1914, huile sur toile Munch Musseet (Oslo)

Partie [1]: La machine à broyer toute identité
Partie [2]: Comment enrayer la machine à broyer les identités
Partie [3]: Comment un pseudo-pluralisme impose un ordre moral à rebours - et comment lui clouer le bec
Partie [4]: Comment s'autodétruit la machine nihiliste à broyer les identités


1) La machine à broyer toute identité


Si nous voulons reconquérir un avenir, y compris économique, nous devons retrouver le sens commun, redécouvrir notre identité culturelle complète, réformer nos pensées.Pour nous extraire du néant de l’idéologie libertaire et du politiquement correct, il ne suffit pas d’une brillante polémique mondaine. Il faut d'abord mener en profondeur une réflexion de fond.Ce qu’il faut viser à remplacer, ce n’est pas d’abord un blablabla médiatique, mais les pensées fortes et nocives qui sont derrière.
La théorie postmoderne de la justice que j’expose aujourd’hui et détruirai dans les jours qui suivent, constitue la première machine à broyer toute dignité humaine et toute justice, ainsi que toute identité civilisée. Elle est le principe de légitimité de la barbarie libertaire.
Ayant dit ce que j’en pense, il est juste que j'expose cette pensée dans ce qui suit loyalement et sans commentaire. Le texte complet dont cet article est extrait, se trouve dans "La force de la liberté" , Economica, 2012, ch.10.


La plus célèbre théorie postmoderne de la justice est celle du philosophe américain John Rawls [I]. Elle peut se résumer en trois points :

Premier point : une société libre ne peut pas avoir de doctrine commune au sujet du bien, ni métaphysique, ni morale.

En effet, cette vérité du bien serait intolérante, totalitaire, discriminante entre les « identités [II] ». Il faut donc rester neutre entre des « conceptions du bien » (= neutralité axiologique), qu’on réputera purement privées, et donc tolérer, en théorie et aussi dans la pratique sociale, toutes les actions dont la tolérance pratique est impliquée par la neutralité axiologique.

Second point : on ne peut pas en rester au premier point, autrement tout serait permis. Le libertarisme des opinions nous aurait menés au libertarisme total des actions et nous serions donc reconduits à l’état de nature, c’est‑à-dire à la loi du plus fort, et il n’y aurait plus de justice. – Un principe objectif de limitation de l’arbitraire est donc nécessaire. (Malheureusement, des formules du genre de « la liberté de l’un s’arrête où finit celle de l’autre n’ont aucune utilité dans la plupart des cas litigieux, à savoir, quand ces libertés sont en désaccord précisément sur la fixation de cette frontière ; en outre, elles sont valables aussi bien dans l’état de guerre. Ceci est expliqué en détail dans le chapitre 6 de La force de la liberté, pp.81-96.)

Troisième point et conclusion des deux premiers : il faut, dans une société libre, malgré la neutralité axiologique (= sur les valeurs), une règle de justice, à la fois « objective » et non liée au « bien », fournissant l’art de vivre en paix malgré les désaccords sur « le bien ».


Il ne faut donc pas, selon Rawls, une règle de justice fondée religieusement, ou métaphysiquement, voire anthropologiquement (en Dieu, en Nature ou en Raison), ni comportant des contenus qui impliqueraient la référence à un tel Fondement ou à une idée de l’Homme. Autrement nous contredirions la première prémisse.


Mais il faut cependant une règle objective. L’indispensable objectivité de cette règle de justice ne doit donc pas, estime Rawls, dériver de l’objectivité de l’idée du bien ou de l’objectivité du Fondement – celui-ci ne fût-il rien de plus qu’une Raison humaine-transcendantale.


Mais alors, le problème est-il insoluble ?

Rawls pense que non, car à partir de l’idée d’impartialité-neutralité, nous pourrions identifier, pense-t‑il, des règles vraiment objectives, au sens d’indépendantes de tout intérêt particulier, de tout favoritisme ou partialité, mais qui ne seraient toutefois pas solidaires d’une « conception du bien ». Pour remplacer l’indésirable culture substantielle de référence, à ses yeux toujours potentiellement totalitaire, il existerait une procédure de référence, dite du « voile d’ignorance », qui fournirait le moyen de déterminer une justice impartiale, une loi morale-politique à la fois objective et non totalitaire, appropriée à une cité libre.

Voici la solution : c’est la fameuse procédure de Rawls, baptisée « décision sous voile d’ignorance ».

Lorsqu’il faut décider (effectuer un choix public), la bonne méthode serait de faire la loi en imaginant qu’on ne sait pas qui on est. Elle serait donc de nous placer au point de vue d’un individu ne connaissant pas sa propre identité. Car, aussi égoïste et partial que puisse être cet individu sans identité, il aura probablement peur de se faire tort en posant une loi qui brimerait l’une ou l’autre des identités, celle qui pourrait bien s’avérer être la sienne en réalité.

Si l’on applique cette procédure, il n’y aura plus de risque de totalitarisme et toutes les identités du monde pourront vivre en paix [III] grâce à une loi fondamentale aussi objective que la loi naturelle, mais détachée de toute identité et fondée seulement sur la double peur de l’état de nature et du totalitarisme.

Rawls essaye, en somme, de former une idée de la justice, qui conjuguerait deux ensembles de caractéristiques normalement incompatibles :

1° objective et transcendante, c’est‑à-dire située au-dessus des individus et des groupes, nullement sujette à leur arbitraire – comme les lois célestes de la malheureuse Antigone [IV], ou la loi naturelle d’Aristote [V];

2° purement humaine et ne transcendant en rien les individus, pas même sous forme d’une Raison humaine-transcendantale.

Cette solution vise à surmonter à la fois l’anarchie de l’état de nature, de type plutôt hobbésien, résultant du subjectivisme arbitraire, et le totalitarisme, censé résulter forcément de la reconnaissance publique d’une idée commune et substantielle du Bien, de l’Homme, de Dieu, etc.

Le raisonnement de Rawls semble à première vue aussi facile que convaincant, mais il appelle plusieurs observations critiques.

L’art de la paix, hélas, est plus subtil et difficile qu’il ne le croit.

Contrairement aux intentions de son inventeur, tout ce système commence par la tolérance et finit par l’intolérance (§2).

Il commence par le libéralisme éthique et finit par l’ordre moral à rebours (§3).

Il commence par une sensibilité démocratique et finit par l’autoritarisme (§6).

Avant cela, nous nous demanderons s’il y a place toutefois pour une généralisation de cette théorie de la justice, qui lui éviterait de n’être qu’une imposture (§4)

Et, même, de dégénérer dans les faits en « doctrine injuste de la justice » (§5).

2) Comment enrayer la machine à broyer les identités


La théorie postmoderne de la justice (celle de John Rawls) postule que la décision juste est celle que prendrait un individu méthodiquement sans identité (la théorie prévoit qu’il fera une loi ne brimant aucune des identités ). La théorie prévoit que cet individu sera neutre, impartial, intéressé à l’équité et à l’égalité entre les identités. Malheureusement,l’expérience contredit la théorie. Voici ce qui se produit en fait :

De la diversité postiche à la monoculture libertaire

L’individu qui se veut méthodiquement « sans identité » devient un individu systématiquement anti-identité. Plus encore, il se retrouve bientôt doté d’une identité négative.

Il voulait, par méthode, être neutre, impartial, équitable entre tout, pour être juste. Il en vient, par principe, non plus à tolérer n’importe quoi, mais à favoriser LE n’importe quoi.

Il se voulait au-dessus des partis et voilà que nous le découvrons a priori du parti de la négation de tout ce qui est, du côté de l’affirmation de la destruction et du néant.

En un mot, comme il est impossible à l’Homme de ne pas avoir d’identité et de ne pas décider par identité, cet individu qui voulait être méthodiquement neutre entre tout se retrouve systématiquement partisan de l’anti-tout. Il (ou elle, ou autre) se retrouve muni d’une identité dont le contenu est de vouloir différer de toutes les autres et de les nier toutes. Et le seul contenu positif de cette absurdité, c’est le néant.

Le nom d’un tel système, c’est : nihilisme.

L’évacuation des diverses identités (non-nihilistes) a donc juste laissé la place à une unique identité nihiliste. Et l’imposition de la monoculture nihiliste se fait sous couvert d’une méthode impartiale et sous prétexte de respecter la diversité. Mais de diversité, il n’y en a pas. Nous sommes tous unis dans une diversité postiche. Il n’y a qu’une seule pensée, nihiliste ; une seule culture, nihiliste ; un seul ordre moral, nihiliste. Et vous avez le droit de penser absolument n’importe quoi, à condition de penser que ce n’est que n’importe quoi. Par conséquent, vous n’avez pas le droit de croire à quelque chose, mais seulement le droit de croire à N’IMPORTE QUOI, c'est-à-dire en RIEN.


Le vide d’une amnésie méthodique s’est transformé en trop-plein de ressentiment nihiliste. L’individu n’a abandonné ses identités non-nihilistes que pour se structurer autour d’un dogme nihiliste qui devient le noyau de son identité. Il s’agit bien d’une nouvelle identité substantielle (une conception particulière du bien et de l’homme), mais construite à partir d’une règle d’impartialité, vite devenue préjugé de neutralité, transformée pour finir en parti-pris de négativité.

L’individu méthodiquement sans identité devient un individu passionnément sans identité, ou, ce qui revient au même, un individu s’identifiant à une passion de ne pas avoir d’identité, ou encore (comme on ne peut pas ne pas en avoir une), un individu s’identifiant à une sorte de haine des identités (et surtout d’abord de la sienne propre). Le noyau de l’identité, c’est l’amour du néant.

L’identité nihiliste est celle d’un individu aimant à prendre n’importe quelle identité, à condition que ce soit arbitrairement.

L’identité nihiliste peut être celle d’un individu rêvant d’avoir toutes les identités ensemble, s’il se pouvait– ce qui est plus profond et sur quoi nous reviendrons.

L’identité nihiliste ne tolère pas les identités réelles, ou naturelles, ou historiques, ou rationnelles, et distinctes. Et sa haine intolérante, elle l’appelle tolérance. Tous ceux qui résistent, elle les stigmatise.


Déjouer le stratagème

Quant à ceux qui n’ont pas compris le stratagème, ils sentent bien qu’ils se font manœuvrer, mais n’ont pas les moyens de réagir autrement qu’en s’énervant, ce qui permet à l’identité libertaire de les stigmatiser davantage encore.

Maintenant, dans les formules précédentes, nous pouvons remplacer le terme général « identité » par les expressions particulières « identité religieuse », « identité philosophique », « identité nationale », « identité sexuelle », « identité économique », etc. Nous nous rendons compte alors que la méthode de l’« individu sans identité » nous installe dans le système parfaitement défini de l’identité de négation.

Cette prétendue tolérance postmoderne ne résout donc en rien le problème de la tolérance. L’identité nihiliste agresse les autres, et s’impose, sous le voile d’une prétendue méthode visant au respect des identités. Dans le meilleur des cas, la méthode a été trahie et dévoyée. Il est évident que le souci de neutralité entre les identités n’est pas ici authentique, mais prétendu. A partir du refus de toutes les identités à été définie une identité nouvelle, particulière et parfaitement distincte. Et on se sert d’une rhétorique tolérantiste pour imposer une domination culturelle nihiliste.

Cette identité dominante, passionnément nihiliste et transgressive, prend plaisir à humilier et bafouer ce que les autres identités considèrent comme sacré. Et quand les autres protestent, ils sont stigmatisés comme intolérants.

Cette imposture continuera à fonctionner, aussi longtemps qu’il ne sera pas devenu trivial et de sagesse commune, que l’individu méthodiquement sans identité (avec sa soi-disant procédure équitable sous voile d’ignorance, etc.) n’est qu’une mauvaise blague, une ruse, un stratagème pour donner le monopole du pouvoir culturel aux identités nihilistes.


3) Comment un pseudo-pluralisme impose un ordre moral à rebours - et comment lui clouer le bec


La dictature de l’identité transgressive et nihiliste
L’individu libéral, pour décider avec justice, faisait méthodiquement comme s'il ignorait son identité. Le voilà devenu libertaire, un individu à identité transgressive, négatrice et nihiliste, qui se montre intolérant, culpabilise les autres, monopolise la légitimité, impose son pouvoir et règne par l’imposture, voire par la violence

Redisons bien que cette identité renégate et transgressive se présente comme une non-identité, une simple impartialité-neutralité (qui, dans le système de la « justice injuste », est la justice même, et même la seule justice non totalitaire possible) Mais, comme il n’en est rien, il s’agit en réalité d’une identité particulière (et particulièrement agressive) camouflée comme non-identité, comme procédure de respect de toute identité, et promue sous ce masque au rang de seule identité capable et digne de servir de fondement à la légitimité des pouvoirs, à la décision publique en démocratie.

Bien plus, comme aucune des autres n’est soi-disant dans son cas, toutes ces autres sont exclues de l’espace public, au motif qu’elles y seraient nécessairement discriminatoires, si elles y étaient admises, en tant que principes de décision publique.

Et voici donc l’identité nihiliste, transgressive, renégate, etc. en position de culpabiliser toutes les autres, et de leur imposer silence, sans avoir elle-même à adopter la moindre réserve. La voici même installée officiellement dans l’espace public, s’étalant comme l’identité publique de référence, l’identité privilégiée, s’affirmant comme l’identité d’Etat et comme la plus puissante référence culturelle – et ses tenants deviennent LE pouvoir spirituel.

Mais, en même temps, la voici présentée comme un non pouvoir, une impartialité-neutralité, une simple procédure utile et bienveillante, une simple forme qui bénéficie à tous.

Ainsi, non seulement l’identité négative domine sans partage, mais encore sa domination est une continuelle imposture.

La discrimination subie par tous les non-nihilistes de la part des libertaires nihilistes
Ainsi, l’identité négative discrimine en usant de l’arme de la non-discrimination ; la marque de fabrique de son intolérance est l’hypocrisie. Elle appelle discrimination toute relativisation de l’identité nihiliste, cependant que cette même identité nihiliste relativise radicalement toutes les autres, pire les considère toutes comme discriminantes, potentiellement, elle seule ne l’étant pas, mais étant seule juste et impartiale, par définition.

L’appel à la non-discrimination – en lui-même juste – fonctionne alors comme un stratagème permettant de discriminer toutes les identités non arbitraires, et de traiter une foule de gens (= tout le monde, sauf les nihilistes) en citoyens de seconde zone, mis en marge de l’espace public, et sans permettre auxdits discriminés de se plaindre de la moindre discrimination, sous peine d’en être accusés eux-mêmes.

Grâce à ce brillant stratagème, cette identité transgressive et dominante pourra brimer toutes les autres identités au nom de la tolérance, les éliminer au nom du pluralisme et les tyranniser au nom de la démocratie.

Cela est admirable comme un crime parfait. On n’aurait jamais cru que l’hypocrisie puisse aller jusqu’à faire que la vertu rende hommage au vice.

Assurément, il n’y a pas à chercher là la moindre apparence de justice, en aucun sens possible du mot. La prétendue méthode impartiale n'est qu'un prétexte pour discriminer les autres au nom d'une soi-disant non-discrimination, et elle n’est évidemment pas impartiale. Ce n’est pas une procédure neutre. Au contraire, elle ne fait qu’exprimer, servir et favoriser outrageusement l’identité négative et celle-là seule.

Il en résulte que, sous le « voile d’ignorance » , un individu non manipulé et correctement informé des faits objectifs [VI], commencerait par rejeter cette procédure de « voile d’ignorance », comme un simple stratagème, un rideau de fumée, inventés par une identité négatrice en mal de domination par ruse, et avec laquelle une personne de bonne foi aurait honte de s’identifier plus longtemps, si par hasard c’eût été la sienne.

4) Comment s'autodétruit: la machine nihiliste à broyer les identités


Peut-on sauver la théorie postmoderne de la justice ?

Avant d’aller plus loin, demandons-nous si l’on peut sauver la théorie postmoderne de la justice, autrement dit : peut-on cesser de discriminer sous couvert de non-discrimination ?

La question est de savoir si la clé de voûte de la théorie, c’est-à-dire la fameuse « procédure impartiale »,qui ne l’est pas du tout, peut être amendée pour devenir réellement impartiale, si possible.

Donc, à supposer qu’on veuille sauver cette procédure et utiliser malgré tout, valablement, le voile d’ignorance, il faudrait commencer par inclure l’identité nihiliste au nombre des identités entre lesquelles s’imposerait l’impartialité. Chacun voit aisément qu’on en est loin !

Il faudrait aussi prendre les mesures et précautions propres à prévenir les abus dont nous venons de parler (machine à détruire les identités non nihilistes et ordre moral à rebours).

Comment empêcher que la procédure du voile d’ignorance (= décider en supposant qu’on ne connaît pas sa propre identité) ne procure le moindre privilège à l’identité négatrice ? Pour y parvenir, il faudrait évidemment définir plus largement la discrimination, en y incluant la « discrimination nihiliste », qui consiste à discriminer les identités non nihilistes au profit de l’identité nihiliste.

Malheureusement, cette fameuse méthode postmoderne de décision juste, une fois amendée de cette manière, ne sert plus à rien pour déterminer une loi « impartiale ». Car il est évident que la loi dite impartiale est nécessairement partiale en faveur du nihiliste. Et que donc n’importe quelle décision prise sous le voile sera forcément partiale, du point de vue de la théorie. Et donc, sous le voile, on décidera seulement de ne pas décider sous le voile, si on décide au moins de décider.

En somme, si l’on commence par prendre ces précautions équitables, la procédure n’est plus de la moindre utilité, puisqu'elle ne permet plus dès lors de décider quoi que ce soit.

Ceci nous ramène à la pure situation de départ, dont Rawls voulait nous faire sortir : un relativisme des opinions qui déboucherait sur la permission de n’importe quoi, et donc ou l’indécision ou le droit du plus fort et la violence.

En résumé, ou bien la théorie postmoderne de la décision juste est injuste ; ou bien elle ne permet pas de décider.

Il reste donc à trouver d’autres moyens pour poser un principe de justice objectif (ne débouchant pas sur le droit du plus fort ou du plus arrogant). Pas facile. Mais ce dont on est au moins sûr, c’est que ce principe ne peut pas être procédural. En ceci, la théorie postmoderne de Rawls n’aura pas été tout à fait inutile, puisque c’est elle-même qui permet de l’éliminer du nombre des hypothèses possibles.
EXTRAIT DE "La force de la liberté" , CHAPITRE 10.


[I] John Rawls, A Theory of Justice (1971), Harvard University Press, revised edition, 3d printing, 2000. Rawls était personnellement honnête et trop lié à la culture substantielle des États-Unis, pour imaginer à quoi pouvait aboutir son système, une fois cette culture trop décapée et son propre système extrait du contexte où il avait trouvé naissance.

[II] Sur les problèmes du multiculturalisme et de l’identité, et sur la difficile définition de l’« identité », voir « Forum », José V. Bonet et Alessandro Ferrara, dans Francesco Botturi et Francesco Totaro, Universalismo ed etica pubblica, Vita e pensiero,

Milano, 2006, p. 137-153. Ces thèmes sont étudiés

[III] Sur la coexistence entre les cultures au sein d’une société qui ne renonce pas à

l’universalisme, voir (pour ceux qui lisent l’italien) l’excellent Francesco Botturi, « Universalismo e multiculturalismo », dans Francesco BOTTURI et Francesco TOTARO, op. cit., pp. 113-136.

[IV] Sophocle, Antigone, vers 450-460.


[V] Aristote, Rhétorique, Livre I, chap. 13.

[VI] Car dans la doctrine de Rawls, l’ignorance, sous le « voile », n’est pas entière. Elle concerne seulement les faits de l’identité singulière, l’information particulière concernant les sujets eux-mêmes, mais elle ne concerne pas les vérités générales : « For the most part, I shall suppose that the parties possess all general information. No general facts are closed to them », A Theory of Justice (1971), Harvard University Press, revised edition, 3d printing, 2000, Part I, Chapter III, p. 123. Rawls à ce sujet ne dit pas pourquoi la connaissance du bien de l’homme en général et du bien en général (qui, après tout, pourrait être une information générale) devrait ne pas faire partie de l’information générale accessible à l’être humain.

Fil d'actualité d'Henri Hude: Ici


"Le cri" (scream) 1910 Edvard Munch (Oslo)

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Erbilight (Visite du Cardinal Barbarin et délégation à Erbil (Irak) Decembre 2014)
                        + réactions et décryptage (25 nov 2014)








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"Notre République" par Charles Vaugirard



dimanche 27 janvier 2013

Démocratie "entre" Loi civil et loi morale - Extrait de l' Evangile de la Vie (Evangelium vitae)

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Extrait de l' Evangile de la Vie (Evangelium vitae)



" En réalité, la démocratie ne peut être élevée au rang d'un mythe, au point de devenir un substitut de la moralité ou d'être la panacée de l'immoralité. Fondamentalement, elle est un « système » et, comme tel, un instrument et non pas une fin. Son caractère « moral » n'est pas automatique, mais dépend de la conformité à la loi morale, à laquelle la démocratie doit être soumise comme tout comportement humain: il dépend donc de la moralité des fins poursuivies et des moyens utilisés. Si l'on observe aujourd'hui un consensus presque universel sur la valeur de la démocratie, il faut considérer cela comme un « signe des temps » positif, ainsi que le Magistère de l'Eglise l'a plusieurs fois souligné. Mais la valeur de la démocratie se maintient ou disparaît en fonction des valeurs qu'elle incarne et promeut: sont certainement fondamentaux et indispensables la dignité de toute personne humaine, le respect de ses droits intangibles et inaliénables, ainsi que la reconnaissance du « bien commun » comme fin et comme critère régulateur de la vie politique.

Le fondement de ces valeurs ne peut se trouver dans des « majorités » d'opinion provisoires et fluctuantes, mais seulement dans la reconnaissance d'une loi morale objective qui, en tant que « loi naturelle » inscrite dans le cœur de l'homme, est une référence normative pour la loi civile elle même. Lorsque, à cause d'un tragique obscurcissement de la conscience collective, le scepticisme en viendrait à mettre en doute jusqu'aux principes fondamentaux de la loi morale, c'est le système démocratique qui serait ébranlé dans ses fondements, réduit à un simple mécanisme de régulation empirique d'intérêts divers et opposés.

 Certains pourraient penser que, faute de mieux, son rôle aussi devrait être apprécié en fonction de son utilité pour la paix sociale. Tout en reconnaissant quelque vérité dans cette opinion, il est difficile de ne pas voir que, sans un ancrage moral objectif, la démocratie elle-même ne peut pas assurer une paix stable, d'autant plus qu'une paix non fondée sur les valeurs de la dignité de tout homme et de la solidarité entre tous les hommes reste souvent illusoire. Même dans les régimes de participation, en effet, la régulation des intérêts se produit fréquemment au bénéfice des plus forts, car ils sont les plus capables d'agir non seulement sur les leviers du pouvoir mais encore sur la formation du consensus. Dans une telle situation, la démocratie devient aisément un mot creux.

Pour l'avenir de la société et pour le développement d'une saine démocratie, il est donc urgent de redécouvrir l'existence de valeurs humaines et morales essentielles et originelles, qui découlent de la vérité même de l'être humain et qui expriment et protègent la dignité de la personne: ce sont donc des valeurs qu'aucune personne, aucune majorité ni aucun Etat ne pourront jamais créer, modifier ou abolir, mais que l'on est tenu de reconnaître, respecter et promouvoir.

Dans ce contexte, il faut reprendre les éléments fondamentaux de la conception des rapports entre la loi civile et la loi morale, tels qu'ils sont proposés par l'Église, mais qui font aussi partie du patrimoine des grandes traditions juridiques de l'humanité.

Le rôle de la loi civile est certainement différent de celui de la loi morale et de portée plus limitée. C'est pourquoi « en aucun domaine de la vie, la loi civile ne peut se substituer à la conscience, ni dicter des normes sur ce qui échappe à sa compétence »  qui consiste à assurer le bien commun des personnes, par la reconnaissance et la défense de leurs droits fondamentaux, la promotion de la paix et de la moralité publique. En effet, le rôle de la loi civile consiste à garantir une convivialité en société bien ordonnée, dans la vraie justice, afin que tous « nous puissions mener une vie calme et paisible en toute piété et dignité » (1 Tm 2, 2). C'est précisément pourquoi la loi civile doit assurer à tous les membres de la société le respect de certains droits fondamentaux, qui appartiennent originellement à la personne et que n'importe quelle loi positive doit reconnaître et garantir. "




Inauguration de la statue de Jean-Paul II par Monsieur le Sénateur Gérard COLLOMB




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jeudi 13 octobre 2011

Le respect de la personne humaine oblige à la cohérence


Le respect de la personne : un principe universel qui a ses exigences propres dans tous les domaines auxquels les politiques sont confrontés et qui oblige à une réelle cohérence.
 
Communication au colloque « Chrétiens : de l’audace pour la politique ».
23 octobre 2008 | Mgr Giampaolo Crepaldi*

LA SOCIETE et l'État ont besoin de conditions qu'ils ne savent ni ne peuvent produire eux-mêmes. Et je ne me réfère pas seulement ici aux conditions normatives dont parlait Ernst Wolfgang Böckenförde, mais à une condition, encore plus originelle et fondamentale: la charité fraternelle. Sans la charité fraternelle, il est même impossible de voir dans sa totalité la dignité de la personne humaine ainsi que l'appel que lancent les personnes faibles et fragiles.       



                                                                                   (http://bit.ly/roPoLl)


Sans la charité, la justice ne dure pas

    Bien sûr, il y a la justice, qui consiste à donner à chacun ce qui lui revient. Elle ressort de la raison publique et ce sont les institutions administratives et politiques qui en sont responsables. Mais est-il vraiment possible, sans la charité, de voir pleinement en quoi consiste ce "qui revient à chacun"? Est-il vraiment possible de voir, dans l'autre – et plus spécialement dans le pauvre – non pas un fardeau, mais une ressource, comme le souhaite l'encyclique Sollicitudo rei socialis de Jean-Paul II ?

    À partir de quoi naît la dignité de la personne? Certes elle naît de ce que l'on voit son travail rémunéré et que l'on est traité selon la justice, ce qui permet de se rendre compte que l'on compte pour quelque chose, que l'on est respecté. Mais la perception de la dignité personnelle naît surtout du fait d'être aimé, c'est-à-dire d'obtenir quelque chose de plus que ce qui est dû, quelque chose en plus de la justice. C'est ce que nous ne méritons pas qui nous fait percevoir pleinement notre valeur, le fait d'être aimé gratuitement, de pouvoir bénéficier de quelque chose d'inespéré. Voilà justement ce que le christianisme a inséré dans l'histoire. Se sentir aimés de Dieu a permis aux hommes de comprendre la dignité qui est la leur, une dignité qui exige la justice mais aussi la charité ; aussi, à leur tour, ils sont encouragés à apporter la justice à travers la charité.

    Je crois qu'il est possible d'être juste même en l'absence de charité. Toutefois, celle-ci serait fragile et exposée aux intempéries. Sans la charité, en quelque sorte la justice est incomplète, on ne peut pas la connaître en totalité. Cela est dû au fait que l'homme connaît à travers la raison, mais aussi avec le cœur. Les pauvres ne sont vus que par ceux qui veulent les voir, qui les cherchent. La pauvreté n'existe pas, pour ceux dont le cœur est fermé, pour ceux qui ne veulent pas la voir. Sans la charité, la justice ne dure pas longtemps, elle devient froide et bureaucratique. Benoît XVI affirme que la charité est nécessaire même dans une société où la justice est appliquée totalement.

    En effet, la justice donne à chacun ce qui lui est dû, mais nous ne nous contentons pas de recevoir ce qui nous revient. Tous nous essayons d'avoir plus que ce qui nous est dû, ce qui nous est donné avec amour, car c'est de cette vocation – la vocation d'être aimés – que nous avons reçu notre dignité. Nous voulons davantage, en vertu non pas de l'injustice, mais de la "sur-justice". S'il n'y avait que la justice, il n'y aurait pas d'amour; mais sommes-nous certains que, sans l'amour, il n'y aurait pas de justice ?

Dans la République de Platon, selon Trasimaco, "personne n'est juste volontairement", mais seulement parce qu'il y est contraint. L'amour ne vient pas après la justice. Sans le regard profond de l'amour, la justice ne serait même pas justice. "Je n'aime pas votre justice froide et je vois toujours pointer dans les yeux de vos juges le regard du bourreau armé de sa hache impitoyable". Sans vouloir arriver jusqu'à ces images terrifiantes (cf. Ainsi parlait Zarathoustra), il faut bien reconnaître que, sans l'amour, la justice est souvent aveugle.

La dignité humaine dans son intégralité

    Notre société a un grand besoin de cette amitié civique, de cette citoyenneté solidaire, que le christianisme contribue à alimenter par son message de fraternité. Les élans humains vers la justice dégénèrent eux aussi s'ils ne sont pas rachetés par une charité supérieure. Ils dégénèrent surtout du fait que, sans la charité, il devient difficile de comprendre la dignité de la personne dans son intégralité : la dignité de tout l'homme et de tous les hommes.

     Il arrive ainsi que l'on fasse la distinction entre "droit" et "droit", que l'on se concentre de façon très précise dans certains secteurs et que l'on en néglige complètement d'autres, que l'on ne s'aperçoive pas des nouvelles fragilités : les enfants qui sont bombardés par des messages négatifs dès leur plus jeune âge ou qui subissent des violences à la suite de la désagrégation de leurs familles, le manque de confiance et d'espérance qu'un grand nombre mûrissent au sein d'une société souvent impitoyable. Sans parler des plus faibles parmi les faibles, de ceux qui s'apprêtent à commencer leur vie mais à qui l'on empêche de naître, de ceux qui sont proches de leur fin et qui y sont poussés. Il est certain que notre raison nous dit que l'embryon est vie humaine, tout comme la personne âgée en phase terminale. Mais cette raison ne suffit pas, du moins semble-t-il.

L’âme des rapports fraternels

    La société européenne ne peut pas se passer de cette âme fraternelle, suscitée par le christianisme. La dignité de la personne humaine n'est pas seulement un concept. Certes, elle est en rapport avec la vérité et la raison, mais elle naît plus exactement d'une attention désintéressée et elle exige donc d'être réalisée à travers des rapports fraternels. "Des rapports fraternels" : cette expression peut sembler bien peu adaptée à l'économie et à la politique. Et, en fait, elle doit être utilisée de façon adéquate. L'âme des rapports fraternels réside dans la religion et dans l'éthique, mais elle doit aussi être structurée et rendue publique.

    Cela est possible s'il ne s'agit pas d'une simple exigence morale ou moraliste, mais d'une exigence éthique, qui trouve un écho dans les besoins réels de nos sociétés avancées. Les sociétés développées, comme c'est le cas de la société européenne, qui ont depuis longtemps abandonné le fordisme et la verticalité de l'État, ont devant elles une grande occasion pour développer des rapports fraternels de réciprocité, et ce de manière structurée, en-dehors de la logique restreinte du marché et de l'État.

    Les difficultés dans lesquelles se trouvent les États pour fonctionner encore en tant que centres de programmation et d'orientation politique de la redistribution et des politiques de welfare ne sont pas utilisées de manière positive pour diffuser dans la société civile des formes nouvelles de mutualité, d'accueil et de gratuité, selon le principe non seulement de subsidiarité mais aussi et surtout de réciprocité, c'est-à-dire au-delà de la logique de ce qui se fait par obligation ou parce que contraints par les coûts ou par la loi. Les faiblesses du marché, en commençant par la soi-disant précarité, ne peuvent être surmontées aujourd'hui que de façon limitée par le marché lui-même ; et pourtant, le marché a besoin de conditions, qu'il est dans l'incapacité de créer, tout comme l'État.

    Il a besoin d'éthique, et il ne sait pas la créer ; il a besoin de confiance et de réciprocité, et il ne sait pas les engendrer ; il a besoin de charité fraternelle et il ne sait pas la créer. Et cela se produit justement au moment où les institutions politiques ont cessé de les produire.

    Qu'en est-il alors de la dignité de la personne ? Les mots de Jean-Paul II dans Centesimus annus(1991) semblent prophétiques : L'homme se trouve écrasé entre le marché et l'État, mais ce n'est ni l'économie ni la politique qui révèlent sa vraie dignité. À une certaine période, on pensait que le marché produisait la richesse et que l'État devait la distribuer. C'est différent aujourd'hui. La fraternité, qui représente le proprium du chrétien, a la possibilité, de nos jours, d'être déclinée dans des formes économiques et des réseaux de solidarité qui ne se reconnaissent plus dans l'ancienne opposition entre l'État et le marché. La dignité de la personne peut devenir non pas un fardeau à supporter, mais une ressource à utiliser.

Une ressource à utiliser

    Hélas, dans une grande mesure, ni le marché ni la politique ne l'ont compris, et tous deux agissent souvent en érodant ces conditions dont ils ont besoin, et en affectant la dignité de la personne.

    La révision des systèmes européens de welfare sans l'instauration de nouveaux réseaux de réciprocité ne venant pas s'ajouter de l'extérieur au marché, mais le traversant ; l'érosion de la famille, qui est la première agence sociale à produire la réciprocité et l'accueil ; la non-perception de l'urgence éducative, soulignée à plusieurs reprises par Benoît XVI, avec ses nombreuses répercussions négatives également dans les secteurs économiques et productifs, et qui "effiloche" notre tissu social en érodant l'écologie humaine, qui est un véritable capital social ; le peu de souci pour le maintien global du système moral de nos sociétés, souvent affaibli par l'individualisme et l'hédonisme, en ayant à l'esprit que l'on vit dans des compartiments étanches et que l'éthique économique ou celle de la finance sont indépendantes des autres secteurs de la vie morale de la personne ; tous sont des signaux négatifs qui, toutefois, et c'est là le problème, ont aussi de graves coûts économiques et politiques.

    C'est la loi de la cohérence par rapport à la dignité de la personne. Les blessures infligées à cette dignité ne peuvent pas ne pas avoir de conséquences mesurables quant à la quantité également. L'homme est une unité, parce que la vie est une synthèse. Cela vaut aussi pour les sociétés. Si la dignité de la personne n'est pas respectée chez les plus petits, en fin de compte elle ne sera pas respectée non plus chez les autres. Si les droits humains ne sont pas respectés dès la naissance, comment peuvent-ils l'être ensuite ? Soit tout se tient, soit tout s'écroule.

    La lassitude de certaines sociétés européennes se traduit par la dénatalité et l'appauvrissement générationnel. Comment l'individualisme par rapport à la vie ou aux liens familiaux peut-il se traduire dans une socialité accentuée dans le milieu du travail ? La dignité de la personne humaine nous rappelle ce tableau unitaire et cohérent. Et c'est surtout la dignité des plus petits et des plus faibles qui nous le rappelle. Une société qui ne les respecte pas n'a pas de futur, et elle cause des dommages à elle-même avant qu'à ceux-ci ; elle se montre fragile et craintive, sans imagination et sans ressources quant aux projets, sans confiance et déchirée intérieurement. C'est souvent l'impression que l'on a de la société européenne.

    À moins qu'elle ne redécouvre la cohérence qui émane de la dignité de la personne humaine. Si la société européenne le lui permet encore, le christianisme peut apporter une aide importante dans ce sens.


* Mgr Crepaldi est secrétaire du Conseil pontifical "Justice et Paix". Communication au colloque du Cercle Lamartine
  « Chrétiens : de l’audace pour la politique », collège des Bernardins, 10 octobre 2008.

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