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mardi 19 janvier 2016

"Sur la dignité humaine " par Henri Hude




 (source: Blog de Henri Hude)



On entend souvent parler de dignité humaine, mais à tort et à travers et sans trop savoir ce que c’est… Ce qui suit peut aider à clarifier les idées sur ce sujet.

C’est un premier extrait d’une conférence que j’ai prononcée à Rome, le 5 novembre 2015, au Congrès pour le 50ème anniversaire de la publication de la constitution Gaudium et spes, de Vatican II. Ce congrès était organisé par le Conseil pontifical Justice et Paix. Le sujet de cette conférence était : rapport entre la dignité humaine et la loi naturelle selon Gaudium et spes et son actualité.


Tradition des peuples. Ancienne conception du rapport entre dignité humaine et loi naturelle


Nous avons la chance d’être ici à Rome, où ont commencé la carrière et la fortune de la « dignitas ». Le mot latin « dignitas » est d’abord un nom concret. Son pluriel « dignitates » désigne d’abord les détenteurs du pouvoir politique, puis leurs fonctions. Le singulier « dignitas » désigne tel caractère de ces« dignités ».

Quel est ici le rapport entre la dignité et la loi ? C’est le rapport entre le pouvoir souverain, législatif, et la législation établie par ce pouvoir. Bien sûr, il ne s’agit encore que de loi civile et de dignité politique.

Une autorité, une dignitas, est ce qui impose le respect, par suite, l’obéissance. Inversement, l’objet du respect, c’est toute dignité entendue comme autorité : par exemple, le paterfamilias, chef de famille et maître du dominium, le peuple romain dans sa République, ou le citoyen romain.

Dans ce contexte, le terme grec d’autonomie (autonomia) désigne d’abord l’indépendance d’une cité, qui se gouverne d’après ses propres lois.

La dignité s’attache donc premièrement à la puissance et à l’autorité, deuxièmement à la liberté – la liberté politique de ceux qui sont des maîtres.

Cette dignité, principalement politique, a pour cela une dimension esthétique, car l’être de l’autorité n’est pas sans sa projection, qui exige son apparaître, par lequel elle en impose. Cet apparaître essentiel est la dignitas de l’autorité. La dignitas est une expression de la puissance et de la justice du pouvoir. Les Romains appellent ‘decor’ l’expression de la puissance, plus physique, et ‘decus’ l’expression de la justice, plus morale. De decus vient ‘décence’. Tous ces termes ont même racine « dec ». Dignus, digne,vient de la forme archaïque dec-nus [1]. Nous exprimons notre reconnaissance de la dignité par le respect et l’obéissance, mais aussi par l’honneur rendu – honor/honos, d’où viennent ‘honnête’ et ‘honnêteté’.

La vieille dignitas romaine n’est donc pas que politique, ou esthétique. Elle a aussi une dimension morale. Le Droit lui-même déclare : non omne quod licet honestum est. L’honnêteté des mœurs ne permet pas de faire tout ce que permettent les lois, mais seulement quod decet, ce qui est décent, digne.

Le bon citoyen, honnête homme, reconnaît une norme supérieure de décence, de dignité (G.S., n°16-1), même quand la loi civile lui laisse toute latitude. Cette norme de décence préserve la dignité de ceux qui lui obéissent [2].

Voici donc la structure de la dignité dans la tradition romaine : la loi intérieure et supérieure constitue la dignité de l’autorité, d’où vient la dignité de la loi humaine.

Cette loi intérieure et supérieure est un fait indubitable, et un fait pur. Elle conduit à découvrir ladimension métaphysique de la dignité humaine. Les Anciens vont en effet interpréter ce fait de deux manières :

Soit ils vont s’arrêter aux lois elles-mêmes. C’est ce que fait l’Antigone de Sophocle. « Il y a les lois éternelles », « non faites de main d’homme » (cf. G.S., n°16-1 [3]), comme des absolus que vise l’esprit, telles les idées platoniciennes.

Soit ils vont dépasser « les lois » vers leur fondement. Ayant quelque chose d’absolu, elles sont forcément enracinées dans l’Absolu, ou dans quelque chose qui en provient et qui est au-delà de la volonté de l’individu ou des consensus empiriques. Ce « quelque chose » est appelé la « nature ». Dans saRhétorique, Aristote parle ainsi de la loi commune à tous les hommes et qui existe conformément à la nature [4]. Quant à l’Absolu lui-même, les Stoïciens le nomment parfois Nature, parfois Dieu et parfois Raison. La loi première a ainsi plusieurs noms : loi commune, loi universelle, loi divine, loi de Raison, ou encore loi naturelle [5].

Ceci n’est pas simplement gréco-romain. Par exemple, le plus fameux des classiques chinois, le Tchoung young, le Livre de l’invariable milieu, compilé par le petit-fils de Confucius, commence ainsi : « La loi que le Ciel a mise dans le cœur de l’homme s’appelle la loi naturelle. L’observation de la loi naturelle s’appelle la voie [6]. »

Intellectuellement, les Anciens restent à mi-chemin entre le monothéisme et une version rationaliste de la religion de la Nature. Mais, affectivement, il y a déjà un Seigneur de la Nature (cf. G.S., n°10-2). Ainsi donc, les Stoïciens ont enrichi la vieille structure romaine : de la dignité ou souveraineté suprême de Dieu, et de sa loi éternelle qui est lui-même, provient la loi naturelle, d’où provient à son tour la dignité de l’autorité humaine et la dignité de la loi positive. La pensée de saint Thomas sur la loi éternelle [7] et la loi naturelle ne se distingue de celle des Stoïciens, telle que nous la présentons, que par une conception nette de la transcendance divine.

Parce que cette loi première est sage, son Fondement absolu devient aux yeux de l’homme un mystère de dignité infinie. A partir de cette loi qui régit l’ordre universel et tout le genre humain, l’homme se découvre pareil à un homme d’Etat dans l’empire de l’univers ou la république universelle, pour employer les termes de saint Augustin [8]. Sous cette loi universelle, qui assure le bien commun universel (cf. G.S., n°3), l’homme dispose d’un pouvoir exécutif et judiciaire, et même d’un pouvoir législatif second. Ce pouvoir est le libre-arbitre même.

La dignité de l’homme est d’abord l’éclat de cette autorité légitime, qu’est sa liberté fondée dans la loi naturelle.

Elle est ensuite la noblesse de la liberté dont jouit cette autorité dans sa sphère de compétence, à commencer par l’intimité de sa conscience.

La dignité de l’homme vient enfin, directement, de sa vive ressemblance avec le Souverain de l’univers. Cléanthe écrivait : « O (…) souverain de la nature (…), qui soumets tout à une loi, (…) nous naquîmes de toi, nous sommes de toi une fidèle image [9]. »

La conscience (G.S., n°16) révèle à l’homme dans sa conscience son humanité. L’homme, faisant retour sur lui-même, se découvre ouvert à l’ordre universel des êtres et visant le Principe premier de cet ordre [10]. La responsabilité caractérise son action. Il découvre ainsi sa différence d’avec les choses et sa ressemblance avec Dieu. Le mot de « personne » dit déjà cette différence et cette ressemblance. Le Droit, et donc toute société libre, reposent sur cette distinction – fondamentale – entre les personnes et les choses (cf. G.S., n°26-2). La dignité est ici le droit naturel à une participation au respect que l’on doit à Dieu et à sa Loi. Et la personne commande le respect, en vertu de son haut degré de participation à Dieu. Cette dignité ontologique d’abord, morale et politique ensuite, est la dignité humaine.






[1] « A dignus, écrivent les grands étymologistes Ernoult et Meillet, se rattachent deux substantifs : decus,decor. Decus signifie ‘bienséance, décence, dignité’ ; d’où ‘honneur’ et ‘beauté’, la beauté physique s’accompagnant de la dignité morale. Mais ce dernier sens est plutôt réservé à decor. Isidore de Séville précise que ‘decus fait référence à l’âme [ou l’esprit], decor à la forme du corps’. À rapprocher de honos, qui sera remplacé par honor, honneur décerné à quelqu’un, dieu, homme, voire un mort (le sentiment de l’honneur se disant plutôt honestum). Honos traduit le grec doxa, « opinion, réputation, gloire ». A. Ernoult et A. Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine, 4e éd., Paris, Klincksieck, 1959 (decetet honos).


[2] Il est décent de reconnaître des lois communes à tous les peuples. Le droit romain, et Gaudium et spes, les appellent le « droit des gens » (n°79-2). Ce droit fait du genre humain une communauté pré-politique et suprapolitique, dotée d’un bien commun universel (n°68-2, 84-2), qui est le respect des personnes partout sur la terre et la décence des rapports entre peuples.


[3] « Une loi qu’il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. » (n°16-1).


[4] Aristote, Rhétorique, ch.13 et 15 : « (…) la définition du juste et de l'injuste se rapporte à deux sortes de lois (…) la loi particulière et la loi commune. La loi particulière est celle que chaque collection d'hommes déterminée (…). La loi commune est celle qui existe conformément à la nature. En effet, il y a un juste et un injuste, communs de par la nature, que tout le monde reconnaît par une espèce de divination, lors même qu'il n'y a aucune communication, ni convention mutuelle. C'est ainsi que l'on voit l’Antigone de Sophocle (deuxième épisode) déclarer qu'il est juste d'ensevelir Polynice, dont l'inhumation a été interdite, alléguant que cette inhumation est juste, comme étant conforme à la nature. Ce devoir ne date pas d'aujourd'hui ni d'hier, mais il est en vigueur de toute éternité, et personne ne sait d'où il vient. »


[5] Cléanthe le Stoïcien écrit dans son Hymne à Zeus : « O Zeus, (…) souverain de la nature, (…) qui gouvernes tout, qui soumets tout à une loi ! (…) attire l’âme de l’homme jusqu’à cette raison éternelle, qui te sert de guide et d’appui dans le gouvernement du monde (…) car (…) il n’y a rien de plus grand que de célébrer dans la justice la raison sublime qui préside à la nature. »


[6] Traduction française par Séraphin Couvreur (1835-1919).


[7] Saint Thomas d’Aquin, Somme de théologie, Ia-IIae, Q.93, notamment art.3.


[8] Saint Augustin, De Trinitate, L.III, ch.4.


[9] Cléanthe, Op.cit.


[10] « Roi des éclairs et du tonnerre,
Sauve les hommes du péril et que ta bonté les éclaire,
Que le jour se fasse en leur âme, et que resplendisse à leurs yeux
Ta loi, cette immuable loi, raison des mortels et des dieux.
Père, (…) cette chaîne d’or qui relie ensemble la terre et le ciel,

Dieu souverain, c’est ta justice, — elle est pour tous l’ordre éternel. » Op.cit.


Intervention d'Henri Hude : "La loi naturelle et le bien commun, quelle citoyenneté ?"



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"Sur la dignité humaine " par Henri Hude   [*]
"Après les attentats islamistes du 13 novembre 2015 à Paris" par Henry Hude [*]
"Les conditions culturelles et spirituelles de la paix" par Henri Hude            [*]
"Les religions, la guerre et la paix" par Henri Hude    [*]
"La théorie postmoderne de la justice. La machine à broyer toute identité"
                                                                                                   par Henry Hude [*]
La morale laïque, une nouvelle religion pour la République ?                     [*]

                                            (Observatoire Sociopolitique du diocèse de Fréjus-Toulon)

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"Sur la dignité humaine " par Henri Hude   [*]
Attentas du 13 Novembre 2015 ...
Lire ensemble le Notre père et la Fatiha ! 
            (Culture d'Islam avec Abdennour Bidar et Chawkat Moucarry)
«Ce n'est pas l' Islam...» ? - Rémi Brague,  André Malraux, Paul anel"#JeSuisCharlie : En état de choc, on fait n’importe quoi
par Guillaume de Prémare (...et autres assais)
Attentats:  Unité de la France ,unité de l'Islam  et civilisation ?
"Les prophéties de Bernanos" ( Clément Borgal ) - Impasse de la Liberté
Réaction du Cardinal Mamberti sur le jugement de la Cour européenne
 à propos de la Liberté de conscience et religieuse (@news_va_fr 2013)
Le Gender ou "L'idéologie libertaire à l'assaut de nos libertés fondamentales"  par François-Xavier BELLAMY
"Jeunesse Lumière à 30 ans" JL30 avec le Père Daniel Ange 

La France est-elle encore la « fille aînée de l’Eglise » ? Par le cardinal Philippe Barbarin
Spiritualité conjugale selon Jean Paul II - 1/2 - "Le rêve de Dieu par Yves Semens"
Spiritualité conjugale selon Jean Paul II - 2/2 - "Une spiritualité conjugale"
Lettre de Mgr Aillet (MANIFPOURTOUS , Bioéthique , Gender , Euthanasie Morale Laïcque...)
Homélie de Mgr Marc Aillet à Notre Dame de Chartres (clôture du pèlerinage)
Dominique Humbrecht : " À défaut d'avoir précédé, nous (L'Église de France) 
pouvons encore suivre. Nous sommes acculés à l'exemplarité culturelle."
Veilleurs: "Cathos et rebelles" ( via Le Figaro 18 Avril 2014)
"Les Veilleurs" (20 Avril 2013)
Proclamation de St Thomas More comme patron des responsables 
de gouvernement et des hommes politiques
Loi naturelle et loi civile: 1-"un mariage de raison"
"1984" de George Orwell avec Raphaël Enthoven dans"Le Gai Savoir
Halte au narcissisme du corps avec Adèle van Reeth
Les nouvelles technologies vont-elles réinventer l' homme ?
"Le droit canonique est un droit de guérison"(L'Eglise : une institution juridique ? )
La liberté religieuse en cause en Europe
La voix éloquente et claire de la Conscience
Conscience morale: "Les chrétiens au risque de l'abstention ? "
La liberté de conscience et religieuse menacée aux États-Unis


Cardinal André XXIII - Extrait " Vision actuelle sur la Laïcité (KTO) "
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie I)
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie II)
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie III)
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie IV)

La laïcité à la française " une analyse de Mgr Jean-Louis Bruguès
La voix éloquente et claire de la Conscience
"La révolte des masses" - d' Ortega Y Gasset
Quand l' Eglise interpelle les consciences....pour 2012
Adieu Benoît XVI - Livre d' Or (ici)
Spiritualité conjugale selon Jean Paul II - 1/2 - Le rêve de Dieu par Yves Semens
Démocratie "entre" Loi civil et loi morale - Extrait de l' Evangile de la Vie (Evangelium vitae)
Inauguration de la statue de Jean-Paul II par Monsieur le Sénateur Gérard COLLOMB
Dans les combats, "Mes Armes" - faisons les nôtres ... (Ste Thérèse de l' enfant Jésus)
"DIVINI ILLIUS MAGISTRI" LETTRE ENCYCLIQUE DE SA SAINTETÉ
LE PAPE PIE XI SUR L'ÉDUCATION CHRÉTIENNE DE LA JEUNESSE
La morale laïque, une nouvelle religion pour la République ?
(Observatoire Sociopolitique du diocèse de Fréjus-Toulon)
"Notre République" par Charles Vaugirard
La Laïcité, 4éme devise de la République pour Mr Olivier Falorni !!!!
"Tomber la culotte" ET "morale laïque" de Vincent Peillon à l' école 
Chiara Petrillo: "OUI à la VIE"
L' état doit il avoir une éthique ? La loi est elle pédagogique et donc
oriente elle vers le bien ?
Démocratie "entre" Loi civil et loi morale
Extrait de l' Evangile de la Vie (Evangelium vitae)
Chronique libre: "De l'ordre moral à l'ordre infernal"
Conscience morale: "Les chrétiens au risque de l'abstention ? "
La liberté de conscience et religieuse menacée aux États-Unis



vendredi 30 janvier 2015

Grégor Puppinck: "Droit à l'enfant" convergence entre les droits de l'homme & les biotechnologies







Voir l'extrait concernant l'Adoption: ici
Voir l'extrait concernant la PMA: ici
Voir l'extrait concernant la GPA: ici
Voir l'extrait concernant l'approche de la CEDH: ici
Voir l'extrait concernant le "principe" du droit s'effaçant de le "droit pratique": ici

 "seule existe l'exception...le principe étant mesuré par l'adhésion sociale... c'est dans l'adhésion sociale que le "peuple" (opinion publique) verra une réalité dans le principe.. réalité évolutive alors que l'exception est le lieu de la mise en oeuvre concrète du droit.. pour la CEDH, c'est cette "réalité" qui va primée sur le principe " 

Voir l'extrait concernant la divergence en "Droits de l'Homme" et Magistère : ici
Voir l'extrait concernant l' origine,la recherche et l'évolution de la Convention des droits de l'Homme : ici


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Fil d'actualité de Gregor Puppinck: ICI

. Grégor Puppinck: "Droit à l'enfant"   

          convergence entre les droits de l'homme & les biotechnologies 
. Grégor Puppinck : "GPA : derrière les droits de l’homme, l’exploitation"
"Les infanticides néonataux en Europe doivent être condamnés" Gregor Puppinck
Conférence de Gregor PUPPINCK sur l'avortement et le statut
de l'embryon pour la CEDH
Contrat d'Union Civil ? - "Europe: la famille diluée dans les 
droits de l’homme"
. ONU : Grégor Puppinck dénonce les atteintes à la liberté des 
consciences et de religion en Europe
Mariage pour tous: Adoption puis PMA et GPA , l'effet domino
La Cour européenne des Droits de l’homme impose l’adoption
homosexuelle
. PMA : la France a déjà voté...
MariageGay - "Il n'existe pas de droit à l'adoption"
. DPI - Le Diagnostic préimplantatoire fait débat (31 Aout 2012)

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Grégor Puppinck: "Droit à l'enfant"   
          convergence entre les droits de l'homme & les biotechnologies 
Le Conseil d'Etat valide la Circulaire Taubira ! (12 Dec 2014)
«Pourquoi il nous faut dire non à la marchandisation des gestations»
                                (Sylviane Agacinski, philosophe) par Jean-Yves Nau
Filiation : vers des "PMA de convenance" ? (Aude Mirkovic)
"La Gestation pour autrui au regard du mariage entre personnes de même sexe "
                                   (ACADÉMIE NATIONALE DE MÉDECINE)
Mariagegay - SAISINE DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
J’ai 15 ans, monsieur Hollande, et vous m’avez trahie !
L'homoparenté contre l'égalité
                      et environnementale ? CESE 
       ... rien ne bouge, pas une virgule." ! via Koztoujours
                      (LaManifPourTous)
                           mariage et l’adoption par les couples homosexuels
Contre le “mariage” gay : 3 étapes
Discours de Tugdual Derville à la défense le 23 Octobre
Adoption homo : qui a peur du débat ?





mercredi 27 mars 2013

La Laïcité, 4éme devise de la République pour Mr Olivier Falorni !!!!




source: Assemblée Nationale

Mr Falorni, soit un mouvement est illégale, soit il ne l' est pas, jusqu'ou irez vous mettre le curseur
des associations correspondants à votre vision partisane de la laïcité.
Sûr que ce n' est pas "Civitas" seul qui en fera les frais
Non la "Laïcité" n'est pas une devise de la république au même titre que:
" Liberté, Egalité, Fraternité " 


Liberté de Conscience et morale laïque:

La Laïcité, 4éme devise de la République pour Mr Olivier Falorni !!!!
Lettre de Mgr Aillet (MANIFPOURTOUS , Bioéthique , Gender , Euthanasie Morale Laïcque...)
"Tomber la culotte" ET "morale laïque" de Vincent Peillon à l' école 
                    oriente elle vers le bien ?
                    Extrait de l' Evangile de la Vie (Evangelium vitae)
Loi naturelle et loi civile: 1-"un mariage de raison"

"Laïcité de l'Etat, laïcité de la société ?" - Conférence du Cardinal Ricard  

Cardinal André XXIII - Extrait " Vision actuelle sur la Laïcité (KTO) "

( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie I)
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie II)
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie III)
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie IV)



jeudi 31 janvier 2013

L' état doit il avoir une éthique ? La loi est elle pédagogique et donc oriente elle vers le bien ?

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Proposition de réflexion à partir du projet Suisse de dépénalisation de l' inceste
entre adultes consentants. (déja le cas en France)

-  La loi a  t elle une fonction pédagogique et d' orientation vers le bien ?

- ou doit elle avoir une "éthique minimaliste de régulation entres les citoyens , c'est
              à dire un principe selon lequel il y aurait plusieurs notions du biens
              potentiellement conflictuelles entre elles ?"



voir aussi:

L' état doit il avoir une éthique ? La loi est elle pédagogique et donc
                    oriente elle vers le bien ?
- Démocratie "entre" Loi civil et loi morale 
                    Extrait de l' Evangile de la Vie (Evangelium vitae)
- Loi naturelle et loi civile: 1-"un mariage de raison"
La voix éloquente et claire de la Conscience
- Chronique libre: "De l'ordre moral à l'ordre infernal"

"Laïcité de l'Etat, laïcité de la société ?" - Conférence du Cardinal Ricard  
- Conscience morale: "Les chrétiens au risque de l'abstention ? "  

- Cardinal André XXIII - Extrait " Vision actuelle sur la Laïcité (KTO) "

( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie I)
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie II)
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie III)
( Quelle société voulons nous ? (Cardinal André XXIII ) - Partie IV)

- "La révolte des masses" - d' Ortega Y Gasset



dimanche 27 janvier 2013

Démocratie "entre" Loi civil et loi morale - Extrait de l' Evangile de la Vie (Evangelium vitae)

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Extrait de l' Evangile de la Vie (Evangelium vitae)



" En réalité, la démocratie ne peut être élevée au rang d'un mythe, au point de devenir un substitut de la moralité ou d'être la panacée de l'immoralité. Fondamentalement, elle est un « système » et, comme tel, un instrument et non pas une fin. Son caractère « moral » n'est pas automatique, mais dépend de la conformité à la loi morale, à laquelle la démocratie doit être soumise comme tout comportement humain: il dépend donc de la moralité des fins poursuivies et des moyens utilisés. Si l'on observe aujourd'hui un consensus presque universel sur la valeur de la démocratie, il faut considérer cela comme un « signe des temps » positif, ainsi que le Magistère de l'Eglise l'a plusieurs fois souligné. Mais la valeur de la démocratie se maintient ou disparaît en fonction des valeurs qu'elle incarne et promeut: sont certainement fondamentaux et indispensables la dignité de toute personne humaine, le respect de ses droits intangibles et inaliénables, ainsi que la reconnaissance du « bien commun » comme fin et comme critère régulateur de la vie politique.

Le fondement de ces valeurs ne peut se trouver dans des « majorités » d'opinion provisoires et fluctuantes, mais seulement dans la reconnaissance d'une loi morale objective qui, en tant que « loi naturelle » inscrite dans le cœur de l'homme, est une référence normative pour la loi civile elle même. Lorsque, à cause d'un tragique obscurcissement de la conscience collective, le scepticisme en viendrait à mettre en doute jusqu'aux principes fondamentaux de la loi morale, c'est le système démocratique qui serait ébranlé dans ses fondements, réduit à un simple mécanisme de régulation empirique d'intérêts divers et opposés.

 Certains pourraient penser que, faute de mieux, son rôle aussi devrait être apprécié en fonction de son utilité pour la paix sociale. Tout en reconnaissant quelque vérité dans cette opinion, il est difficile de ne pas voir que, sans un ancrage moral objectif, la démocratie elle-même ne peut pas assurer une paix stable, d'autant plus qu'une paix non fondée sur les valeurs de la dignité de tout homme et de la solidarité entre tous les hommes reste souvent illusoire. Même dans les régimes de participation, en effet, la régulation des intérêts se produit fréquemment au bénéfice des plus forts, car ils sont les plus capables d'agir non seulement sur les leviers du pouvoir mais encore sur la formation du consensus. Dans une telle situation, la démocratie devient aisément un mot creux.

Pour l'avenir de la société et pour le développement d'une saine démocratie, il est donc urgent de redécouvrir l'existence de valeurs humaines et morales essentielles et originelles, qui découlent de la vérité même de l'être humain et qui expriment et protègent la dignité de la personne: ce sont donc des valeurs qu'aucune personne, aucune majorité ni aucun Etat ne pourront jamais créer, modifier ou abolir, mais que l'on est tenu de reconnaître, respecter et promouvoir.

Dans ce contexte, il faut reprendre les éléments fondamentaux de la conception des rapports entre la loi civile et la loi morale, tels qu'ils sont proposés par l'Église, mais qui font aussi partie du patrimoine des grandes traditions juridiques de l'humanité.

Le rôle de la loi civile est certainement différent de celui de la loi morale et de portée plus limitée. C'est pourquoi « en aucun domaine de la vie, la loi civile ne peut se substituer à la conscience, ni dicter des normes sur ce qui échappe à sa compétence »  qui consiste à assurer le bien commun des personnes, par la reconnaissance et la défense de leurs droits fondamentaux, la promotion de la paix et de la moralité publique. En effet, le rôle de la loi civile consiste à garantir une convivialité en société bien ordonnée, dans la vraie justice, afin que tous « nous puissions mener une vie calme et paisible en toute piété et dignité » (1 Tm 2, 2). C'est précisément pourquoi la loi civile doit assurer à tous les membres de la société le respect de certains droits fondamentaux, qui appartiennent originellement à la personne et que n'importe quelle loi positive doit reconnaître et garantir. "




Inauguration de la statue de Jean-Paul II par Monsieur le Sénateur Gérard COLLOMB




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dimanche 4 novembre 2012

"Laïcité de l'Etat, laïcité de la société ?" - Conférence du Cardinal Ricard

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ROME, vendredi 28 septembre 2012  
 Dans le cadre de la visite ad limina des évêques français, le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, a prononcé une conférence intitulée « Laïcité de l’Etat, laïcité de la société ? », au Centre Saint-Louis de Rome, hier, jeudi 27 septembre 2012. Il analyse l’histoire et l’évolution du concept de « laïcité », qui glisse peu à peu d’une « laïcité de l’Etat » à une « laïcité de la société » : pour le cardinal, c’est un glissement « indu » car « l’expression publique et sociale de sa foi fait partie du droit de chaque croyant ». Cette expression « doit être possible dans toute société, car une société démocratique est une société plurielle, où, dans le respect de l’ordre établi, toutes ces expressions publiques des religions doivent pouvoir se manifester », estime-t-il.


A écouter: « La laïcité est une chance pour un état pluraliste »


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Eminences, Excellences,
Monsieur l’Ambassadeur,
Chers Pères,
Mesdames, Messieurs,
                Le mot de laïcité si utilisé aujourd’hui en France a un sens d’une grande plasticité. La laïcité est souvent invoquée pour justifier des combats ou des refus extrêmement divers. La Revue de Presse de la Conférence épiscopale française cite régulièrement des articles de quotidiens et d’hebdomadaires dans lesquels nous trouvons des prises de position en faveur d’une défense de la laïcité. Ce qui me frappe dans ces prises de parole, c’est le glissement qui s’opère depuis une dizaine d’années, au moins dans certains secteurs de l’opinion, d’une laïcité de l’Etat à une laïcité de la société. Je dis tout de suite ma propre position et ce sera le contenu de mon intervention : ce glissement me paraît indu. C’est l’Etat qui est laïc, ce n’est pas la société. Celle-ci est plurielle.
                I – LA LAÏCITE DE L’ETAT
1)            La laïcité selon la République
                Vous savez que nous ne trouvons pas de terme de laïcité dans la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat de 1905. Mais nous trouvons l’adjectif laïc comme un qualificatif donné à la République française dans la Constitution de 1958. A l’article 2, il est dit : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. ». La laïcité de la République désigne la neutralité de l’Etat et son indépendance vis-à-vis des fois religieuses et des convictions philosophiques. Laïc, l’Etat n’est inféodé à aucune religion, ce qui ne veut pas dire qu’il n’a pas de relation avec elles. D’ailleurs, la République française connaît dans son fonctionnement plusieurs modes de relation : La Séparation selon la loi de 1905, le Concordat dans les trois départements d’Alsace-Moselle, le régime particulier de la Guyane française (avec l’ordonnance royale de 1828), les décrets Mandel de 1939 dont bénéficient la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie et Saint-Pierre-et-Miquelon, sans parler du cas tout à fait particulier de Mayotte. C’est malgré tout la Loi de séparation du 9 décembre 1905 qui donne sa coloration particulière à la laïcité en France, à ce que l’on a appelé « la laïcité à la française ».
                Cette loi relative à la séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 est une loi beaucoup plus complexe qu’on ne croit, une loi qui a été plus d’une fois modifiée dans ses applications. Mais les deux premiers articles en donnent l’esprit et les principes:
ARTICLE PREMIER. - La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.
ART. 2.- La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l'État, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l'exercice des cultes. Pourront toutefois être inscrites aux dits budgets les dépenses relatives à des services d'aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons.
Les établissements publics du culte sont supprimés, sous réserve des dispositions énoncées à l'article 3.
Ces articles viennent nous dire deux choses particulièrement importantes :
1)            L’Etat n’a plus de relation organique avec les cultes. Ceux-ci ne sont plus « reconnus » par la République, ils n’ont plus de statut officiel, ils ne sont pas des corporations de droit public (comme en Allemagne) mais de droit privé. L’État ne leur  accorde pas de droits particuliers et spécifiques. Il s’arrête de salarier les ministres des cultes. Il s’interdit de subventionner ces cultes, de quelque façon que ce soit. Séparé de ces cultes, l’Etat n’intervient plus dans leur fonctionnement interne, sauf, de façon très restrictive, pour faire respecter l’ordre public.
2)            L’Etat pourtant n’ignore pas les Cultes puisqu’il assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice de ces cultes. Cela veut dire qu’il ne cantonne pas les religions  dans le seul domaine des convictions personnelles mais qu’il en reconnaît la dimension sociale. Le texte parle - vous l’avez remarqué - de « culte », c’est-à-dire d’un ensemble de pratiques et de croyances autour d’un édifice. C’est d’ailleurs pour assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, hôpitaux ou prisons (on pourra ajouter aussi armée), qu’il institue des services d’aumônerie. On peut noter au passage que le terme d’ « assurer » est fort de conséquences juridiques. L’État doit donc permettre à chacun, sans exception aucune, de pratiquer et de vivre sa liberté de conscience, et dans la situation qui nous intéresse, sa liberté religieuse.  Laïcité de l’État ne veut donc pas dire refus ou ignorance des religions mais non-inféodation et distinction des domaines. La séparation n’interdit pas les relations mais les instaure sur d’autres bases.
Des relations devaient aussi s’instituer en 1907 quand il a été décidé que les édifices du culte, qui n’avaient pas pu être pris en charge par des Associations cultuelles refusées par l’Eglise catholique, seraient « laissés à la disposition des fidèles et des ministres du culte pour la pratique de leur religion », comme le stipule l’article 5 de la loi du 2 janvier. L’Eglise devenait affectataire des églises (construites avant 1905), propriétés des communes et également affectataire des cathédrales, propriétés de l’Etat. Ce patrimoine, dont l’affectation à l’Eglise est gratuite, exclusive et permanente, donne l’occasion de multiples relations entre les maires et l’Église pour la gestion des églises paroissiales et entre les services de l’Etat et les diocèses pour la gestion des cathédrales. Dans l’ensemble, les relations sont bonnes et on peut noter depuis un certain nombre d’années un investissement important de beaucoup de communes pour l’entretien des églises, au moins au titre de la sauvegarde du patrimoine.
Il faut noter que, depuis un siècle, la pratique administrative et la jurisprudence dans les affaires concernant cette situation de séparation entre l’État et les Églises ont la plupart du temps été favorables à l’exercice du culte. On a pu parler en ce domaine de séparation « aménagée ».
Parmi les relations qui sont nouées entre l’Etat et l’Eglise catholique, mentionnons :
1)            Le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège en 1921.
2)            Le Modus Vivendi de 1921-1924 entre la France et le Saint-Siège, qui reconnaît que les statuts des Associations diocésaines n’étaient pas en contradiction avec l’ensemble de la législation française.
3)            La participation financière de l’Etat à l’Enseignement catholique par la Loi Debré du 31 décembre 1959, associant par contrat au service public de l’enseignement, les établissements privés qui le demandent et qui en acceptent les contraintes.
4)            La grande personnalité juridique donnée aux Associations diocésaines en matière de capacité de recevoir.
5)            La création de la CAMAVIC en 1978 concernant la protection des ministres du culte.
6)            La mise sur pied en 2002 d’une instance de dialogue entre le gouvernement de la République et les représentants de l’Eglise catholique en France (comportant le nonce apostolique, le président de la Conférence épiscopale, l’archevêque de Paris et les vice-présidents de la conférence). Prévue au point de départ pour être une instance qui traiterait des problèmes institutionnels liés à la situation juridique de l’Eglise catholique en France, cette surface de contacts a permis également des échanges de vue sur bien d’autres questions de société.          
La laïcité de l’État lui interdit d’intervenir dans le fonctionnement interne des cultes. Pourtant, cela n’empêche pas certaines relations de courtoisie ou de bonne entente entre l’État et tel ou tel culte. Depuis la loi de Séparation, par exemple, le choix des candidats à l’épiscopat ne concerne plus la République. Mais, depuis le rétablissement des relations diplomatiques en 1921, il est prévu par l’aide-mémoire du cardinal Gasparri de demander à l’État : « s’il y avait quelque chose à dire du point de vue politique contre les candidats aux évêchés ». Concernant l’Islam, les représentants de l’État sont allés plus loin dans une intervention touchant le fonctionnement d’un culte. Ils ont souhaité se donner des interlocuteurs qualifiés et ont aidé à la mise en place d’une structure religieuse nationale : le Conseil français du Culte Musulman.  Avouez que nous sommes assez loin ici d’une conception de la laïcité pensée en termes de séparation rigoureuse ! 
2)            La laïcité selon l’Église
Cette laïcité de l’État dont je viens d’énoncer les principes et de tracer les grandes lignes a été acceptée par l’Église catholique, après une longue évolution tout au long du 20e siècle. Elle a permis d’arriver à un certain équilibre des relations État – Église catholique. C’est pour cela que, lors de l’anniversaire du centenaire de la Loi de Séparation de 1905, l’Église catholique en France n’a pas demandé une révision de la Loi. Elle avait peur de remettre en question ce fragile équilibre auquel on était, de part et d’autre, arrivé.
Les principes de cette laïcité selon la République ont d’ailleurs été validés par le Concile Vatican II puis par les papes Jean-Paul II et Benoît XVI
Déjà, Pie XII avait parlé d’une « saine laïcité ». Il affirmait dans un discours, le 23 mars 1958 : « Il y a des gens, en Italie, qui s'agitent parce qu'ils craignent que le christianisme enlève à César ce qui est à César. Comme si donner à César ce qui lui appartient n'était pas un commandement de Jésus ; comme si la légitime et saine laïcité de l'État n'était pas un des principes de la doctrine catholique ; comme si ce n'était pas une tradition de l'Église, de s'efforcer continuellement à maintenir distincts, mais aussi toujours unis, selon les justes principes, les deux Pouvoirs ».
Mais c’est surtout avec le Concile Vatican II que cette  conception allait être développée. On lit dans la Constitution Pastorale Gaudium et Spes au n° 76, 3 :
« Sur le terrain qui leur est propre, la communauté politique et l’Église sont indépendantes l’une de l’autre et autonomes. Mais toutes deux, quoique à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes. Elles exerceront d’autant plus efficacement ce service pour le bien de tous qu’elles rechercheront davantage entre elles une saine coopération, en tenant également compte des circonstances de temps et de lieu »
Le Concile souligne l’indépendance mutuelle de l’Église et de la communauté politique. Mais cette indépendance n’implique pas ignorance ou hostilité. Au contraire, elle appelle connaissance mutuelle et collaboration. De plus, cette indépendance  ne saurait cependant pas  soustraire l’État à l’autorité d’un ordre moral qui s’impose à lui et à celle de principes fondamentaux dont le respect  garantit son autorité. L’Église a toute légitimité pour intervenir si elle pense que cet ordre moral ou ces principes sont menacés.
Dans l’enseignement conciliaire, il faut aussi mentionner ce qu’affirme la déclaration sur La liberté religieuse : Dignitatis Humanae  à propos de la liberté de conscience. L’acte de foi est libre. Personne ne peut le contraindre ou l’interdire : « La réponse de foi donnée par l’homme à Dieu doit être volontaire ; en conséquence, personne ne doit être contraint à embrasser la foi malgré lui » (n° 10). Cela rejoint l’article 1 de la loi de Séparation.
En 2005, à l’occasion de l’anniversaire du centenaire de la Loi de Séparation, le pape Jean-Paul II écrivait une lettre aux évêques de France. Dans cette lettre, il affirmait : « Le principe de laïcité, auquel votre pays est très attaché, s’il est bien compris, appartient aussi à la doctrine sociale de l’Église. Il rappelle la nécessité d’une juste séparation des pouvoirs (cf. Compendium de la doctrine sociale de l’Église, n° 571-572), qui fait écho à l’invitation du Christ à ses disciples : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Lc 20, 25). Pour sa part, la non-confessionnalité de l’État, qui est une non-immixtion du pouvoir civil dans la vie de l’Église et des différentes religions, comme dans la sphère du spirituel, permet que toutes les composantes de la société travaillent ensemble au service de tous et de la communauté nationale. De même, comme le Concile œcuménique Vatican II l’a rappelé, l’Église n’a pas vocation pour gérer le temporel, car, « en raison de sa charge et de sa compétence, elle ne se confond d’aucune manière avec la communauté politique et n’est liée à aucun système politique » (Gaudium et spes, n° 76 § 2 : cf. n°42). Mais, dans le même temps il importe que tous travaillent dans l’intérêt général et pour le bien commun. C’est ainsi que s’exprime aussi le Concile : « La communauté politique et l’Église, quoiqu’à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes. Elles exercent d’autant plus efficacement ce service pour le bien de tous qu’elles recherchent davantage entre elles une saine coopération » (ibid, n° 76, § 3). » (n° 3). Pour le pape, la laïcité est une laïcité de distinction des domaines et de coopération des acteurs pour le bien commun de tous.
                Dans sa dernière exhortation Ecclesia in Medio Oriente le pape Benoît XVI précise ce qu’il entend par laïcité, ce respect de la distinction de la sphère religieuse et de la sphère politique appelées à se connaître, à collaborer entre elles sans se mélanger : « La saine laïcité,  … signifie libérer la croyance du poids de la politique et enrichir la politique par les apports de la croyance, en maintenant la nécessaire distance, la claire distinction et l’indispensable collaboration entre les deux. Aucune société ne peut se développer sainement sans affirmer le respect réciproque entre politique et religion en évitant la tentation constante du mélange ou de l’opposition…. La prise de conscience de ce rapport approprié permet de comprendre qu’il existe une sorte d’unité-distinction qui doit caractériser le rapport entre le spirituel (religieux) et le temporel (politique), puisque tous deux sont appelés, même dans la nécessaire distinction, à coopérer harmonieusement pour le bien commun. Une telle laïcité saine garantit à la politique d’opérer sans instrumentaliser la religion, et à la religion de vivre librement sans s’alourdir du politique dicté par l’intérêt, et quelquefois peu conforme, voire même contraire, à la croyance. C’est pourquoi la saine laïcité (unité-distinction) est nécessaire, et même indispensable aux deux » (n° 29). 
                II – VERS UNE LAÏCITE DE LA SOCIETE ?
                Allons-nous vers une laïcisation de la société française ?
Cette conception républicaine de la laïcité, consciente de son autorité et du périmètre délimité de ses interventions, respectueuse des religions et la conception ecclésiale de cette même laïcité sont soumises aujourd’hui à des pressions diverses qui trouvent leur origine dans des courants très différents mais qui parfois peuvent se conjuguer et se renforcer mutuellement.
Ces courants, avec des approches diverses, contribuent tous à vouloir étendre la conception de la laïcité non plus seulement à l’État mais à l’ensemble de la société elle-même et donc à réduire l’expression sociale et publique des religions au sein de la société française.
1)            Une laïcité de combat
Il y a la vieille laïcité de combat qui voit dans les religions un obscurantisme dont il faut libérer les esprits. Ses revendications en direction du pouvoir portent, entre autres, sur l’abrogation du statut concordataire de l’Alsace-Moselle, sur l’abrogation de la Loi Debré (« A Argent public, École publique »), sur le statut de certaines aumôneries. On trouve une éclairante expression de ces revendications dans la réponse publique du Grand Orient à la Commission Machelon. Il ne faut pas majorer ce courant même s’il peut de temps en temps donner de la voix.
Certains, dans ce courant, insistent sur le fait que la République, garantissant la liberté de conscience, favorise le débat et la liberté d’expression. Si la diffamation est interdite vis-à-vis des personnes, elle ne l’est pas dans notre législation vis-à-vis des religions. Critiques, caricatures et dérisions sont donc possibles. Des combattants de cette conception militante et souvent antireligieuse de la laïcité ne s’en privent pas. On peut cependant s’interroger sur ce qu’implique un vivre ensemble fraternel dans une société pluraliste. Le respect mutuel n’est-il pas une valeur indispensable pour vivre une telle fraternité et ne faut-il pas articuler  sur ce point le principe de liberté avec celui de responsabilité ?
2)            Une laïcité fille de la sécularisation
Il y a une forme de laïcité qui n’est pas de l’ordre du combat idéologique mais qui se traduit dans les faits par une politique contribuant à accélérer un certain effacement du religieux. Nous sommes en présence de certaines évolutions de mentalité liées au phénomène de sécularisation de notre société. J’entends par là un processus d’éloignement de notre société vis-à-vis de sa référence chrétienne et de son lien, en particulier, à l’Église catholique. Il n’y a pas forcément hostilité ou lutte ouverte mais beaucoup plus ignorance et indifférence. Cela s’accompagne aussi d’un affaiblissement de la surface sociale de l’Église et de sa difficulté à assurer aujourd’hui un quadrillage au plus près du terrain. On peut constater ce phénomène dans la façon dont certaines mairies (pas toutes) voient leur relation aujourd’hui avec l’Église :
-              Récupération des presbytères (qui appartiennent au domaine privé des municipalités) quand un prêtre ne l’occupe plus. Le presbytère devient alors un immeuble locatif, un logement social ou un gîte rural. La paroisse n’a parfois plus que la sacristie de l’église pour se réunir ou bien elle utilise un local municipal mis à sa disposition.
-              Approche de plus en plus culturelle des bâtiments du culte. On a investi de l’argent dans leur entretien. Il faut qu’ils servent. On utilisera ainsi l’église pour des concerts, pour des expositions, pour des spectacles. Moins l’église ou la chapelle est utilisée pour le culte, plus son utilisation culturelle risque d’être valorisée.
-              La dimension sacrée des lieux est moins perçue. On accueillera des concerts ou des expositions sans se demander si ces programmations sont compatibles ou non avec l’aspect religieux du lieu.
-              Une approche de plus en plus patrimoniale de l’immobilier ecclésial (dans les églises paroissiales et dans les cathédrales). On risque d’oublier que la fonction première de l’édifice est cultuelle et religieuse.
-              Les contraintes immobilières et financières qui font démolir la chapelle d’un hôpital ou passer un poste d’aumônerie hospitalière du statut du salariat à celui du bénévolat.
-              Mentionnons aussi les dérogations au travail du dimanche pour tenir compte de certains intérêts économiques.
Ces pratiques ne se retrouvent pas de partout. Mais elles risquent de se généraliser dans les années qui viennent, d’autant plus que nous risquons d’avoir de plus en plus des interlocuteurs et des représentants des pouvoirs publics qui ne connaissent pas l’histoire et la jurisprudence de tout ce qui a fait pendant un siècle les relations entre l’État et l’Église catholique. Certains d’ailleurs ne sont pas familiers du tout d’un univers religieux ou bien viennent d’autres traditions que celle du catholicisme qui a marqué notre histoire nationale.
3)            Une laïcisation de l’espace public
Il y a aujourd’hui tout un courant militant qui  souhaite étendre la référence à la laïcité, non plus seulement à l’État mais à la société toute entière, réduisant ainsi l’expression publique et sociale des religions. Il s’agit d’une forme de laïcisme qui veut enfermer le religieux dans le domaine du privé et de l’intime et lui interdire toute forme d’expression dans l’espace public. Notons d’ailleurs que beaucoup de nos contemporains n’aiment pas les religions qui expriment avec force et passion militante leurs propres convictions. D’où ce sens négatif donné au mot « prosélytisme ». Certes, si une expression du contenu religieux non respectueuse de la liberté doit être refusée, la possibilité de proposer sa foi à d’autres ne fait-elle pas partie de la liberté d’expression ?
1 – Le refus d’une expression publique des religions
Nous voyons ce courant laïciste s’exprimer dans un certain nombre de réactions vis-à-vis de prises de position publiques des responsables de l’Église, en particulier dans les domaines qui touchent la vie sociale et politique, que soit à propos de l’expulsion des Rom ou de la proposition de loi sur le mariage et l’adoption entre personnes du même sexe. On entend ces affirmations : « Vous sortez de votre rôle. La laïcité vous interdit d’intervenir dans ces domaines. Vous contrevenez à la laïcité en vous exprimant ainsi ».Un homme politique critiquant la prière proposée pour le 15 août dernier, affirmait : « L’Église n’a aucune légitimité démocratique pour s’immiscer dans le débat politique en France ». En fait, la vraie laïcité nous a rendu notre pleine liberté. Nous n’avons plus ce devoir de réserve vis-à-vis de l’État que demandait la situation concordataire. Comme toute association, l’Église a droit à s’exprimer librement et si la stratégie de la politique politicienne n’est pas de son domaine, la réflexion sur tout ce qui a trait à l’homme dans notre société, la concerne directement et touche sa mission.
Il en va de même des manifestations publiques organisées par des catholiques, en particulier des marches pour la défense de la vie. Si ces manifestations sont pacifiques et ne troublent pas l’ordre public, pourquoi certains groupes voudraient-ils les faire interdire ou les empêcher de se dérouler normalement ? L’expression dans l’espace public serait-il sélectif : pourquoi applaudir une Gay Pride et combattre un autre type de manifestation ? Le religieux ou l’ecclésial ne pourraient-ils plus avoir une expression publique ? Nous sommes là devant une conception indue de la laïcité.
2 – La proposition du changement de jours de fête religieux
Nous voyons aussi s’exprimer des propositions visant à modifier le calendrier des fêtes chômées. Certains le font par hostilité ou indifférence à l’histoire de la France, qui a été fortement marquée par le catholicisme. D’autres le font par désir de donner à chaque religion la possibilité de fêter (avec un jour chômé) leurs propres fêtes religieuses. Dernièrement, l’Association nationale des directeurs des ressources humaines proposait de ne plus chômer pour Pentecôte, l’Ascension et le 15 août et de donner à leur place trois jours que les membres des différentes religions prendraient quand ils voudraient. Des aménagements peuvent, bien sûr, être trouvés mais je ne pense pas qu’occulter systématiquement toute une part de son histoire et de sa culture soit bon pour la France et pour son avenir.
3 – Les réactions suscitées par l’Islam
                Mais, c’est l’inscription de l’Islam dans la société française qui a amené les déplacements d’accent les plus forts, concernant la laïcité, dans l’opinion publique et chez un certain nombre de leaders politiques. Dans les dernières décennies, l’Islam ne s’est plus présenté comme une religion pour des gens en transit sur notre sol national mais comme une religion de gens qui étaient français, qui vivaient en France et n’envisageaient pas de partir ailleurs. Nous avons vu se construire des mosquées qui se sont inscrites dans notre paysage urbain et l’Islam est devenu la deuxième confession religieuse de France après le catholicisme.
                Les premières questions qui se sont posées ont tourné autour des lieux de culte et des aumôneries. Pouvait-on faire bénéficier les musulmans des avantages de la loi de 1905 et fallait-il la modifier pour régler quelques-uns des problèmes posés par l’Islam ?
                Mais la politique internationale et ses retentissements en France ont modifié les données. Il y a eu le 11 septembre 2001. Il y a eu l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, aujourd’hui la Syrie, le terrorisme islamique, la manifestation d’un prosélytisme islamique, la situation des minorités chrétiennes au Moyen Orient, la persécution de chrétiens au Pakistan et au Nigéria. Cela a provoqué un réflexe de peur, de besoin de se protéger, d’envoyer un signe fort à ces forces islamistes pour dire « Halte là ! ». D’autant plus, que si nous voyons un Islam qui veut s’intégrer dans la société française et s’insérer dans les lois de la République, nous constatons aussi d’autres courants plus offensifs, qui remettent en question notre laïcité à la française, veulent imposer leurs particularités communautaristes et testent la capacité de résistance de la République à leurs revendications. On sent bien qu’une distinction des domaines entre loi civile et loi religieuse ne leur est pas familière. Or, il ne peut y avoir de vivre ensemble pacifique dans une société pluraliste que si une telle distinction fondatrice est maintenue.
                Une telle évolution n’a pas été sans conséquences sur les relations des responsables politiques avec les différents cultes. Il y a dix ans, on voulait donner aux musulmans ce qu’on avait donné aux catholiques, aux protestants et aux juifs (bâtiments, aumônerie…). Aujourd’hui, on restreindrait volontiers ce qu’on avait donné aux catholiques (ou ce à quoi ils avaient droit) pour ne pas le donner aux musulmans (création d’une aumônerie scolaire dans un collège, affichage dans un lycée, voile sur les photos d’identité). Il faut d’ailleurs noter que pour éviter de donner l’impression d’une discrimination religieuse vis-à-vis d’une religion, même si le problème est spécifique à cette religion, on prendra une mesure qui touchera toutes les religions, pour ne pas faire - dit-on – de discrimination envers une religion (par ex. l’interdiction de tout signe ostentatoire dans l’espace scolaire).
                Une première extension de la laïcité a vu le jour dans l’espace scolaire. Jusqu’à ces dernières années, la laïcité s’appliquait au personnel enseignant, à qui il était demandé de ne pas afficher leurs convictions religieuses ou politiques et de ne pas porter d’insignes religieux distinctifs. La loi du 15 mars 2004  se veut une application du principe de laïcité. Elle interdit  le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics. On veut faire de l’école publique un sanctuaire de la République dans lequel les religions sont bannies. Une telle loi peut se comprendre si l’ordre public est troublé par des jeunes arborant des signes ostensibles et provocateurs. Si ce n’est pas le cas, nous sommes en présence d’une infraction au principe de liberté religieuse. J’en dirais autant vis-à-vis de l’interdiction du voile qui serait imposée aux mères de famille accompagnant la classe de leur enfant lors d’une sortie scolaire.
Il en irait de même, si on voulait, à l’intérieur de services publics, interdire certains signes religieux aux usagers de ces services (le voile par exemple). S’il y a une interdiction du voile intégral, elle doit être justifiée par une raison de respect de l’ordre public (« Nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage » (loi du 11 octobre 2010) et non pas par une motivation antireligieuse.
Nous avons vu aussi des débats voir le jour autour de l’abattage rituel, des prières dans la rue, des dates d’examen pour les étudiants pratiquants, des carrés confessionnels dans les cimetières. Je crois que la meilleure manière de traiter  ces problèmes spécifiques, c’est de les aborder de manière pragmatique. C’est ainsi que pendant un siècle bien des questions posées par l’Église catholique ont trouvé des solutions. On pourrait en dire autant à propos de la communauté juive. Dernièrement, le président du Consistoire central Joël Mergui disait dans une interview : « Des arrangements de bon sens ont toujours permis aux juifs de France de respecter leurs traditions religieuses. On est en train de perdre cet état d’esprit en raison d’une radicalisation de la laïcité. Or, si la laïcité se durcit et n’offre plus de souplesse, les juifs, dont les règles sont les plus strictes, seront les grands perdants » (Le Monde, 18 mars 2012).
4 – Vers une laïcisation complète de l’espace public ?
                 En effet, certains plaident pour une interdiction des expressions de manifestation religieuse dans l’espace public, et ceci au nom de la laïcité. Madame Marine Le Pen ne demandait-elle pas récemment que soit interdit dans l’espace public le port du voile ou de la kippa. Notons que cette expression « espace public » n’est pas des plus précises. Et quand on l’emploie, il faut tout de suite en préciser la portée. Par exemple, pour Marine Le Pen, cette expression désigne les rues, les magasins et les transports publics. Qui ne voit que cela peut contribuer aussi, au moins en certains lieux, à interdire les processions, le port de la soutane ou d’un habit religieux et toute manifestation un peu publique du religieux. Allons-nous voir refleurir des arrêtés comme celui du 10 décembre 1900 interdisant le port de la soutane sur tout le territoire de la commune du Kremlin-Bicêtre ? M’interdira-t-on sous le prétexte d’une laïcité mal comprise de bénir les bateaux le 15 août sur le bassin d’Arcachon ?
                Certes, il faut demander aux religions de ne pas vouloir imposer à l’ensemble de la société leurs propres normes communautaires et d’apprendre à distinguer la sphère de la loi religieuse de celle de la loi civile. Mais, il faut s’opposer à cette tendance visant à étendre la laïcité de l’État à l’ensemble de la société. L’expression publique et sociale de sa foi fait partie du droit de chaque croyant. Celle-ci doit être possible dans toute société, car une société démocratique est une société plurielle, où, dans le respect de l’ordre établi, toutes ces expressions publiques des religions doivent pouvoir se manifester. Il en va du respect  du droit à la liberté religieuse, qui est, comme l’ont rappelé les papes Jean-Paul II et Benoît XVI au fondement de tous les autres droits de l’homme. L’État est laïc. Notre société ne l’est pas. Elle a une autre ambition : être une société, non pas où on musèle les religions, mais une société qui permet à celles-ci d’apporter toutes leurs composantes et d’enrichir ainsi la vie sociale elle-même.
Permettez-moi en terminant cette conférence  de citer ces paroles du pape Jean-Paul II au Corps diplomatique. Elles ont été prononcées le 12 janvier 2004 mais elles gardent aujourd’hui toute leur actialité. Elles résument bien l’ensemble de notre propos :
« Les communautés de croyants sont présentes dans toutes les sociétés, expression de la dimension religieuse de la personne humaine. Les croyants attendent donc légitimement de pouvoir participer au dialogue public. Malheureusement, on doit observer qu’il n’en est pas toujours ainsi. Nous sommes témoins, ces derniers temps, dans certains pays d'Europe, d'une attitude qui pourrait mettre en péril le respect effectif de la liberté de religion. Si tout le monde s'accorde à respecter le sentiment religieux des individus, on ne peut pas en dire autant du «fait religieux», c'est-à-dire de la dimension sociale des religions, oubliant en cela les engagements pris dans le cadre de ce qui s'appelait alors la «Conférence sur la Coopération et la Sécurité en Europe». On invoque souvent le principe de la laïcité, en soi légitime, s'il est compris comme la distinction entre la communauté politique et les religions (cf. Gaudium et spes, n. 76). Mais distinction ne veut pas dire ignorance ! La laïcité n'est pas le laïcisme ! Elle n'est autre que le respect de toutes les croyances de la part de l'État, qui assure le libre exercice des activités cultuelles, spirituelles, culturelles et caritatives des communautés de croyants. Dans une société pluraliste, la laïcité est un lieu de communication entre les diverses traditions spirituelles et la nation. Les relations Église-État peuvent et doivent donner lieu, au contraire, à un dialogue respectueux, porteur d’expériences et de valeurs fécondes pour l'avenir d'une nation. Un sain dialogue entre l'État et les Églises – qui ne sont pas des concurrents mais des partenaires – peut sans aucun doute favoriser le développement intégral de la personne humaine et l'harmonie de la société. »
source: (ZENIT.org)






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